Lecture offerte par Anarelle.
Le premiers chapitres du volume 1 : « La Surprise de Lady Winter » sont disponibles
Résumé du prologue : Dépossédée de ses biens, Anne rumine la trahison posthume d’un époux mesquin. Entre sarcasmes mordants et désirs brûlants, elle songe aux rébellions possibles. L’arrivée d’une lettre tant espérée vient rompre sa solitude. Une invitation… un souvenir ardent… et peut-être, une échappatoire….
Résumé du chapitre 1 : Tension et ironie mordante constituent le filigrane de ce chapitre. Lady Anne Winter, en route pour rencontrer les époux Battenborough, laisse libre cours à des pensées tumultueuses. Entre fantasmes sur l’exotique chauffeur, Vikram, et mépris pour la « yankee » qui a épousé « son » Wardy, elle oscille : désir, jalousie et espoir. Jusqu’à la commotion finale…
Avertissement : Si vous êtes allergique à l’un ou plusieurs de ces ingrédients — histoire, intrigue, propos sexuels, humour, dérision, poésie, style relevé, femme émancipée, triolisme —, nous vous déconseillons la lecture de cet ouvrage.
Opera Rock Morceau Instrumental Chapitre 1 Nouvelle Ldw Ii
Désir Éditions
Lady Winter II chapitre 1 (2025)
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Stupéfiant ! Quelle débauche de luxe !
Si je m’attendais à ça !
Une automobile ! Wardy m’a envoyé une automobile !
Enfin, nous quittons mon vieux quartier résidentiel. L’air semble plus pur, ici.
Son chauffeur ressemble à un rajah ! À peine croyable ! Je supposais la « yankee » fortunée, mais à ce point-là, cela dépasse l’entendement.
Ce Vikram Chauhan possède une telle prestance. Il irradie d’autorité !
Et puis, ce ton farouche lorsqu’il s’est présenté en arrivant en ma demeure. Son nom roule sous ma langue avec une musicalité exotique. Une étrangeté qui n’a d’égale que celle de sa tenue : un turban safrané, orné d’un rubis birman, taille coussin, aussi somptueux que rarissime, dont le brillant rehausse le languide feu qui couve dans les prunelles serties d’une rangée de cils, dont je pourrais jalouser la longueur et le fourni.
Lorsqu’il a ouvert la portière, j’ai cru apercevoir ses iris étinceler d’un rouge profond, de cette teinte exceptionnelle qu’on nomme sang de pigeon, mêlée à une froideur nocturne venue de Russie. Quelle suprême élégance d’assortir ce joyau aux reflets de ses yeux !
Et cette robe de chambre chamarrée qu’il arbore… Un choix déconcertant pour un homme qui se trouve loin des Indes !
Pourtant, ce qui m’apparut, de prime abord, comme une incongruité, me séduit désormais. La tunique longue rutile de broderies précieuses, le parant d’extraordinaire, d’une aura d’opulence inouïe.
Je l’imagine se dénuder. Que porte-t-il en dessous ? Il manie avec dextérité le volant et le levier de vitesse. À cette contemplation s’insinuent des pensées volages. Quelle volupté ce serait de me blottir contre cette épaule imposante, de m’abandonner à la chaleur protectrice de ces bras puissants !
Et moi, à quoi puis-je bien ressembler en cet instant ? À Une vision affligeante, sans doute ! Affreuse, pitoyable, engoncée dans cette tenue informe qui me confère l’allure austère d’une nonne. Au mieux, je rappelle une corneille disgracieuse. Oui, voilà : une corneille ! Il ne manque plus qu’un bec jaune pour parachever ce tableau grotesque. Et si j’avais le malheur d’être alourdie de quelques kilos supplémentaires, on pourrait me confondre avec cette sinistre reine Victoria ou pire encore, me croire sa fille illégitime.
Tout de même, une chose me sauve : j’ai conservé la fraîcheur de mon visage. Cela, ils n’ont pu me l’ôter.
À ce propos, je suis convaincue que cette Makéda ne saurait rivaliser avec mon teint primesautier. Mes joues rosées, ma bouche charnue… autant d’atouts indéniables. D’ailleurs, serait-elle, elle aussi, d’origine indienne ?
Mon Dieu, faites qu’elle ressemble à une vieille pomme blette ! Qu’elle soit pourvue d’une carnation bistre, d’yeux chassieux.
