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De l’Amour : conversation philosophique imaginaire entre Amaterasu et Michel Onfray 

En bref :  

Les points d’intérêt : kami, Amaterasu, shintoïsme, Michel Onfray, érotique solaire, émancipation féminine, liberté sexuelle, égalité homme femme 

Podcast :

Podcast Conversation Philosophique Amaterasu Onfray

Podcast Conversation Philosophique Amaterasu Onfray

Désir Éditions

Conversation phylosophique Amaterasu - Onfray (2025)

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Cette conversation audio rassemble un homme et une femme autour du billet qui suit, en revenant sur ses principaux points. Une écoute de 5 minutes pour découvrir, ou que vous soyez, les points principaux de la pensée solaire d’Anarelle.  

Résumé :

Anarelle, auteure libertine et libertaire, capitaine du Désir Éditions, vous convie à une déambulation éclairant une question universelle : « Qu’est-ce que l’amour ? ».  

Un voyage littéraire singulier qui se décline du règne sans partage de la déesse Amaterasu à l’érotique solaire de Michel Onfray. La suite du billet : « De l’Amour : conversation philosophique imaginaire entre Platon et Françoise Simpère ». 

Ici encore, la philosophie flirte avec la liberté, et l’émancipation féminine s’affirme entre spiritualité shintoïste et incursion dans l’univers libertin. Vous rencontrerez au fil de votre lecture : des kamis espiègles, des déesses autonomes, ainsi que des penseurs qui bousculent les codes pour mieux célébrer le désir et la pluralité des amours.   

À la croisée des mythes et des idées contemporaines, ce billet est une invitation afin de réinventer les relations amoureuses, à envisager ce que pourraient être un corps et esprit dont on aurait ôté les carcans des présupposés, et à questionner ce que pourrait être une harmonie nouvelle entre masculin et féminin. 

Prêts à explorer, avec Anarelle, les sentiers inédits de l’érotique solaire, de la liberté d’être et d’aimer ?  

Laissez-vous tenter par cette escapade qui aborde des notions philosophiques, sans que Sagesse rime avec tristesse.  

Notre auteure maison, avec la verve humoristique caractéristique de son style, vous délivre un message sérieux qui pour autant ne se prend pas au sérieux. Attention aux fous rires !  

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De l’Amour : conversation philosophique imaginaire entre Amaterasu et Michel Onfray  - Désir- Éditions

Quand Amaterasu rencontre Michel Onfray : explorer l’amour à l’éclairage de deux pensées solaires 

Depuis toujours, la question de l’amour traverse les civilisations, s’infiltrant dans les mythes, les croyances et les réflexions philosophiques. Après avoir arpenté les sentiers de la Grèce antique et du Japon ancestral, ce deuxième billet vous convie à poursuivre la balade, là où la lumière d’Amaterasu, une déesse du panthéon shintoïste, croise la pensée contemporaine de Michel Onfray et son érotique solaire. 

Mon parcours, entre fascination pour le pays du Soleil levant et immersion dans le monde du libertinage, m’a conduite à revisiter la notion d’amour sous des angles multiples : spiritualité animiste, quête d’autonomie féminine, désillusions conjugales et désir d’émancipation. Au fil de mes expériences, j’ai découvert que le shintoïsme, loin d’imposer des carcans, propose une harmonie où chaque être, chaque brin d’herbe, chaque femme et chaque homme trouve sa place dans une grande ronde cosmique. Mais l’histoire, les influences confucéennes et bouddhistes, ont peu à peu relégué la puissance féminine et la liberté des croyances à l’arrière-plan. 

C’est donc à la croisée de ces mondes que je vous propose d’assister à une rencontre inédite : celle de la déesse Amaterasu et du philosophe libertaire Michel Onfray. Dans un dialogue imaginaire au cours duquel ils confrontent leurs visions de l’amour, de la liberté et du désir, entre spiritualité solaire et corps amoureux. Prêts à explorer ces nouveaux horizons où la mythologie, issue de sagesse antique, dialogue avec une pensée contemporaine, débarrassée de la morale judéo-chrétienne ? Je vous invite au cœur de mon petit théâtre personnel sur la scène duquel sagesse ne rime pas avec tristesse.  

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Amour, philosophie et liberté : voyage initiatique au Japon — nouvelles perspectives sur la vie et la culture occidentale 

À l’aube de ma dernière année de lycée, l’idée de me lancer dans le grand bain du journalisme me titillait : observation, quête de vérité, échanges de concepts, un cocktail alléchant auquel je me sentais destinée. 

