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La littérature érotique : un art délicat à manier avec doigté !

En bref :

Les points d’intérêt : littérature érotique, ébats et débats, comment l’écrire ? Avis d’auteur et de lecteurs.

Résumé : Dans ce billet, Anarelle vous propose son avis décapant au sujet du podcast de France Inter du 1er avril 2024, « Pourquoi les scènes de sexe sont-elles toujours ratées ? ». Questionnement péremptoire ou juste reflet d’une réalité souvent décevante ? Vous le découvrirez au fil de son décryptage.

Elle partagera ensuite ses propres astuces pour composer des scènes d’ébats charnels, à travers lesquelles elle s’attache à saisir l’essence des sensations et à explorer les multiples facettes de l’âme humaine.

La perspective s’élargira grâce au témoignage de Denis Mursault, un auteur qui intègre des scènes intimes dans ses romans sans que ceux-ci ne soient pour autant catalogués érotiques. Son point de vue apportera un éclairage pertinent sur la représentation de la sexualité dans la littérature en général.

Enfin, pour compléter le propos, vous pourrez prendre connaissance des avis de bêta-lecteurs au sujet des ouvrages des auteurs du Désir Éditions, recueillis sur des chapitres de scènes sexuelles. Nous sommes certains que ces retours vous aideront à mieux appréhender l’approche de nos auteurs et l’effet produit sur les lecteurs testant leurs saveurs littéraires sensuelles.

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La littérature érotique : un art délicat à manier avec doigté ! - Désir- Éditions

Littérature érotique : Entre débats, ébats et prose licencieuse

Chères lectrices, chers lecteurs, dans ce billet, je vous invite à ausculter une thématique qui suscite autant de débats que d’ébats.

Il y a les addicts qui dévorent des pages d’érotisme comme des bonbons, des curieux qui en lisent à l’occasion, et ceux qui, dégoûtés, jurent qu’au grand jamais ils ne plongeront dans ces « flopes » nauséabonds.

Il est vrai que la littérature érotique traîne souvent une mauvaise réputation. Trop salace, et c’est la vulgarité en caractères gras — voire très gras — tartinée sur les écrans des tablettes ou les feuilles de papier. Trop timorée : le corps du sujet s’effondre dans la platitude. Pas assez lubrifiée, elle tourne vite au cauchemar stylistique : enfilages de scènes mal construites dont on se demande si les protagonistes ne sont pas des contorsionnistes de l’impossible. On peut également y rencontrer l’étalement du « moi, je », virant au bout de quelques lignes au déballage de fantasmagories putrides. Ces écrits, d’ailleurs, pourraient faire l’objet d’une analyse poussée du moi et du surmoi. Bref, des régurgitations d’un inconscient ou d’inconscients — à vous de décider — autocentrés.

On peut aussi se retrouver en plein milieu d’un cours d’anatomie gynécologique — détaillée à l’excès. N’en déplaise à certains, composer une scène de sexe ne consiste pas à autopsier le corps du délit — adieu désir, bonjour exploration profonde !

Et puis, au travers de la littérature dite érotique, on rencontre parfois fois des lignes charnelles qui nous transportent à l’intérieur même des personnages, de leurs sensations, tant elles font écho à notre propre vécu. Évocatrices de maintes lubricités exprimées, elles ne peuvent manquer de nous extirper des frissons incontrôlables. Alors, le temps semble comme suspendu : notre souffle épouse les soupirs et extases dévoilés au fil des lignes.

Ainsi, il existe des auteurs et des autrices capables de saisir ces émotions et de les transmettre à leurs lecteurs ou lectrices, au point qu’il arrive parfois que ceux-ci s’abîment dans le texte des heures durant, jusqu’à la petite mort ?

Encore faut-il savoir les tracer autant avec le cœur qu’avec son intellect. Pourquoi est-ce que je vous parle de ces scènes nichées au creux des pages d’un roman ou d’une nouvelle, qu’il (qu’elle) soit érotique ou non ? Lisez ce qui va suivre, et vous comprendrez pour quelle raison j’aborde ce sujet brûlant.

La littérature érotique : un art délicat à manier avec doigté ! - Désir- Éditions

Toutes les histoires érotiques sont-elles des échecs littéraires ?

