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Les romances de Noël à la télévision : plaisir innocent ou attrape-nigaud(e) ?

En bref :  

Denis Mursault, satiriste et romancier, l’invité du Désir Éditions, à l’occasion des fêtes de fin d’années, vous offre une critique mordante des romances de Noël télévisuelles. Ces productions, diffusées dès octobre, suivent une formule prévisible avec des personnages stéréotypés. Par leur simplicité, ces téléfilms reflètent une Amérique idéalisée et répondent à un besoin de réconfort. Le succès de ces romances soulève des questions sur les contradictions entre les convictions féministes affichées et l’attrait pour ces contenus. 

Suite à la lecture de ce résumé, vous savez tout de ce qui s’est entrechoqué dans la tête bien faite de notre personnalité littéraire du mois de décembre.  Cependant, et si vous suivez nos billets aux sujets variés, à bord de notre astronef culturel, le principal n’est pas là. 

Vous souhaitez découvrir une plume taquine ? Une vision humoristique ? Des illustrations amusantes ?  Scrollez sans remords, comme d’habitude à notre bord, Cultura et Ludus seront vos compagnons de parcours.  

Pour notre part, nous n’avons pu retenir nos éclats de rire lors de la lecture de ce billet que Denis nous a fait la faveur de nous proposer et en découvrant les illustrations caricaturales concoctées par nos graphistes maisons.  

Chanson Francaise Humour Amour Cage Desir Editions

Chanson Francaise Humour Amour Cage Desir Editions

Désir Éditions

L'Amour en cage (2025)

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Anarelle et Mister Salamander ont préparé ce mix paroles et musique « L’Amour en cage », à base de pop rock, tapis en poils de brebis, vue imprenable sur Manhattan et fichier Excel.  

À ce propos, nous tenons à remercier Camille Emmanuelle dont le livre « Lettre à celle qui lit mes romances, et qui devrait arrêter tout de suite » a inspiré l’idée.  

collectif auteur desir editions

Une analyse taquine des téléfilms de Fêtes : stéréotypes à gogo !  

Affiches de téléfilms de Noël sur différents sites.

Alors que décembre se pare de ses habits de fêtes de fin d’année, notre espace Ludus, lui, s’illumine, ce jour, avec la présence de Denis Mursault. Satiriste à la plume trempée dans une eau-de-vie forte. Romancier doué d’un œil apte à saisir les vérités qui peuvent déranger, et les couchant avec un style aux phrases bien troussées et aux points-virgules ajustés. 

Il nous a proposé une relecture, mordante et criante de véracité des romances de Noël télévisuelles, qui a conquis l’équipage du Désir Éditions dès les premières lignes, remportant une approbation unanime pour sa publication. 

Bien que le ton de ce billet soit empreint d’humour, le sujet soulève des points de réflexion, qui collent comme neige fondue aux thématiques que nous traitons à notre bord. 

Notamment ce paradoxe intrigant : pourquoi de jeunes femmes et des « ménagères de moins de 50 ans » revendiquant leur émancipation et soutenant activement les mouvements féministes sur les réseaux sociaux peuvent-elles simultanément se délecter de contenus apparemment opposés à leurs convictions affichées ? 

Peut-être l’explication trouve-t-elle son origine dans les traditions qui perdurent, travail, famille, enfants, homme de notre vie, sucre d’orge et cotillons, aux contours rassurants, pareilles à ces ours en peluche dans lesquels nous aimons fourrer nos naseaux pour nous réconforter des affres du quotidien. Faut-il pour autant abuser d’une stratégie qui consiste à adopter la politique de l’autruche ? 

En 2024, il serait peut-être temps d’arrêter de prendre les femmes pour des truffes et de les représenter comme des oies blanches. 

Aussi, quand notre invité du mois de décembre nous a proposé ce sujet, nous avons bondi dessus, tels des chats excités par les boules accrochées au sapin, pour mettre à mort quelques-unes des idées reçues sur ces « Romances de Noël », mais aussi un genre qui nous fait souvent sortir les griffes :  la « romance » en général. On peut écrire des histoires romantiques, sans sacrifier réalisme, et en oubliant le « cucul la praline » !  

Et puis, ainsi que le diraient nos amis des Amériques : « Enough is enough », ou « Un peu cela va, beaucoup c’est trop ! ».  

