En bref :
Les principaux points d’intérêt
Résumé :
Une critique sévère, néanmoins étayée par l’essai documenté : « Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite » d’un genre littéraire contemporain. Anarelle passe sur le gril, et inculpe de propagation, nuisible, de stéréotypes sexuels et limitation de la représentation féminine à des clichés et des rôles passifs, une catégorie de lecture qui selon elle ne devrait plus être prépondérante dans nos bibliothèques.
Des extraits du livre de Camille Emmanuelle, à l’appui, qui confirment les observations d’Anarelle. Un appel, humoristique, à une plus grande créativité et à une représentation plus variée, du désir féminin et des rapports homme-femme.
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Avertissement d’Anarelle : si vous appréciez les romances érotiques, abstenez-vous de prendre connaissance du contenu de ce billet ! Il dégommera vos certitudes !
Recherche désespérément romance érotique de qualité

Il y a quelques temps, je me suis lancée dans la traque d’un moutonne rouge, passion, à cinq pattes : des romances érotiques de qualité, aussi éloignées que possible des clichés « culcul la praline », dénuées de vulgarité, et proposant, dans le même temps, une richesse psychologique des personnages, sans oublier un style de qualité, qui combleraient mes attentes.
Motivée par une double curiosité : celle de l’auteure désireuse d’observer les tendances contemporaines, et de lectrice en quête de nirvana spirituel, je chassai les mots-clés, aidée par mon moteur de recherche favori. Et là, imaginez-vous, panne sèche. Mais quand j’écris sèche, c’est archi-sèche, un peu comme les chaussettes de l’archiduchesse. Je sais, je sais, cette référence manque cruellement d’inventivité !
Donc, revenons à nos brebis. En consultant le catalogue en ligne, j’eus l’impression de voir triple, quadruple, quintuple. Allez, comptez jusqu’à la huitième page de propositions identiques avec moi ! J’avoue, je n’ai pas eu le courage d’investiguer plus avant.
Je me trouvai, nez à nez, avec une surabondance de Sarah ou Morgane, chacune rencontrant un Jack ou un Ryan à New York ou plus exactement quelque part à Manhattan.

Puis, au détour de ma fugace visite dans cet enfer littéraire de la pauvreté et des répétitions à outrance d’invariables schémas narratifs, je me mis à l’arrêt, oui, comme une chienne de chasse : la papatte levée, le nez humant sa trouvaille, devant une truffe. Eh, oui ! Parce qu’une pépite, ça ne sent pas !
Alors, souvent on dit « c’est une truffe », expression hautement dépréciative. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas trop pourquoi, puisque vu le tarif au kilo, ça fait cher la connerie.
Passons ! Donc ma pépite-truffe s’est révélée un court ouvrage, riquiqui, comme une truffe quoi !
Et pourtant, ces cent vingt-huit pages regorgent de bon sens, ce qui n’est pas si courant ! Et surtout, elles débordent de mon bon sens, ce qui l’est encore moins. Cette lecture me procura autant de poilades que de soulagement !
L’objet littéraire non conventionnel qui me mit en joie, c’est celui de Camille Emmanuelle : « Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite. »
Ouf, me dis-je, je ne suis plus la seule à être ce que certains, surtout certaines, considèreront comme une mauvaise langue. Quoique j’aie beaucoup d’avis qui prouveraient le contraire !
Romances à l’eau de rose : des peines à jouir !
Et ôtez-vous, subito, presto, pronto, de la tête, qu’il s’agit d’une mesquine jalousie d’autrice dont les romans ne paraissent pas chez l’un de ces mastodontes de la publication de masse. Mille excuses, ou pas ! Les mammouths poilus et moi, ça fait deux !
En ce qui concerne Camille Emmanuelle, je vous invite à consulter son CV, disponible à la fin du billet. Il écartera toute suspicion d’aigreur à l’égard des maisons d’édition, en général.
Je tiens à préciser que j’ai tenté à plusieurs reprises de lire des romances érotiques. Résultat similaire à chaque fois !
Les cinq premières pages, je marmonnais : « C’est quoi, ce truc ? » Au bout de dix, je m’esclaffais comme une baleine. Pourquoi les baleines s’esclaffent-elles ? Ne me demandez pas d’explication, je n’en ai pas. Et au bout de vingt-cinq, je sprintais jusqu’à la poubelle la plus proche en me faisant ce style de réflexion : non, mais, ils, elles, (les auteurs) prennent vraiment les filles pour des cruches !