Récemment, par une aube frisquette, le titre d’un podcast de France Inter, diffusé le 1er avril 2024, me propulsa hors de ma couette, alors que je bullais en compagnie de mon premier petit noir du matin.

Le chapô de ce bref entretien avec des écrivains ayant pignon sur rue était : « Pourquoi les scènes de sexe sont-elles toujours ratées ? ». Ce « clickbait » m’interpella aussitôt. Était-ce une plaisanterie ? À première vue, cela aurait pu en être une. Et, j’en conviens : si l’objectif était de capter mon attention et de m’inciter à cliquer pour découvrir le contenu, alors je le dis sans détour : « bravo, Radio France ! »

Cependant, au fil de mon écoute et de la lecture du court article, je réalisai que ce n’était pas un de ces fameux poissons d’avril piégeant les internautes chaque année à date fixe. D’éminents hommes et femmes de lettres tentaient, avec sérieux bien que succinctement, de résoudre ce « pourquoi ».

En réalité, l’accroche ne correspondait pas tout à fait à la promotion que l’émission faisait pour le lancement d’un numéro d’une nouvelle revue littéraire, qui publiait une enquête intitulée : « Écrivez-vous des scènes de sexe ? 65 autrices et auteurs répondent ».

J’avoue, je ne me suis pas penchée en détail sur ladite revue. Rien que le titre du podcast, véritable « putaclick », me dissuada de l’achat.

« Toujours » ? Vraiment ? Ce mot si péremptoire me semblait bien hasardeux, surtout venant de médias culturels se voulant haut de gamme. « Ratées », cela signifiait quoi exactement ? Précisément ?

Et lorsque je pris connaissance de la suite du soi-disant éclairage, je restai médusée.

Une citation en particulier me parut des plus déplacées : « Il est assez amusant de noter que, dans la revue, plusieurs écrivains font allusion à Gérard de Villiers, l’auteur des mythiques S.A.S qui ont bercé l’enfance de Nicolas. Si Gérard de Villiers est le mètre étalon — sans mauvais jeu de mots — de la scène de sexe, on comprend que l’exercice soit voué au ratage. Pourquoi est-ce si compliqué d’écrire des scènes de sexe ? »

N’aurait-il pas été plus pertinent de remplacer le « Pourquoi les scènes de sexe sont toujours ratées ? » par ce sous-titre : « Pourquoi est-ce si compliqué d’écrire des scènes de sexe ? » ? Le propos aurait gagné en clarté, ce qu’ il aurait perdu en impact, j’en conviens.

Quant à citer Gérard de Villiers dans ce contexte, cela me paraissait totalement incongru — vous en découvrirez les raisons plus loin dans ce billet.

Face à ce podcast au contenu mal agencé et maquillé comme une péripatéticienne en quête de pratiques, une multitude d’observations me traversèrent l’esprit concernant ce qui ressemblait à de la retape publicitaire. Déconcertante pour une émission qui prétend être « intellectuelle ».

C’est ainsi que j’ai commencé à marteler les touches de mon clavier pour discuter du titre et des points abordés dans le podcast diffusé par Radio France-France Inter.

Et puisque j’étais lancée — difficile de m’arrêter dans ces moments-là —, je décidai de vous livrer le fond de ma réflexion en tant que créatrice de récits sensuels comprenant des chapitres soit érotiques, soit pornographiques, néanmoins toujours intégrés au sein d’une intrigue consistante.

Ensuite, il m’apparut pertinent de compléter mon ressenti en publiant le témoignage d’un auteur qui inclut des scènes intimes dans ses œuvres sans être catégorisé dans le genre érotique, ainsi qu’en partageant des avis des bêta-lecteurs d’ouvrages parus ou à paraitre dans l’espace acquisition du Désir Éditions.

Allez, c’est parti ! Déshabillons ce podcast aux allures de blague de 1er avril.

Un podcast qui présente un unique exemple

En écoutant attentivement l’audio, je fus frappée par le manque flagrant d’approche nuancée et profonde d’une thématique qui mérite mieux que des approximations, surtout assortie d’un tel titre.

Ensuite, je me demandai ce qui avait traversé le ciboulot des écrivains de choisir pour seul exemple dans le cadre de cette explication les chapitres sexuels bâclés de Gérard de Villiers.