Car, quelque part, il y a tout de même tromperie sur la marchandise, dans ces productions en série bêtifiantes. Elles ne sont pas sans rappeler ces clichés d’influenceuses, affichés sur les réseaux sociaux, vendant un monde réduit au bonheur stérile et qui, à grand renfort de promotion, prennent possession des esprits telles des guimauves qui empâteraient les corps et les surchargeraient. 

Du bien sucré, nous vous l’accordons, mais sans une once de protéine pour nourrir les neurones. 

Des productions répétées à l’infini, calquées sur une trame unique à la prévisibilité aussi exaspérante que le cadeau de votre grand-mère Germaine, qui, chaque année, vous offre des serviettes de bain — seule la couleur peut varier — rose fané ou vert caca d’oie. 

Des protagonistes, clones des poupées de la firme Mattel, qui n’aurait pas encore essayé de redorer sa réputation avec son sponsoring d’une Barbie émancipée et d’un Ken déboussolé, déprimant à force d’être vide de toute substance.  

Et si encore, ces téléfilms étaient exclusivement des produits saisonniers, réservés aux premiers frimas de l’hiver, mais non ! Leurs scripts sont adaptés et réadaptés à l’infini afin de s’acclimater à toutes les périodes de l’année : les personnages troquent bonnets pour cœurs enflammés à la Saint-Valentin, arborent tenues printanières en mai, puis maillots de bain, avant de griller des châtaignes devant les premiers feux de l’amour, en automne, pour revêtir écharpes et gants, sans oublier les pompons, branlant sur leur chef, dès le mois d’octobre. 

Un ruban de Möbius, infertile, ou comment faire du pseudo-neuf avec une recette éculée.  

Et cela ne serait rien, si ces trames narratives ne descendaient pas de leurs pics d’audience, pour venir recouvrir nos vallées scripturales, dans une cataracte d’idylles préformatées, façon tableau Excel ! 

Face à cette avalanche aussi bien télévisuelle que littéraire qui menace d’ensevelir toutes les productions ne répondant pas à ces stéréotypes, ces tropes (5), nous brandissons l’un de nos mantras préférés : « Mieux vaut en rire qu’en pleurer ! » 

Suite à cette introduction, nous laissons place à la verve de notre invité du jour, Denis Mursault, dont le style incisif procurera une salutaire séance de gymnastique à vos zygomatiques, accompagnée du décryptage, sérieux sans se prendre au sérieux, d’un genre qui ne se contente pas de nous « gaver » à Noël. 

****** 

Homme dans une bibliothèque, entouré de livres.

Le jour où tu découvres une romance de Noël sur ton petit écran ! 

L’atmosphère des fêtes de fin d’année dès octobre, quelle drôle d’idée !  

Couple fête Noël avec une citrouille Halloween.

 C’est l’automne. Ils ont longtemps phagocyté le seul mois de décembre, se sont répandus progressivement sur novembre, puis, totalement décomplexés, se sont placés dans les starting-blocks deux semaines avant les vacances de Toussaint, en attendant, légitime espoir, de coïncider avec la rentrée scolaire. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. 

Vous les avez reconnus ? Ce sont les téléfilms de Noël. 

L’appellation de chaque histoire n’a absolument aucune espèce d’importance, l’imagination débridée des traducteurs français s’étant chargée de fournir des titres aussi pointus que « Le miracle de Noël », « Mon millionnaire de Noël », « Noël avec le prince de mes rêves », « Noël comme chien et chat » (1). Vous l’avez compris, la priorité demeure que le mot magique — devinez lequel — soit présent dans le titre. Il ne faudrait surtout pas que le voyageur du dimanche après-midi, cherchant aventure devant sa petite lucarne et avide de prémâchage télévisuel, se méprenne sur le contenu de la fiction.  

Visages souriants sur montagnes enneigées.

Message limpide : rassurez-vous, bonnes gens. Vous allez avoir droit aux bons sentiments réglementaires, des qui font du bien en cette époque où les chaînes d’infos boostent leur audience par l’exposition des nouvelles les plus effroyables possibles. 

Donc, pas de tromperie sur la marchandise. Un roudoudou bien consensuel va vous être proposé. 