Mais voilà, en plein sprint final du bac, j’eus un coup de foudre. Là, je pressens ce que vous allez dire : l’amour détourne les filles studieuses de leur destin. Eh, bien, étonnez-vous. Je n’avais pas craqué pas pour un apollon aux yeux doux, non, pas plus que pour un prince charmant m’emmenant sur son cheval blanc au soleil couchant. En effet, l’objet de mon affection était, justement, le pays du soleil levant, brillant autant, dans les années quatre-vingt-dix, par son passé ancestral entouré de mystère, que par sa résonance commerciale internationale. Un pays dont les habitants sont réputés devancer le réveil de Phébus, et pour ne s’endormir que bien après son coucher, ou l’esthétique n’est pas qu’une démarche artistique, mais bien une pratique baignant dans le quotidien. 

Ce fut avec une ferveur quasi religieuse, baccalauréat en poche, que je franchis le seuil de l’auguste Institut des Langues et Civilisations Orientales, fondé par Colbert dans une perspective, en vérité, fort prosaïque : tisser des liens marchands entre la France de Louis XIV et les exotiques contrées asiatiques. Pour autant, son expectative de transactions fructueuses se doublait d’une visée fraternaliste : abattre les barrières du langage, sources premières de désunion entre les hommes depuis la destruction de la fameuse tour de Babel. 

Outre les cours de langue, des professeurs originaires de ce pays de taille raisonnable, mais à la grande influence, m’abreuvèrent de courants philosophiques jusqu’alors méconnus. C’était acté. Le Japon et sa culture m’avaient attirée dans leur filet. 

À mesure de mes années d’études, je me mis à observer le monde dans une optique inédite, absorbant de nouvelles conceptions avec un enthousiasme juvénile. 

Attention ! L’apprentissage des kanji [2] s’apparente, au moins au début, à la consommation, jour après jour, d’une belle noisette de wasabi cérébral. Démarche aussi piquante que stimulante. Ainsi, découverte après découverte, le voile de mes perceptions sociologiques, tissé par l’influence de la culture judéo-chrétienne, se déchirait. Une rencontre particulière qui me transforma à jamais. 

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Shintoïsme : harmonie animiste, connexion cosmique et absence de rigidité doctrinale 

Le Shintoïsme imagine un monde où chaque brin d’herbe peut être un dieu — kami — et chaque ruisseau un sanctuaire. Le principe ? Tout est connecté dans une grande ronde d’égalité cosmique où même le plus petit insecte a son mot à dire — même si c’est généralement juste « bzzz ». 

Dans cette symphonie animiste, « Shinto » rime avec « promenade céleste », et les kamis — ces illustres esprits — sont les musiciens qui donnent vie à l’orchestre de la nature. Ils ne sont pas des divinités intouchables, non, ce sont plutôt des âmes sœurs qui s’infiltrent dans chaque recoin de notre monde palpable. 

Les kamis ne sont pas capricieux, à l’inverse des habitants du mont Olympe. Ils expriment la poésie d’un rocher ancien, la sagesse d’un vent qui murmure, et même la fécondité d’une terre qui promet récolte. Le Shintoïsme propose une valse respectueuse entre les mortels et l’immortel, une harmonie ne reposant pas sur la coercition d’une autorité supérieure. 

Quant à la liberté de pensée, il s’agit d’un des grands luxes que vous découvrirez si vous vous y intéressez ! Pas de chape de plomb doctrinale qui vous serre le crâne. Une souplesse d’esprit qui vous permet de suivre ses préceptes sans avoir à contorsionner votre conscience. 

En résumé, le Shintoïsme est une doctrine exempte de rigidité, où les déités sont vos potes et où la culpabilité n’a pas sa carte de membre. Un festival divin où chacun est libre de danser à son rythme, sans se faire écraser les orteils par des lois trop restrictives. Cependant « liberté » ne signifie en aucun cas agir « n’importe comment » sans moralité ni code d’honneur.   

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Et que dit « la voie des dieux » du rôle des femmes ? 

Dans le shintoïsme, on trouve autant de déesses que de dieux dans le panthéon céleste. Dans cette pensée composée, Amaterasu-ōmikami — la déesse du soleil — se trouve souvent représentée comme une belle femme, rayonnant de lumière, portant un miroir sacré, un bijou ou une épée, symboles de sa puissance et de son autorité. Elle n’est pas la « femme de », se suffit à elle-même. L’archétype de l’autonomie ! 

Et contrairement à ce que l’on pourrait présumer, en regardant les films hollywoodiens où seuls, les types se prénommant — au hasard — Tom, semblent avoir droit à leur katana, les femmes samouraïs ont bel et bien existé. Elles étaient appelées « onna-bugeisha » et maniaient l’épée avec autant d’élégance qu’une Geisha [3], du quartier de Gion à Kyoto, manipule son éventail. 