Il est évident que l’auteur de SAS n’est pas loué pour son art de la rédaction de passages licencieux, abusant des lieux communs, comme le confirme son épouse Christine de Villiers qui révèle dans un article à propos du défunt créateur de « Malko le macho » que : « Gérard n’aimait pas écrire ces passages — il faut d’ailleurs reconnaître qu’il n’avait pas vraiment de talent pour cela. En réalité, il se rendait à des ventes aux enchères à la recherche d’ouvrages très anciens. Il choisissait des livres avec de l’érotisme pour réécrire les scènes et les adapter, mais n’était ni particulièrement doué ni à l’aise avec ces descriptions. De toute manière, le cœur de SAS, ce n’est pas le cul : c’est la fiabilité des informations disséminées ».

Au vu de ce témoignage, qu’on présume véridique, il est difficile de considérer de Villiers comme une illustration pertinente. En effet, il est aisé d’avancer que ses scènes pornographiques étaient toujours ratées. De plus, on pourrait se questionner sur ce que pensent certains de ses fidèles lecteurs. Ce qui déplaît à l’un peut parfaitement plaire à l’autre. Pour ceux qui suivent mes billets, il va sans dire que je ne fais pas partie de ses plus grands fans. Cependant, chacun ses « coups et ses douleurs », tant qu’on est conscient de ce que nous consommons.

Toujours est-il, qu’il m’apparut évident qu’en s’appuyant sur un exemple biaisé, le constat ne pouvait qu’être faussé.

Ainsi, à partir d’une allusion très sommaire à un seul et unique auteur, la conclusion devient « toujours » ? Leur raisonnement se réduisait à une seule variable. Qu’en est-il de l’intégrité intellectuelle que ces « grands noms de la littérature » devraient pourtant cultiver ? La question mérite d’être posée.

Toujours ou jamais ne devrait pas sortir du cadre de papier

D’autre part, l’emploi d’un terme aussi catégorique que définitif dans le titre : « toujours », exclut toute possibilité de réussite dans l’art d’écrire les ébats amoureux. Une indubitable offense faite à de grandes dames, telles qu’Anaïs Nin et Françoise Simpère. Des féministes qui libérèrent la parole des femmes dans les récits lascifs contemporains.

Une observation me vient au sujet du terme employé : « toujours » : à l’instar de « jamais », c’est un mot que nous, auteurs, utilisons volontiers dans nos romans.  Car ainsi est le propre de la fiction, elle s’affranchit des limites du réel.

Cependant, lorsqu’on se revendique « littéraire », doté, me semble-t-il, d’un certain sens de la réflexion et du discernement, un jugement aussi expéditif me paraît déplacé dans une émission qui aspire à être à la fois culturelle et instructive. Je n’avais qu’à aller lire l’enquête publiée dans la revue « Aventures », afin de bénéficier des points de vue plus développés, argumentés, m’avancerez-vous ? Je le concède, cependant, je le répète, le procédé publicitaire adopté ne m’incita aucunement à le faire !

Bref, cette généralisation précipitée escamotait manifestement l’existence de nombreux auteurs talentueux qui maîtrisent avec brio cet art délicat. Les intervenants semblaient avoir omis d’examiner la richesse des approches et des styles en littérature érotique, se contentant de conclusions superficielles fondées sur un exemple peu probant.

Par la suite, ils prirent leurs propres problématiques pour références confessant leur incapacité à dépeindre harmonieusement étreintes langoureuses, pénétrations savoureuses, due à un manque d’appétence pour le sujet, d’inspiration, ou de savoir-faire. Il m’est alors venu cette réflexion : « si vous n’aimez pas les écrire, eh bien ne le faites pas. Ce n’est pas un “must have” parce que c’est “in” d’en inclure dans son ouvrage ! »

L’expertise de quelques-uns, même si leur renommée n’est plus à prouver, suffirait-elle à promulguer une vérité ? Réduire les passages polissons, abordés par des milliers, voire des millions d’auteurs passés et présents, à l’avis d’un petit nombre est pour le moins simpliste. On repassera pour l’ouverture d’esprit ! C’est aussi un affront aux lecteurs qui aiment s’y plonger et y trouvent du plaisir.