 Zapping hivernal : La découverte d’un téléfilm de Noël 

C’est une après-midi de décembre. Par la grâce du changement d’heure automnal, qui, soi-disant, doit disparaître chaque année, la nuit est tombée à 17 h 15 et te voilà, posé sur le canapé, furetant entre les chaînes à coups de télécommande. Après avoir zappé avec la dernière énergie, tu te stabilises devant un générique aux lettres dorées, prometteuses de félicités collectives, porté par un titre se voulant intrigant, du genre « La rédemption de Noël » ou « Le rachat de Noël », sans que tu saches si un personnage a quelque chose à se faire pardonner ou s’il a lancé une OPA sur du Nordmann et de l’épicéa. 

Pas vraiment tenté par le concept romantique ni par un scénario que tu pressens dégoulinant, tu décides quand même de lui donner sa chance. Après tout, dans la vie, il faut tout tester. Et puis, vu le programme des chaînes concurrentes… 

Et voici, à chaud, le résumé et les premières réflexions que t’a inspirés le visionnage : 

Le Bonnet et le Broker : une fable de l’Amérique profonde 

Jeu de boules de neige dans la rue enneigée.

Bon, alors, la fille, une rurale, plutôt genre middle-west, quand même, et répondant au doux prénom de Kimberley, elle se maque à la fin avec le pèlerin citadin qu’elle détestait au départ parce qu’il lui avait balancé par inadvertance une boule de neige qui avait fait tomber le bonnet offert par son ex, auquel elle tenait plus qu’à la prunelle de ses yeux — Au bonnet, hein ? Un torchon effiloché aux couleurs agressives, pas à l’ex, parce que l’ex, c’était pas un sentimental et en plus, il détestait Noël, le pauvre type — 

Là, tu te dis : le cerveau qui a scénarisé la rencontre des deux chamallows avec une originalité aussi stupéfiante, on voit mal comment il va échapper à l’Oscar. Il devait être sous substance, ou alors c’était un pari de bistrot avec des potes encore plus chargés que lui, ou encore la prod n’avait plus de fraîche pour se payer une pointure… enfin, bref… 

En définitive, la cruchette, elle trouve que le citadin, il est drôlement séduisant, et que c’est un gros affectif, qui se pointe justement au fin fond de la steppe, un trou de l’Utah ou du Montana, pour oublier sa vie de broker déshumanisé de Wallstreet où il a édifié des fortunes en tondant sans états d’âme de multiples moutons. 

En gros, le grand méchant loup se purge l’esprit pour virer agneau de Dieu et par conséquent super-estimable, condition indispensable pour une romance qu’il espère torride avec la Kimberley, la rosière du patelin. Catharsis sur le mode white Xmas, tu vois. 

Loups, argent, Noël, femme, rue décorée.

Alors, elle est ébahie et charmée par le changement de cap du soi-disant ex-requin de la finance — en vrai, il tenait un stand de bonneteau à l’angle de la 42eme rue — On la voit le scruter en champ contre champ, avec un regard de sole meunière. 

En attendant la consécration de l’autel, à laquelle nous n’assisterons pas, la godiche et le godichon finissent par échanger un sourire ultrabrite, enchantés l’un de l’autre, compte tenu de tous les points communs que recèle leur glorieuse personnalité respective : mièvrerie, niaiserie, vacuité intégrale. 

En plus, il lui achète un nouveau bonnet avec un maxi-pompon, l’exploit faisant fondre le cœur de la Kimberley, qui, entre parenthèses, mérite vraiment le prix Nobel. 

Dans ce florilège, on n’oublie pas, bien sûr, l’indispensable passage où l’un des deux protagonistes principaux zyeute, à renfort de larmiches, un objet en rapport avec un(e) cher(e) disparu(e), tandis qu’en arrière-plan, volettent des paillettes figurant de beaux et bons flocons. Une madeleine de Proust customisée congères. 

Enfin, un feu de cheminée pour prude enlacement — l’accouplement sur peau de bête attendra — et du patinage sur lac gelé ne dépareillent pas l’ensemble. 

Quand tu as bien analysé le téléfilm, parce que bon… c’est quand même important de débriefer un chef d’œuvre de cette dimension, tu te rends compte que le meilleur interprète, c’était encore le sapin. 

Sapin en costume avec trophée, Père Noël observant.

La charge vous semble abusive ? Faut-il porter un jugement aussi sévère sur ces productions ? Prenons un peu de recul par rapport au sujet, et voyons ce que nous pouvons en extraire ? 