Si c’est ainsi, il suffira que je paraisse pour que Wardy succombe, à nouveau, à mon charme, et se remémore de notre nuit… Ah ! Ses lèvres suçotant avec appétit mon bonbon, je ressens encore l’exquis va-et-vient de sa langue…
En parlant de lèvres… c’est d’un effet brûlant, cette moustache en croc de notre chauffeur, frémissante, lustrée. Ces poils veloutés doivent agréablement chatouiller lorsque…
La paix, Jenny ! Cesse de pousser ces bêlements stridents. As-tu vu le loup ? Allez, ma fille, arrête donc de geindre à chaque accélération. Savoure plutôt cette balade ! On ne te mène pas à l’abattoir ! Nous roulons à peine plus vite que lorsque nous prenons un fiacre !
Si seulement ce Krishna incarné sur terre daignait conduire avec plus de fougue… qui sait ? Dans un virage serré, cette vieille bique pourrait s’envoler sur le trottoir, se rompre la nuque, et je serais…
Eh bien, je serais joliment avancée ! Voilà qui gâcherait la fête. Il faudrait annuler notre entrevue, feindre une douleur sincère devant ton trépas. Non, mieux vaut que tu restes en vie pour l’instant. Une fois chez Wardy, je trouverai bien une manière plus subtile de me débarrasser de toi.
L’impatience me ronge. Revoir Wardy, respirer son parfum… Cette douce bergamote mêlée d’une pointe boisée me hante encore. Si différent des effluves qui émanent de Vikram et viennent chatouiller mes narines : cannelle, encens, et cette touche indéfinissable de jasmin. Stupéfiant ! On croirait voyager dans un jardin d’Éden. Ces notes exotiques semblent imprégner chaque fibre de son sculptural corps.
J’aime Wardy. Nonobstant, mordre dans ce fruit pourrait s’avérer une passade émoustillante, Vikram s’est présenté comme chauffeur, précisant qu’il était également l’ami des Battenborough. Quelle idée saugrenue ! Comment peut-on prétendre être un proche de son maître ? Ce mystère mérite élucidation.
Quoi qu’il en soit, nous avons grande allure. Je suis fière de traverser Mayfair en un tel équipage.
Enfin, moi, j’ai grande allure. Cette imbécile qui tente de se confondre avec les sièges, à tel point qu’on se demande si elle ne veut pas disparaître à l’intérieur, me fait honte. Toute recroquevillée et ratatinée, et son effroi qui s’affiche sur son visage tout plissé : répugnant !
Admire le quartier qui nous entoure, ma fille, ces hôtels particuliers aux blancheurs patriciennes. Goûte le confort de cette automobile. Vikram m’a confié avec un accent digne de l’université d’Oxford — quoiqu’un peu plus rocailleux et moins compassé — qu’il s’agissait d’une Rolls Royce Silver Ghost.
Le fiacre laissé à ma disposition, par de Breuil, avec ses deux bourricots tout efflanqués, ne peut rivaliser avec cette merveille !
Vikram a ajouté, dans un frémissement de moustaches, que Madame de Battenborough l’avait commandée à ses couleurs. Je ne peux dire qu’elle ait eu mauvais goût : le prune améthyste profond de la carrosserie, sublimé par cet argent mat de la calandre, des garde-boues et de la malle arrière, la dote d’une ligne incomparable. Et des sièges en cuir pleine fleur, teinte café avec un nuage de lait, d’une élégance indubitable. Vraiment, elle ne se refuse rien !
Cependant, tout n’est pas parfait : la cacophonie mécanique et ces vibrations incongrues qui secouent mon corps gâchent quelque peu l’expérience. Dommage que je ne puisse interroger Vikram davantage… Peut-être pourrais-je glaner quelques confidences sur les relations entre Wardy et sa Makéda ? Les domestiques possèdent toujours des informations précieuses.
Oh ! Mais les clients de Savile Row se retournent sur nous. Hum ! Que ne puis-je porter une toilette plus reluisante ? Tout en elle marque la veuve, jusqu’à ce voile de deuil, qui dépare ma blondeur, l’entache d’obscurité et de peine.
Un peu de tenue, Jenny ! Cesse de t’accrocher à la portière comme si ta pauvre vie en dépendait, et d’agripper ainsi stupidement, d’une main crispée, ta coiffe. On dirait une guenon effrayée. De quoi avons-nous l’air ? Tu veux que je fasse pareil ? Pas question, vieille chose !