Le regard masculin en question

Il est, pourtant, une hypothèse que je n’ai pu écarter, soulevée par certains et soulignée à la fin du podcast : si les scènes de sexe sont fréquemment jugées ratées, c’est peut-être parce qu’elles seraient trop souvent le fruit d’un regard masculin et hétéronormé : un point de vue focalisé sur la performance et la domination, qui peut manquer de finesse et d’empathie, ne parvenant pas à rendre justice à la richesse des émotions et qui occultent avec régularité les sensations féminines.

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Écriture de chairs, corps éloquents

Je me suis alors interrogée : comment est-ce que je compose les scènes de sexe dans mes ouvrages ? En premier lieu, la scène doit s’imposer d’elle-même à ce moment précis de l’histoire, elle s’inscrit comme une évidence dans mon scénario.  

À mon sens, il n’existe pas de méthode, je ne vous fournirai pas de guide en soixante-neuf points afin de vous expliquer de quelle façon on peut écrire une scène sulfureuse qui allumera votre lecteur. Tout simplement parce que chaque auteur procédera différemment, tout comme chaque lecteur aura des attentes particulières. Cependant, je peux vous confier comment je les envisage.

Toute la complexité, lorsqu’on dessine des ébats torrides, réside, en ce qui me concerne, dans le fait qu’on ne doive pas se limiter pas aux descriptions de corps qui s’accouplent, de transgressions de tabou, d’aveux de fantasmes, ou à confesser ses jeux de fesse.

L’auteur doit tout autant s’appliquer à capturer l’intensité des sensations, qu’à creuser les infinies variations psychologiques, sentimentales, qui rendent ces instants exceptionnels. Ainsi, pour moi, l’unique façon de rédiger ces tableaux à l’hédonisme lascif, dans lesquels les émotions atteignent leur paroxysme, est l’autohypnose. Un état second qui s’installe généralement dans le calme du petit matin afin de pouvoir parfaitement retranscrire la tension érotique habitant mes personnages, que les scènes se déroulent dans le cadre de relations conventionnelles ou libertines.

Je commence par fermer les yeux, respirer profondément, mes doigts se positionnant d’eux-mêmes sur le clavier. Les images sensuelles se forment, les premières paroles des amants, leurs premiers souffles de désir s’enflamment sous mes paupières. Je plonge à l’intérieur de la pièce, dans le rôle de l’observatrice ou de voyeuse.

Car écrire l’acte d’amour ce n’est pas simplement aligner sujet, verbe et complément. Ce qui est vrai pour chaque chapitre de l’histoire que je suis en train de construire devient primordial lorsqu’il s’agit de transcrire les pulsions, et les bouleversements qui adviendront dans ce moment si particulier. Je m’imprègne des moindres attouchements et des plus infimes fragments de passion exprimés.

Écrire un érotisme authentique, ni artificiel, ni banal, c’est avant tout le vivre avec son corps et son cœur. C’est une composition instinctive, vibrante, qui me submerge dans une onde de frissons venant lécher sans retenue chaque parcelle de ma peau. C’est alors que mes doigts galopent librement sur le clavier, je ne cherche pas à les brider.

Dans un premier jet, je pense que l’intellect n’a pas sa place. L’instinct précède la raison.

Il sera toujours temps de lisser et peaufiner plus tard. Une scène de sexe, pimentée à souhait, demande à mon sens de nombreuses relectures ; plus que dans toute autre partie du récit, la fluidité doit être irréprochable. Il faudra, donc, par la suite lubrifier son style !

Cependant, au préliminaire de ce chapitre, vous devez laisser les mots s’emparer de votre intimité ; leur permettre de vous effleurer, vous pénétrer, prendre possession de votre écriture. Puis, vous transporter vers l’extase, et pourquoi pas vers la jouissance liée à cette conception, qui ne manquera pas d’advenir, pour peu que votre scène soit réaliste.

Et surtout, donnez. Les pages érotiques sont généreuses : si vous êtes avare de vous-même, comment pourriez-vous transmettre quoi que ce soit aux autres ? Se livrer, se dévoiler, se dénuder — voilà peut-être le plus important secret. Une sorte de striptease de romancier. Car au-delà des mots alignés, c’est une partie de votre âme que vous dépouillez, au travers des ébats de vos protagonistes. Fermez les yeux et contemplez-les s’aimer ; ils sont vous, vous êtes eux.