Doit-on considérer le visionnage d’un téléfilm de Noël comme un plaisir coupable ? La diffusion de ce type de produit est-elle anodine ? 

Sur ce terrain, deux écoles s’affrontent : celle dont les membres pensent que s’injecter un peu de bonheur, répondît-il à des conventions maintes fois respectées, ne peut pas faire de mal. Et celle jugeant excessives la place consacrée à ces créations et les facilités scénaristiques qui vendent du rêve à peu de frais au public, de faibles droits de diffusion et une audience substantielle rendant le rapport investissements-bénéfices inattaquable. 

L’Amérique en sucre glace : un rêve télévisuel prévisible 

Ces téléfilms de Noël sont en vérité un parfait reflet de l’Amérique idéalisée. Un univers où les problèmes se résolvent en un claquement de doigts, où la rédemption s’avère, non seulement probable, mais indispensable, et où l’amour triomphe invariablement. Le symbole même de l’american dream, servi sur un plateau d’argent et enrubanné de papier doré. 

Famille heureuse avec argent et maison américaine.

Cette Amérique de carte postale dépeint des bourgades toujours pittoresques, des voisins toujours bienveillants, et des traditions toujours respectées. On y cultive des valeurs familiales solides comme le diamant, une foi inébranlable en la magie de Noël, et une conviction profonde que tout finira bien si l’on y croit assez fort. Pour résumer, on a recouvert Grant Wood et Norman Rockwell (2) de sucre glace. 

L’histoire désarme par son dénuement. Notre provinciale, qui a dorénavant troqué Montana ou Utah contre Ohio ou Idaho, et le citadin issu de Big Apple n’ont rien pour s’entendre ; le premier contact, dans l’artère enneigée et enjolivée de guirlandes lumineuses, se révèle désastreux. Pour autant, c’est cette rencontre initiale, pour décourageante qu’elle soit, qui permet, naturellement, d’établir la communication entre les futurs tourtereaux. 

Le plan : ils ne s’aiment pas au début, puis ça vire passionnel, c’est du mille fois vu, et pas uniquement dans les romances de Noël. Néanmoins, malgré le caractère rabâché de cette convention, le(a) téléspectateur(trice) VEUT apprécier la réconciliation et le happy end, de la même manière qu’un(e) autre regardera plusieurs fois telle ou telle fiction rien que pour voir une injustice réparée ou un coupable châtié. 

 Ce qui génère une interrogation : pourquoi visionner un film dont on connaît, ou dont on devine, a minima, la fin ? Parce que cela satisfait notre sens de la morale, parce qu’on aspire à la communion entre les personnages, et parce que, n’en déplaise aux colporteurs de mauvaises nouvelles, le bonheur aussi est télégénique. 

En réalité, le problème n’est pas tant le message positif véhiculé par chaque romance, mais la répétition jusqu’à plus faim des mêmes trames convenues, à l’originalité aussi grisante que le remplissage d’un cahier des charges.  

Galerie de personnages : du sourire éclatant au col roulé rédempteur 

Les clichés ne se limitent pas au scénario. Les protagonistes piochent aussi abondamment dans le sac à poncifs. Kimberley, so american, so cute (3), blonde, brune, ou red head (4), peu importe, ne se départ de son sourire éclatant qu’à l’occasion d’éphémères contrariétés. Elle lui adjoint un regard franc, qui sait devenir humide de tendresse. 

Groupe en tenues de Noël souriant.

Son alter ego masculin, qui commence le film en costume et le termine en col roulé, travaille davantage dans le regard douloureux, car son exil en ces lieux résulte d’un malheur qu’il veut oublier. Dieu merci, il va rencontrer l’amour de sa vie, mais chtttt ! C’est une surprise.  

Le canevas consistant à tirer le portrait d’un héros en quête de consolation, ou, petite variation, de rédemption et de pureté, est un des tropes (5) les plus notoires du catalogue de Noël. 

Pour faire bon poids, on colle à Kimberley une confidente, qui partage ses joies et ses peines, et chez qui elle va se répandre à la moindre émotion.  

Un enfant né d’une première union et dont on se demande s’il va bien accepter le nouveau conjoint, ou un ex cherchant à raccrocher les wagons — après une trahison de sa part — entrent aussi volontiers dans la galerie des personnages récurrents. Liste non exhaustive. 