Croyez-moi si je vous affirme que ces dames ne se limitaient pas à décorer les dojos [4] ; elles avaient leur mot à dire, leurs ennemis pouvant attester — souvent post-mortem — de leur redoutable efficacité au combat. 

Malgré leur nombre restreint, ces femmes de qualité, armées, marquèrent bel et bien l’époque féodale de l’archipel nippon. Leurs aventures, dignes des plus fabuleuses sagas, firent jaser sous les toris1. Elles furent célébrées en chansons, immortalisées en vers et croquées sur papier avec une admiration qui frôlait la « fan-mania ». Mais hélas, ces héroïnes de haut vol se virent proprement bordurées par ces messieurs les historiens, lesquels, petit à petit, préférèrent les reléguer dans le tiroir des accessoires. 

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Croche-pattes célestes et patatras… le Japon s’éloigne de l’harmonie ancestrale. 

En partie, en raison d’idées venues de l’autre côté de la mer de Chine, qui débarquèrent avec des ballots de prescriptions confucianistes et bouddhistes. Les siècles s’écoulant, elles chamboulèrent l’ordre du hit-parade des pensées tutélaires.  

Progressivement, dans un archipel qui transitait de la période féodale, avec une multitude de modestes royaumes se faisant la guerre, à un Japon unifié sous l’égide d’un seul autocrate, les dirigeants jugèrent, probablement, plus aisé de gouverner avec une philosophie cadrée, serrée, telle que le confucianisme. 

Aussi, de fil en aiguille, la représentation sociale des femmes se dégrada en raison même de la conception pas vraiment bienveillante du beau sexe de Maître Kong — je vous jure que je n’ai pas inventé le nom chinois de ce king d’une doctrine politique et sociale [5] extrême-orientale — qui ne semblait pas porter dans son cœur la gent féminine, à l’instar de théologiens extrémistes qu’ils soient chrétiens, islamistes ou hébraïques. 

Et c’est ainsi que les femmes qui pouvaient être, dans la relative flexibilité de la voie des dieux, aussi bien reines du cosmos que guerrières, dégringolèrent de leur piédestal. Le confucianisme leur fit un croc-en-jambe, et le bouddhisme les relégua au rang de tentatrices, responsables de tous les maux des hommes, les accusant de bouleverser la quête de zénitude de l’autre sexe. 

Ce processus n’est pas sans nous rappeler certains pans de notre histoire occidentale, les déesses matriarches des premiers âges de l’humanité cédant la place à « Un » dieu à barbe orgueilleuse. Encore un poilu ! Je n’y peux rien ! 

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Quand Platon rencontre Amaterasu : fusion Gréco-Nipponne dans mes neurones. 

Ce modèle d’iniquité dans la prise en compte des genres perdure à l’heure actuelle : la société japonaise contemporaine n’est pas connue pour être un exemple à suivre en matière de considération paritaire, tant s’en faut. Pourtant, en regardant loin en arrière dans ses traditions, le Shintoïsme nous donne à envisager qu’en chacun de nous réside la déité, et qu’une harmonie avec le grand tout est possible, qu’il existe une puissance féminine répondant à une « virile », que nous sommes complémentaires, que nous ne sommes plus loin du mythe de l’androgyne ! 

S’ajoute le principe que la vie n’est pas souffrance, douleur, expiation, et que l’on doit célébrer tous les instants qui nous sont accordés. Des pensées, avanceront certains, rappelant celles des hédonistes et des épicuriens, j’en conviens. 

Et voilà. Nous sommes arrivés au terme de cette balade au pays des Kamis. J’ai réussi, au cours de mes années d’études en langues appliquées, à faire cohabiter dans mon assiette philosophique des olives (grecques, bien sûr) avec de rutilants sushis divinement tentants, prenant, dans ma quête libertaire, ce qui m’attirait et laissant de côté le moins pertinent.  

À propos de cohabitation, ce fut en dernière année de maîtrise que je me mis en ménage, avec mon premier grand Amour, celui qui rime avec toujours, celui qui, je pensais, me compléterait… 

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La passion fut aveugle, le mariage me rendit la vue.   

Au premier regard, il avait tout du samouraï charmant (non, il n’était pas japonais, mais se présentait comme un guerrier avec un code d’honneur, protecteur de la veuve et de l’orpheline), et se révéla être un véritable Barbe bleue, à l’usage. (Vous allez vous dire qu’Anarelle fait une fixette sur les poilus. Absolument pas ! Après, tout, ce n’est pas ma faute, si l’on parle tant de pilosité lorsqu’on évoque les hommes). 