Enivrez-vous de leurs caresses, de ces regards qui murmurent l’amour jusqu’à l’oubli de soi, de ces échanges silencieux qui précèdent le langage des corps, l’acte sexuel en lui-même.

Si vous craignez votre sujet, il vous le rendra : rien ne transpirera des émotions qui auraient pu constituer une déferlante jouissive. La tiédeur n’a pas sa place ici — pas plus que l’excès ou l’insuffisance — car votre lecteur ressentira votre surjeu ou votre retenue. Exprimez comme vous aimez : avec ardeur.

Vivez le sexe — le véritable — celui qui bave, rugit, feule, soupire, quémande et ordonne ; celui qui s’épanouit puis s’évanouit dans les fibres profondes d’un être fait de chair et de sang…

Écrire une scène charnelle revient à formuler la tendresse d’un sexe qui aime ; les bouches qui se fondent et s’abandonnent dans la langueur d’un fragment d’éternité ; les peaux qui dialoguent en sueur avant de se détacher à regret ; les seins qui se déforment sous la pression d’un torse amoureux… C’est le langage du corps qui doit se sentir dans chacune de vos phrases.

Laissez la scène envahir votre être et vos sens : qu’elle s’empare de votre vulve ou de votre verge ; qu’elle soit un moment jouissif.

Car si vous couchez sur le papier le sexe avec votre cerveau uniquement — en prenant soin d’en masquer la répulsion par des mots aseptisés ou des circonvolutions timorées — si vous en produisez quelques pages par effet de mode ou par volonté gratuite de choquer avec des mots crus… Alors vous passerez à côté du cœur du sujet : ce moment où l’auteur puise dans son expérience pour le sublimer et offrir ce trésor aux lecteurs afin qu’ils puissent voyager au cœur même des extases qu’il a vécues.

Je n’ai aucun autre conseil à vous prodiguer que celui de vous laisser emporter sur les ailes du désir.

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Le clin d’œil de Denis Mursault

Ce tour d’horizon, entamé grâce — ou à cause— d’un titre de podcast digne d’une alpague de camelot, ne saurait être équilibré sans un regard complémentaire sur la question. J’ai donc demandé à Denis Mursault — dont la plume accoste également ces contrées intimes — de s’exprimer sur ce sujet et, plus généralement, sur celui de la littérature érotique. Je lui laisse maintenant la parole.

« Si l’on en croit l’édito de France Inter se fondant sur un article de la revue « Aventures », les écrivain(e)s vivraient dans la terreur de manquer leurs scènes de sexe, voire de les rendre grotesques. On sourit, en s’imaginant toutes ces belles plumes tremblant à l’idée de recevoir la consécration du « Bad Sex in Fiction Award ».

À cette appréhension, et à cette conviction que la rédaction d’une scène de sexe se destine à l’échec, plusieurs raisons, plus ou moins discutables.

Parmi celles-ci, le recours indolent aux stéréotypes, ou encore l’incompatibilité d’humeur entre le langage textuel et la félicité sexuelle ne sont pas les plus contestables.

La production à la chaîne de clichés par ribambelles ne favorise pas, c’est évident, le succès de ce type de prestation. L’impossibilité de rendre compte, par de simples mots, de l’intensité luxurieuse non plus. Soit.

Tous les passages érotiques ne bénéficient pas de la qualité stylistique qui permettra d’en transcender le contenu. C’est entendu. Faut-il pour cela jeter bébé avec l’eau du bain ? S’avèrent-ils incapables de susciter émotion esthétique et excitation ?

Bien sûr que si. À partir du moment où ils ne sont pas traités paresseusement, où ils s’intègrent dans une construction aussi patiente que lascive, où le propos de l’écrivain(e) flamboie, où il (elle) se fait plaisir en rédigeant, rien ne s’oppose à leur épanouissement.

Et si c’était tout bonnement cette volonté de la part de l’article de sonder la scène de sexe en qualité d’entité intrinsèque, détachée ainsi de toute espèce de contexte, qui contribuait à la rendre déphasée et critiquable, passée sous la tyrannie d’une loupe qui en hypertrophierait les défauts ? Le simple fait de pointer l’objectif dessus, alors qu’elle n’est que la partie d’un tout et ne peut-être réussie que si l’on prend en considération les préliminaires narratifs permettant d’y accéder, fausse le regard que chacun peut y porter.