Tu m’enjoins d’enserrer cet affreux tissu noir qui couvre mes cheveux ? Alors là, tu peux toujours bêler. Tant mieux s’il se défait et s’envole aux quatre vents mauvais ! Peste bubonique et choléra ! Madame ma mère a imposé que tu m’accompagnasses à ce rendez-vous. En vérité, bien vilaine façon de gâcher mon plaisir ! Comme si je risquais quoi que ce fût en compagnie d’Edward et de sa femme ?
Nous prendrons le thé, échangerons de menus propos, et puis voilà. C’est moi qui suis sotte, idiote, croyant qu’il m’aimait, et qu’il trouverait un prétexte pour me voir en tête à tête. Non, il a fallu qu’il me rencontrât en compagnie de son épouse. En vérité, il cherche simplement à se donner bonne conscience : tenir la promesse faite ce jour de Noël, jouer son rôle de parfait gentleman… Et puis il m’oubliera sitôt le dernier scone avalé.
C’est étrange, je réside à quelques pâtés de maisons et pourtant je n’ai jamais mis les pieds à Grosvenor Square. Vikram ralentit : Mount Street, quel environnement singulier ! Où sont donc passées les splendides façades classiques ? Blanches pures ? De la brique, comme dans les quartiers des ouvriers, à ce que je me suis laissé dire. Des ornements foisonnants, figurines sibyllines, qui encombrent les piliers d’entrée. Mais, mais, il s’arrête, au 69 !
Quel biscornu portail ! Du néo-gothique tape-à-l’œil, fichtrement chargé. Et cette porte bardée de clous… Quel goût ostentatoire de parvenu ! Un étalage de fanfreluches en pierre, alors que la sobriété suffirait à marquer la noblesse du lieu.
Vikram me tend la main afin de m’aider à descendre. Dommage que nos gants de cuir empêchent notre peau de se sentir. Sa paume doit être douce. Je l’imagine brûlante comme un feu de Bengale. Et ce regard… Ces prunelles serties d’éclats irisés, pareilles aux reflets d’un arc-en-ciel sous une lumière orageuse ! Quelle audace a-t-il de me scruter de la sorte ! S’il persiste, je vais exploser !
Oh, la paix, Jenny ! Inutile de me sermonner. Je suis parfaitement consciente qu’il est inconvenant de dévisager ainsi un homme, surtout en période de deuil. Je le sais, mais que veux-tu ? Voilà des jours — des semaines peut-être — que je suis à la diète, au point d’en avoir perdu le compte.
J’ai faim. Une faim dévorante, insatiable, qui me ronge depuis trop longtemps. Et dans cet état, je ferais feu de tout bois. Or ce bois-là… ce bois-là semble être d’une essence précieuse. Un bois bandé ?
Mais, mais… que peut bien occulter cette porte théâtrale ? Encore un coup de la « yankee » !
Wardy, vous me décevez quelque peu ! Votre abominable mégère vous mènerait-elle du bout de sa baguette ? Ou plutôt, posséderait-elle quelques magies cachées entre ses jupes qui plient la vôtre à sa volonté ? J’arrive, Wardy, je viens vous sauver des griffes de cette horrible femme, descendante, peut-être — « who knows? » — d’une des sorcières de Salem. Je vous jure que moi, Lady Anne Winter, je vous délivrerai du mauvais sort qu’elle vous a jeté.
Nous pourrons fuir ensemble, gagner une contrée lointaine, et filer le parfait amour ! L’Éden sera nôtre, bien plus enchanteur que cet espace de verdure aménagé dans cette cour. Trois pas seulement me séparent de toi. Trois pas et une porte. Mon aimé… je viens briser la malédiction qui t’enchaîne. Sésame, ouvre-toi ! Et découvre enfin ton inestimable trésor dissimulé dans ce pseudo-castel.
Mais, mais, non impossible ! Quelle vision cauchemardesque ! Oh, « God Heaven » ! Si je m’attendais à cela !
Rentrons, rentrons, à la maison. Partons dans l’instant ! Je me sens défaillir. Mon cœur tambourine tant qu’il va s’extirper de ma poitrine, mes jambes tremblent telles feuilles affolées par une bourrasque furibonde. Mon sang se retire de ma tête en un torrent glacé…
Je crois bien que je vais m’évanouir, ou périr !
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Que dissimule cette porte théâtrale ? Quelle révélation a bien pu ébranler Lady Anne au point de la plonger dans un tel désarroi ? Ne manquez pas la suite dans le chapitre 2 : Goddess, disponible dès mardi prochain.