Le triomphe de l’amour… et du kitsch 

Le baiser final sous la boule de gui, autre trope d’envergure, est tellement prévisible qu’il en devient presque rafraîchissant. Surtout assorti des applaudissements de toute la population, légitimement émue par cet accomplissement. Plus globalement, que Spiderman secoure Mary-Jane en haut d’un gratte-ciel, que Bruce Willis sauve le monde d’une invasion extra-terrestre, ou que Kimberley et son ex-citadin jouent à touche-lèvres au milieu des guirlandes lumineuses, on a droit au passage obligé de l’industrie cinématographique ou télévisuelle US : l’ovation finale. 

Couple caricaturé en hiver, rue décorée Noël.

Enfin, mention spéciale, on le rappelle, à l’arbre de Noël, pour sa performance digne de l’Actor Studio et de la Méthode (6). Il est resté stoïque tout au long du film, sans perdre la moindre aiguille. Il faut dire qu’il était en plastique. 

Une Amérique pudibonde ? 

Une des particularités de ces historiettes est également la chasteté qui préside aux relations, le bisou porte-bonheur constituant le point d’orgue érotique du récit. Et, si l’on ne doute pas qu’il soit le prélude à des accomplissements autrement savoureux, le public sera réduit à les fantasmer. Notons toutefois que ce type de romance est susceptible de s’adresser, selon la formule d’usage, à de jeunes téléspectateurs, ce qui explique cette prude retenue. 

On se plaît à imaginer une romance de Noël un tantinet licencieuse, projetée au-delà de vingt-trois heures, au cours de laquelle une Kimberley à la personnalité plus complexe, et au caractère plus trempé laisserait libre cours à sa sensualité. Car, il faut bien le dire, les héroïnes de ces récits manquent cruellement de jarret, la remarque valant pour les partenaires masculins, dont on se demande bien comment ils ont réussi à séduire leur vis à vis. 

Réunion familiale à Noël avec repas et décorations.

Des héroïnes pas vraiment émancipées. 

En fait, un des poncifs de ces productions est le manque de percussion — on parle ici de caractère et non d’intelligence — de l’héroïne, de sa propension à entrer dans une case, rassurante parce que conventionnelle, et surtout à ne pas s’en extraire. 

C’est entendu, la platitude ne se limite pas au personnage féminin principal. Le héros, on le répète, ne laisse pas sa part aux chiens, le décor et la figuration contribuant, eux aussi, à l’élaboration de cette image d’Épinal pour le moins falote. 

Dans tous les cas, on a peu de chances de croiser dans ces réalisations une Scarlett O’Hara (7), portée par sa farouche détermination, une punkette-hacker de choc à la Lisbeth Salander (8), ou même une jeune Emma Bovary, née Rouault (9), en dépit des projections romanesques (10) de chaque Kimberley de passage. 

Portraits artistiques de femmes mystérieuses, édité par désir.

On est, en effet, contraint de constater que nos romances enneigées ne font pas trop dans la transgression, le choix d’un nouveau bonnet à pompon ne constituant pas un indice décisif d’affranchissement. Dans le meilleur des cas, la fraîche jeune femme se contentera de battre des paupières au rythme de ses espoirs et de ses désillusions. 

Quant au smack « torride » qui pose un point final à l’aventure, dénote-t-il une prise d’initiative lorgnant sur un érotisme quelconque ? On ne parierait pas. 

En conséquence, le type d’héroïne, femme accomplie, décideuse de son propre destin, cadre-t-il avec les romances de Noël ? Kimberley pourra-t-elle, sans complexes ni atermoiements, jeter son dévolu sur le citadin ? Au lieu d’attendre placidement qu’une boule de neige, expédiée de la main gauche, les mette en communication, coup de théâtre qui n’en est plus un depuis longtemps ? 

Au-delà des clichés résistants : vers des romances de Noël ouvrant des horizons émancipateurs 

Des personnages un peu moins caricaturaux apporteraient une profondeur et une complexité bienvenues à ces récits, sans pour autant que la magie et la chaleur des fêtes en soient altérées. Créer une ambiance n’empêche aucunement de développer des interactions psychologiques un tantinet plus élaborées et surtout moins convenues, qui ne nuiront pas nécessairement au happy end réglementaire. 

Car, après tout, l’essentiel, en ces temps troublés, c’est que ça se finisse bien, non ? 