Et surtout, ne me parlez pas des récits féminins osés qui passent pour les meilleurs de tous les temps, dont on nous inflige les fantasmes à longueur d’écran, ou encore des romans érotiques produits par des hommes. J’y croquerai à belles quenottes, dans de futurs billets. Pas doudou pour un sou.
Mais je baguenaude, je critique, je m’épanche, et j’en oublie le corps de mon sujet ! J’aime papillonner, c’est ainsi que je suis faite.
Allez, revenons, sans plus vous faire languir, à notre pépite-truffe du jour
Le bestiaire de la romance érotique : des espèces en voie de… reproduction
Camille Emmanuelle ne mâche pas ses mots, voici en résumé ce qu’elle nous dévoile dans « Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite » :
Imaginez un monde où les hommes s’apparentent tous à des clones de Ken après un stage intensif de musculation, avec un compte en banque tout aussi gonflé que leurs biceps. Face à eux, des femmes qui semblent surgir tout droit d’un catalogue de lingerie, soupirant désespérément qu’un milliardaire athlétique vienne les « combler » (et pas seulement de cadeaux, si vous voyez ce que je veux dire).

Dans ce zoo littéraire, les interactions s’avèrent tout autant prévisibles que celles d’un épisode de télénovela (1) ou de Romance télévisuelle de Noël. Le désir féminin ? Oh, c’est simple : il se résume à attendre que Monsieur Muscles daigne utiliser sa « clé magique » pour ouvrir le « coffre-fort » de Mademoiselle. Cinquante nuances de grisaille ? Plutôt cinquante nuances de déjà-vu !
Accrochez-vous à vos liseuses, car le monde de l’édition de romances érotiques s’apparente davantage à une chaîne de montage qu’à un refuge de styliste.

Vous pensiez que l’écriture relevait de l’art ? Détrompez-vous ! Ici, c’est de la production en série. Six jours pour pondre une romance, voilà la norme des temps modernes.
Pourquoi diable l’auteur irait-il s’encombrer d’imagination, de créativité, quand il dispose d’un tableau Excel ? Chaque protagoniste possède sa fiche, comme dans un jeu de cartes Pokémon, version coquine. Chaque personnage renferme sa « blessure secrète » (probablement une écharde mal placée), et gare à celles (ce sont en général des femmes qui servent de copistes) qui dévieraient de la ligne dictatoriale.
Camille Emmanuelle : une espionne torride qui prit une douche froide
L’intrépide Camille s’est infiltrée dans ce monde fascinant, envoûtant, captivant (oui, c’est de l’ironie, au cas où cela passerait pour de l’emphase !) en rédigeant une douzaine d’ersatz littéraires, incognito. Probablement sous un nom de code secret du genre : « Agent Double-G ». Elle en est revenue avec un constat sans appel : à force de réduire les ébats amoureux, à quelques stéréotypes, ces productions se muent en un véritable obstacle à la libération sexuelle des femmes.
Avec humour, l’autrice dénonce ces comédies érotiques où hommes et femmes jouent éternellement les mêmes rôles stéréotypés. Pour verser dans le concis : « Dans les pages des romances, Les clichés sont rois, L’homme fort, La femme timide, Les clichés font loi. C’est toujours la même voie, C’est toujours la même rengaine ! Il est blanc, riche et musclé. Elle l’attend, belle et démunie… » (extrait des paroles de L’Amour en Cage, paroles Anarelle, Désir Éditions)
Alors, mesdemoiselles, la prochaine fois que vous serez tentées par une aventure pimentée, rappelez-vous : la vraie libération sexuelle commence quand on referme les pages d’une pseudo « New » romance érotique et qu’on ouvre son esprit à des bouquets littéraires dans lesquels la femme n’est pas un objet !
Courts passages de quelques morceaux savoureux de cette fameuse lettre
« … Ces romances, qui envahissent de plus en plus les rayonnages des librairies et des supermarchés, s’avèrent nocives. Pas uniquement à cause de leur style, pauvre et formaté. Elles se révèlent surtout nocives dans les messages qu’elles véhiculent sur le couple, l’amour et le sexe. […] Les romances érotiques fabriquent des fantasmes prêts à consommer. Des fantasmes qui restent dans les clous et s’inscrivent dans le cadre d’une relation homme/femme ultra-traditionnelle. Lectrice type, tu dois mouiller ta petite culotte, mais il ne faudrait pas non plus que tu t’émancipes. Sinon tu arrêterais d’acheter ces livres. »
« … Un roman érotique ne devient pas moderne parce que son héroïne déguste des putains de cupcakes, il est moderne parce qu’il présente une vision nuancée, complexe, curieuse et diversifiée du plaisir et du sexe… »
« … Il est temps que les femmes se réapproprient la pornographie pour proposer des fictions qui ne soient ni misogynes ni débilitantes… »

