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L’Oiseau de Feu : le prologue d’une chronique libertine élégante.

Lecture offerte par Laurent Ducastel.  

Résumé : Faites connaissance avec Philippe, dont l’existence est en suspens. Oscillant entre une anticipation impatiente et déceptions du quotidien, ce prologue vous propose une courte plongée en apnée au cœur des aspirations et des rêves d’un humain, presque ordinaire.  

Avertissement : Si vous êtes allergique à l’un ou plusieurs de ces ingrédients — propos sexuels, humour, dérision, poésie, style relevé, femme libertine, militaire, conseiller patrimonial, échangisme, triolisme —, nous vous déconseillons la lecture de cet ouvrage. 

Musique Classique Roman Libertin Prologue Odf Desir Editions 1

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Désir Éditions

Chronique Libertine Prologue (2025)

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Philippe  

Il flotte. Des hallebardes. Les pneus des bagnoles crissent en un ballet exaspérant. Et en plus, pour faire bon poids, la nuit est tombée, épaisse, poisseuse. Vous me direz, en hiver, sur les coups de 18 h 30, c’est du genre banal. J’aurais du mal à vous contredire là-dessus. 

En tous cas, je suis là, enfoncé dans mon fauteuil, frottant machinalement la fossette de mon menton, et j’attends. J’attends quoi ? J’attends son signal. J’attends le message qui décidera de m’engluer dans le quotidien ou de m’expédier au septième ciel, de m’abattre en vol ou de me procurer des secondes de joie intenses comme des braises. Le regard rivé à mon smartphone, impatient, j’attends de vivre. 

L’appareil trépigne. Je me précipite. Fausse alerte ! Une communication publicitaire à la con. Ces blaireaux finissent toujours par obtenir ton numéro. Alors, okay, tu peux activer le filtre antispam, si tu ne crains pas la gymnastique exténuante qui consiste à répertorier ces harceleurs de mes deux pour les éjecter. 

Nouvelle vibration. Cette fois, c’est la bonne… ou pas. Un SMS de ma sœur, une invitation pour le mois prochain. Merde ! Je l’entends d’ici : « Je peux te parler franchement, Philippe ? Tu te surmènes trop au boulot, sans parler de ta vie de patachon. Tu devrais te recaser avec une gentille petite… ».  

Tu sais où tu peux te la carrer, ton invit’, frangine ? Au même endroit que ton beauf de mari, tes deux chiards mal éduqués, ton existence à la vanille1, et ta gentille petite. Et profites-en pour leur joindre le coup au cœur et le faux espoir que tu viens de me coller. La note est pour moi. J’ai besoin d’exulter, pas de lire tes verbiages gonflés d’empathie sirupeuse et si mal à propos. 

Par pitié ! Que ces désillusions cessent ! Que le message de délivrance me parvienne enfin ! 

Je repose le téléphone. Le ballet des voitures poursuit son tumulte obsédant. Davantage casse-noisettes que le lac des cygnes, si vous voulez mon avis. 

J’imagine ces quidams, vertueux à force d’ennui, rentrant rincés de leur journée de bureaucrates flapis, usés par la double peine des grèves. Ces joyeux vainqueurs vont passer une soirée monotone avec, dans un coin de leur cerveau reptilien, la perspective de tringler bobonne, vu que c’est le soir réglementaire. Et encore… si elle n’a pas la migraine. Un bon tilleul, un missionnaire, et au lit. 

Alors que moi… je peux basculer dans l’allégresse d’une minute à l’autre. Si ce maudit téléphone voulait seulement vibrer une troisième fois, rien qu’une fois. Une infime fois, et je ressuscite. 

Une entité supérieure veille, tout de même, sur mon désespoir. L’appareil tressaute sur la table basse du salon. Dans une impétuosité grotesque où l’excitation le dispute à la panique, je saisis le sésame. S’affiche un chemisier bleu clair surplombé d’un adorable minois. Enfin ! Le Diable est avec moi ! Mes incantations n’auront pas été vaines. Le ballet de ce soir sera chorégraphié par mon Oiseau de feu, finalement. Je contiens à grand peine ma nervosité. Ma main, autonome, pianote fébrilement mon acceptation. L’autre a déjà saisi ma veste. 

[1] Terme employé par les libertins pour qualifier les couples ayant une sexualité conventionnelle.

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Quel destin attend Philippe après la réception de ce message tant espéré ? Ne manquez pas la suite, lisez le chapitre 1 : Fidelio,

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