Ce happy end en lui-même n’est pas immanquablement synonyme de platitude, pas davantage que le reste du récit. J’en veux pour preuve « La surprise de Lady Winter », d’Anarelle, nouvelle coquine et pleine d’humour, dont l’héroïne, Anne, se démarque merveilleusement de Kimberley et de ses clones : enjouée, crue, piquante, licencieuse au besoin, et surtout nantie d’une vraie personnalité. 

Couverture du livre 'Surprise de Lady Winter' en hiver.

Parce qu’on peut sacrifier aux traditions sans en répéter les sempiternels schémas, se montrer ludique sans être bêtifiant. Sur ce, je vous souhaite de joyeuses fêtes et je vais peut-être bien me replonger dans cette pépite d’Anarelle. Des personnages avec du répondant, je ne m’en lasse pas. 

La fiction de Noêl bêbête est-elle une fatalité ? 

Non, bien sûr que non. 

Pour qui sait chiner, la période de Noël est tout aussi propice que les autres au développement de trames originales. Sans nécessairement aller jusqu’au ravage iconoclaste du 24 décembre façon troupe du Splendid, il est possible de dénicher des perles littéraires ou cinématographiques. 

Plongez-vous avec délice dans « Le cantique de Noël » de Dickens. Assistez à la métamorphose de Scrooge au contact des trois esprits, dans une histoire remarquable de fantaisie, moralisatrice sans être sentencieuse, et, en définitive, profondément optimiste. 

Livre illustré sur fond violet avec personnages.

Redécouvrez également deux classiques du grand écran qui échappent au destin des récits de fin d’année préformatés : « La vie est belle », de Frank Capra (1946), et « L’assassinat du père Noël », de Christian-Jaque (1941) ; l’un montrant à quel point la vie d’une seule personne possède une incidence sur des dizaines d’autres, l’autre édifiant un huis-clos dans un village de montagne bloqué par la neige.  

Et si vous n’êtes pas encore convaincus, laissez–vous tenter par « L’étrange Noël de Mr Jack », opéra d’animation baroque et ode à la différence, sur lequel plane l’ombre tutélaire de Tim Burton. 

Les romances de Noël à la télévision : plaisir innocent ou attrape-nigaud(e) ? - Désir- Éditions

À déguster sans modération sous un plaid figurant des rennes et des traîneaux — vous reprendrez bien quelques clichés — ne serait-ce que pour se prouver que le sacro-saint happy end ne rime pas forcément avec interprétation insipide et scénario multi-repassé. 

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L’équipage du Désir Éditions tient à remercier chaleureusement Denis Mursault, pour son analyse percutante et humoristique des romances de Noël. Vous pouvez partir à la rencontre d’une personnalité séduisante par l’intermédiaire du jeu questions-réponses auquel il s’est volontiers livré.  

Sa plume acérée — ce billet en est une illustration, nous rappelle l’importance de questionner les contenus que nous consommons, y compris ceux qui semblent les plus inoffensifs. Tout en reconnaissant le plaisir coupable que peuvent procurer ces productions, il est nécessaire de garder un œil critique sur les stéréotypes qu’elles véhiculent. 

Alors, oui, évidement, mieux vaut en rire qu’en pleurer, mais n’oublions pas de réfléchir entre deux éclats, et de nous réapproprier, avec intelligence, l’esprit des fêtes de fin d’année en cultivant à la fois ludisme et pétillement des neurones.  

Voici quelques-unes de nos propositions — musiques ou textes littéraires — sensuelles, coquines, amusantes, émouvantes. Faites votre choix, ou soyez gourmand et explorez-les toutes.  

(1) Tout est rigoureusement authentique. 

(2) Si mignonne, si craquante 

(3) Peintres de l’american way of life 

(4) Rousse 

(5) Le trope n’est point ici à prendre dans son acception stylistique ou rhétorique traditionnelle, à savoir un procédé littéraire consistant à remplacer un mot (ou une expression) par un(e) autre pour rendre une idée plus impactante — métonymie, métaphore, etc — mais dans sa signification moderne, de provenance anglosaxonne : schéma récurrent dans les fictions. Un stéréotype narratif. 

Qu’est-ce qu’un trope en littérature ?  

(6) La méthode Stanislavski, du nom de son inventeur, consiste, pour un acteur, à puiser dans son affect pour donner au personnage qu’il incarne, sur les planches ou à l’écran, une coloration plus naturelle. 