Toute scène de sexe bien née ne vaut que par l’écrin dans lequel elle a été minutieusement enchâssée. Le simple récit de l’accouplement, dans tout ce qu’il possède de physique, limite, par exemple, les interactions psychologiques. La description de l’acte ne doit en aucun cas être isolée, mais, au contraire, devenir l’accomplissement d’un processus sensuel, le point d’orgue d’un trajet naviguant entre insatisfaction, espoir et volupté. Hors d’une préparation d’artillerie destinée à exacerber le désir, nul salut.

La scène ne sera aboutie que dans la mesure où elle s’insèrera en une composition plus vaste. La priver de ce cheminement la condamne irrémédiablement à un examen individuel, dont elle ressortira, parfois, sévèrement déshabillée. Vous me direz que c’est de circonstance…

 Du sexe pour du sexe abolit le voyage, le crescendo, et, par conséquent, prend le risque du risible ou, au moins, du décalé. La route vers les délices, la promesse d’un assouvissement, l’enveloppement délicat, autant scénaristique que stylistique, entre autres bienfaits, permettent, de plus, de faire le distinguo entre érotisme et pornographie. Avouons que ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Mais voilà que je tombe nez à nez avec la date à laquelle ce billet, au titre clairement « clickbait », a été produit : 1er Avril. Allons bon ! Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un canular ?  Les auteur(e)s ne redouteraient donc pas d’aborder, du talent dont on les sait nantis, et avec l’originalité qu’on présume, ces fameuses scènes de sexe ? Ouf ! On respire. De vous à moi, j’ai failli avoir peur. »

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Témoignages de bêta-lecteurs

Afin de répondre à la question du départ qui me fit bondir hors de ma couette, je vais laisser quelques-uns de mes lecteurs et de ceux de Laurent Ducastel s’exprimer au sujet des chapitres de nos œuvres contenant des ébats sexuels. Sont-ils ratés ? la réponse se trouve ci-après :

« Très bon chapitre, particulièrement appréciable la première moitié qui file la métaphore sans arrêt. Je pense notamment à la partie de baise ‘végétale’, mais pas seulement. Bien confirmée aussi la psy des pers, avec le rustaud qui cache de secrètes finesses et la fausse cynique amatrice de punchlines. »

« Je l’attendais, la scène torride, je l’ai ! Et je ne suis pas déçu : tu renouvelles la scène classique de trio avec talent. »

« Tu as du talent pour narrer les scènes sexuelles, incontestablement. »

« J’ai adoré ce moment sensuel et intense 🙂 »

« Délicieusement sensuel ! ! ! ! ! »

« Une vraie fusion d’esprit et de corps pour leur plus grand plaisir et pour nous aussi qui sommes les voyeurs de leurs aventures. Que de douceur dans leur plaisir. »

« Bravo. Encore un agencement impeccable, avec la montée en puissance de la lascivité jusqu’à la satisfaction finale. La progression est bien fichue : les réticences initiales ( et légitimes) de Nina, les considérations d’une grande justesse d’Alexandra sur la pénibilité de l’activité. Le tout servi par un style de qualité (et fluide, ce qui ne gâte rien) »

« ON voit là l’expérience ! Tout semble très réel ! C’est clair que si tu n’as pas approché ce genre de milieux, tu ne peux pas écrire avec ce niveau de détails 🙂 »

« Quand le récit des étreintes fait rêver jusqu’à la folie d’être à la place du personnage principal, c’est que talent de l’auteure pour dessiner une scène érotique ne se discute pas. »

Cette liste de témoignages n’est pas exhaustive, loin de là !

Je vous invite à découvrir les avis des premiers acquéreurs de la chronique libertine élégante de Laurent Ducastel et ceux portant sur mes nouvelles. Il se peut que vous aussi, suite à la lecture de nos ouvrages, aimiez témoigner à votre tour : « Non, les scènes de sexe ne sont pas toujours ratées ! »

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[1] le terme Clickbait désigne une presse qui présente des news de faible qualité (pas de rigueur ni de recherche) et mise sur des titres accrocheurs pour vendre plus de journaux.

Sources :

Pourquoi les scènes de sexe sont-elles toujours ratées ?

Entretien avec Christine de Villiers

 


 

 

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