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite
En rire constitue déjà un pas de géante, mais comprendre s’avère encore plus essentiel
Le sujet des amours stéréotypées dans la production contemporaine de livres me travaille depuis de nombreuses années, vous l’aurez compris. Je me sens concernée à la fois personnellement et professionnellement. Oui, j’ai vécu des parcours difficiles avec des princes charmants en apparence, qui se sont métamorphosés en crapauds. C’est un cas de figure courant dans la réalité, mais inconcevable dans l’espèce « romance érotique » que je viens d’étendre, par KO, aidée par l’ouvrage de Camille Emmanuelle.

En tant qu’auteure, mes nouvelles, et un roman en cours d’écriture, peuvent entrer dans la catégorie « romantique érotique ». On met cinquante guillemets au mot romantique, car si mes textes gravitent autour d’histoires d’amour, les schémas s’éloignent de la plupart des récurrences dudit genre.
Certains des procédés de fabrication exposés dans cet essai ont commencé à me trotter dans la tête et c’est ainsi que sont nées les paroles de l’amour en cage. Mon amour de « Cyber Poète » s’est hâté d’y adjoindre une mélodie pop-rock, acidulée.
Le feu de mes pensées n’étant toujours pas éteint, mes dix doigts se mirent à pianoter furieusement sur mon clavier, impatients de décortiquer cette espèce exotique qui s’attaque à notre paysage culturel français. D’autant plus qu’on a ajouté dans la cuvée des années 2020 une épice malsaine : la « Dark », où moins le héros prodigue de câlins, plus l’héroïne, et par voie de conséquences les lectrices, l’adulent.

Ce schéma favorise-t-il le recul d’un féminin émancipé ? Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Autant de questions qui me sensibilisent depuis quelques années et que j’ai voulu creuser jusqu’au tréfonds.
Et en ce qui concerne le fond, je peux dire que je l’ai touché.
Arpentant les égouts (au figuré, bien évidemment), des maisons d’éditions, réseaux sociaux, plateformes en ligne d’écriture, j’ai méticuleusement exploré les tenants et aboutissants de ce phénomène littéraire qui enflamme les esprits. Mon billet à paraître jeudi : « Déluge de New et Dark Romance : avis de tempête sur le paysage littéraire romantique français » plongera dans l’univers impitoyable des publications des « new » et « dark ».

Des genres pas si merveilleux, dans lesquelles des cruches qui tant vont à l’eau finissent par se transformer en passoires, dotées d’un charisme d’endive bouillie (écoutez « L’Amour en cage », vous comprendrez), en lieu et place d’ une féminité affranchie de la présupposée supériorité masculine.

Allez, pour terminer sur une note joyeuse, cliquez sur le player, et que la bonne humeur soit !
En espérant que demain, suite à votre écoute de « L’Amour en cage », vous ne chanterez pas à vos collègues : « Les clichés sont rois, Les clichés font lois » !
Tout de même, je le souhaite un peu !
Alors, reprenez en chœur avec moi : « Libérons-nous de ces chaînes, Écrivons notre propre histoire, Loin des clichés qui nous entraînent, Vers des amours qui nous enchaînent… »
Chanson « L’Amour en cage »
Chanson Francaise Humour Amour Cage Desir Editions
Désir Éditions
L'Amour en cage (2025)
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(1) Une télénovela est un feuilleton télévisé latino-américain exagérément dramatique, mettant en scène des personnages caricaturaux dans des intrigues amoureuses et familiales rocambolesques.
CV de Camille Emmanuelle en quelques points marquants :
Formation :
Diplômée de l’Institut d’études politiques de Grenoble (promotion 2002)
Master en science politique
Formation de sexothérapeute
Formation d’écriture sérielle de scénarios au Centre Européen de Formation à la Production de Films (CEFPF)
Carrière :
Journaliste indépendante depuis 2011 pour Les Inrocks, Causette, L’Obs, Canal+ (émission Crac Crac 2018-2019)
Chroniqueuse pour Le Huffington Post, Slate et L’Obs1
Auteure de plusieurs livres, dont :
« Paris couche-toi là ! » (2014)
« Sexpowerment, le sexe libère la femme (et l’homme) » (2016)
« Sang tabou : Ne plus jamais rougir de nos règles » (2017)
« Le Goût du baiser » (2019)
« Ricochets : Proches de victimes d’attentats : les grands oubliés » (2021)
« Culcul » (2024)
Scénariste pour plusieurs projets de séries télévisées en développement.