(7) « Autant en emporte le vent », Margaret Mitchell. 

(8)  » Millenium  », Stieg Larsson 

(9)  » Mme Bovary  », Gustave Flaubert 

(10) Romanesque : se dit d’un esprit imaginatif, parfois détaché du réel, qui se fait de l’existence une image issue de romans. Emma Bovary est un des personnages les plus représentatifs de ce trait de caractère. 

9 commentaires sur “Les romances de Noël à la télévision : plaisir innocent ou attrape-nigaud(e) ?”

  1. Un grand merci à l’équipe de Désir Éditions pour son accueil chaleureux, en particulier pour la création de ces précieuses vignettes qui s’adaptent si parfaitement à l’article, et, disons-le, en valorisent clairement le contenu.

    1. Ce fut un véritable plaisir de t’avoir à notre bord, c’est quand tu veux ! Une plume aussi drôle et efficace que la tienne, on ne peut qu’en redemander ! Une véritable gourmandise littéraire et de saison 😉

  2. Même si j’avoue (à demi mots seulement xD ) être friand de ses téléfilms de Noël gnangnan à souhait, la critique de Denis (dont on reconnait bien la patte et l’humour cynique, n’est ce pas? xD) m’a beaucoup amusé, et surtout, il faut bien avouer qu’elle est très pertinente. J’aimerais des téléfilms un peu plus corsés, piquants, aux scénarios surprenants avec des personnages plus variés et complexes (ce qui ne serait pas très difficile) Il y aurait vraiment de quoi faire.
    Le souci étant peut être que tant que ces téléfilms auront une telle audience, (dont je fais partie, honte à moi :p) pourquoi prendraient ils le risque de changer une recette gagnante?
    Le cinéma actuel prend peu de risques, dommage, en partie pour ces raisons. à côté de ça, ils préfèrent nous mitrailler et nous bombarder avec le wokisme, mais là n’est pas le sujet!
    Un article très intéressant en tout cas! Merci à Denis de m’avoir fait rire un peu cet après midi.

    1. Bonjour, tout l’équipage vous remercie de votre passage et de votre commentaire. Nous avons tous nos « plaisirs coupables », simplement, il est bien de cultiver une saine distance par rapport à ceux-ci et d’être conscient de ce qu’ils sont réellement. En espérant vous revoir à notre bord, à l’occasion d’un nouvel article « Focus Sur ». Il y a tant à dire… 😉

    2. Merci, Thomas pour ce commentaire, et pour ces aveux :)) . Finalement, il n’est pas impossible que des romances un peu moins gnangnan séduisent un public. Toutefois, que les producteurs de ces sucreries changent leur fusil d’épaule n’apparaît pas vraiment envisageable. Pourquoi modifier une recette qui gagne ? Kimberley risque de continuer à déambuler, sapée en joyeux en lutin, encore un moment.

  3. Mon Dieu, je plains ce cher Denis!
    Je n’ose imaginer le nombre incalculable de films de Noël qu’il a dû s’enquiller pour nous livrer cette analyse chirurgicale. M’en vais lui prescrire une ordonnance à base de torgnoles, de bourre-pifs et de flingues à trois coups. Ça compensera un tantinet l’overdose.
    Du grand art donc, mais connaissant le bougre, son phrasé, sa verve, ses références littéraires et cinématographiques, cela ne m’étonne pas. Bouquins qu’il a tous lus allongé sur une fausse peau d’ours des cavernes, au coin de sa cheminée, à côté d’un sapin boulement garni, et films qu’il a tous vus, à l’âge de quinze ans, au volant de sa Plymouth 1938 deux places, au Drive-In de Kanab, bled perdu au fin fond de l’Utah recouvert de neige à la période fatidique.
    C’est qu’il sait décortiquer (mieux que les huitres), les affaires sur lesquelles il se penche. J’en v(o)eux pour preuve le paragraphe intitulé « Une Amérique pudibonde. » Exactement la réalité!
    En attendant, merci Doc Mursault pour cet article ô combien cisaillé et jouissif. Une banane orne mon visage 🙂 Une critique acerbe, dans l’air du temps hivernal, à mettre entre tous les yeux. Mieux qu’une prescription de toubib à bientôt 30 balles.
    Allez, je vous laisse, j’ai film de Noël.
    Ben oui, que voulez-vous! Depuis que le MAGA (Make America Great Again) a pris le pouvoir, j’me sens obligé.

    1. Merci, Marsh, de cette visite et de ce commentaire aussi détaillé qu’humoristique. Ma réinstallation au pays des Mormons n’est pas à l’ordre du jour. On dit que le climat politique aux USA se trouve quelque peu agité.

      Sinon, l’overdose a fini par se produire grâce à un visionnage post-billet — le masochisme est un style —, d’un téléfilm encore plus mémorable que les précédents, au cours duquel Kimberley et son futur coquin, non contents de se rouler dans la neige en compagnie des bonnets et des pompons — le tout sans mouiller une parcelle de leur nippes — ramenèrent un sapin de 6 mètres sur une luge d’1 mètre 20.

      Nulle référence, bien sûr, à la manière dont le conifère, géant de la forêt, avait été abattu, attendu que ni le citadin ni Kimby n’avaient sur eux une scie , ou une hache, ou tout autre ustensile bien pratique en la circonstance. Probablement notre champion avait-il soufflé dessus, ou encore l’avait-il déraciné avec l’aide de son écharpe, à moins, évidemment qu’il ne l’ait foudroyé du tranchant de la main , à la manière de Karaté Kid ou de Chuck Norris.

      En définitive, on peut se demander si le comique involontaire de certaines de ces fictions ne l’emporterait pas sur la lassitude née de la répétitions des scénarios 🙂

      Vivement octobre !

  4. Bonjour à tous, je viens de lire ce billet d’humour, et je me suis régalé. Je suis d’accord avec vous sur ces questions. Cependant, je pense que si ces films font recette, c’est uniquement dû au ras-le-bol des spectateurs. En effet, si vous regardez, ces films sont insipides, nian-nian, etc. Mais dans cette période où, pour tout le monde, c’est censé être un moment de partage (ce dernier ne devrait pas être qu’un mois), de pardon, etc., toutes les chaînes — et encore plus les chaînes d’infos — montrent encore plus que d’habitude des meurtres, des tueries, et tout un tas de saletés dont l’être qui se dit humain est capable, voire même les plus inimaginables. Ils se délectent de présenter des guerres aux infos et aux heures de grande écoute. Même la publicité présente toute la misère du monde afin de soutirer le dernier euro qui peut rester dans vos poches et nourrir des associations plus ou moins sérieuses.
    Donc, je pense que les gens qui regardent ces films se foutent complètement des personnages, mais s’abrutissent devant les films de Noël ou fuient toute cette misère avec laquelle on nous culpabilise, soit pour le fric, soit pour masquer le fait que les gouvernements sont incapables ou ne veulent pas résoudre le problème. Alors ils déportent et masquent leurs incompétences. De plus, nous ne sommes pas toujours obligés de regarder des films dans lesquels les personnages sont complexes, profonds, etc., ou où il y a encore des meurtres violents, etc. J’en veux pour preuve les films avec les vrais humoristes qu’étaient Coluche, Fernandel, Bourvil, Louis de Funès, Raymond Devos et tous les scénaristes qui leur étaient associés ainsi que les paroliers comme Michel Audiard. Ils nous faisaient oublier un temps tous les problèmes dans le rire et la bonne humeur.
    Quant aux films de Noël après 23h, vous pouvez regarder « All I Want for Christmas Is a Gang Bang », dans lequel les personnages sont fouillés en profondeur 🙂 🙂 sans que leurs personnages soient profonds comme des gouffres. Chose qui a disparu de nos jours avec tout ce politiquement correct, pensée machin, courant ceci ou cela, et humoristes qui n’ont que le nom et ne savent pas faire rire qu’avec des grossièretés.

    1. Bonjour, Patout et merci pour ce long commentaire.

      Vous prêchez naturellement un converti quant à l’avalanche de mauvaises nouvelles dont les médias s’ingénient à nous abreuver, plus par intérêt que par plaisir, car ils ne sont pas sans savoir qu’elles font plus d’audience que les heureuses.

      Cela entraîne-t-il le public, par compensation, à se précipiter vers des divertissements gorgés de bons sentiments ? C’est bien possible. Mais, ainsi que vous l’avez souligné, il existe ou a existé de multiples fictions susceptibles de changer les idées et d’amuser, sans pour cela verser dans le niais et le répétitif.

      Au plaisir de vous lire.

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