Alors, mon Gilles de Rais [7] ne m’a pas occise, sinon vous ne seriez pas en train de me lire. J’ai simplement participé à la construction ma propre prison, guidée par la foi qu’il était mon autre moitié, celle qui me complétait. En réalité, j’avais rencontré le proto « type » achevé du martien. Il me faisait parfois penser à Susanoo, le dieu des tempêtes dans le Shintoïsme, luttant contre sa sœur pour prendre le pouvoir et éteindre sa lumière. 

J’avoue que, sur ce coup-là, j’ai été longue à la « comprenette ». Ce n’est qu’au bout d’une petite paire de décennies — quand je vous dis longue, c’est vraiment longue ! — que je décidai, en définitive, de prendre la poudre d’escampette sur mon beau destrier blanc—Ne croyez pas que je fabule, je suis réellement partie du domicile conjugal sur le dos de ma fidèle haquenée. 

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Le chemin de la liberté d’Anarelle : déesse incarnée, érotique solaire, amours plurielles 

Le temps de rafistoler mes fissures — je ne suis pas de marbre — de descendre puis de remonter les vertigineuses marches des sept cercles du deuil, je repris ma quête pour trouver mon complément. Suis-je du genre pugnace ? Oui, totalement. Ce n’est pas parce qu’on s’est trompé d’objet qu’il ne faut plus retenter. Parfois, le courage consiste simplement à ne pas abandonner. 

Post-rupture, je m’étais isolée dans ma grotte façon Amaterasu, par trop offusquée par une énième offense de son frère. Quelques mois plus tard, j’en sortis illuminée par les réflexions sur ce que devait être une relation équilibrée. Je comptais bien briller de mille feux, sans qu’un masculin vienne tenter d’éteindre ma flamme. [8] 

Il me fallait juste trouver un terrain fertile, distancié des traditionnelles conceptions des relations entre les deux sexes. Un lieu où personne ne m’insufflerait des idées que je n’avais pas choisi d’inviter à ma table mentale. En quelque sorte, une cour de récréation du corps et de l’âme, sans gendarme de la pensée ni Susanoo macho ! 

Prospectant de-ci, de-là, sur la toile, un nouvel univers attira ma curiosité et ma soif d’interaction humaine, d’épanouissement intellectuel et charnel. 

 Cette contrée inconnue où je m’apprêtais à atterrir, après un long régime d’abstinence et de monogamie aussi monotone qu’oppressant, c’était celle du libertinage. 

Portée par la désillusion de ce premier mariage partant en déconfiture, et par le souvenir de mes années d’emprisonnement auprès de mon Gilles de Rais, j’avais enfourché ma blanche haquenée et juré sur tous les dieux de l’Olympe de ne plus jamais tomber dans un piège similaire. 

Fraîchement divorcée, la petite quarantaine claironnante, en mode solo, je me mis en quête d’un « amant ni trop distant, ni trop collant ». N’étant pas adepte de l’abstinence, je me fis la réflexion que l’univers du libertinage pourrait être un vivier adéquat pour pêcher un nouveau prince charmant. Mais un vrai, cette fois, pas un en toc. 

Je songeais tout d’abord à un genre de CDD de l’amour, avant d’envisager un CDI, suite à une très, très, très, longue période d’essai. 

Avec une sorte de naïveté intellectuelle, je le concède, je comptais recruter parmi les adeptes de l’amour libre, un postulant au compagnonnage de vie qui possèderait les qualités suivantes : un esprit, émancipé des normes des relations conventionnelles, monogames et à tendance étouffante, doté d’une vision galante dans son approche de la femme, mais non condescendante. Selon ma check-list, j’aspirai également à trouver un savoir-faire érotique consommé, puisque, en théorie, la perle serait un habitué des plaisirs de la chair sans entrave. Et pourquoi me limiter à un si plusieurs pouvaient séduire mon corps et mon cœur ? 

Quelles drôles d’idées, peut-être, me direz-vous ? Je vous répondrai : mais pas du tout ! 

Mes aspirations n’avaient rien de lubies. On en discute beaucoup aujourd’hui, mais, au début des années 2010, les pousses d’une féminité émancipée, du polyamour (que j’ai abordé dans le billet précédent) et du « slow sexe », sortaient à peine de terre. 

Les champions nationaux de ces idées, que d’aucuns jugèrent subversives à l’époque, et qui provoquent toujours des débats aujourd’hui, sont deux agitateurs de pensées français qui donnent la priorité à des conceptions s’échappant des schémas traditionnels. 

Se posa à moi un problème, en découvrant leurs propositions en même temps que je poussais la porte des amours libertines. Je m’interrogeais, en posant mon premier escarpin, puis le second, puis mon décolleté et enfin mon corps tout entier : comment réconcilier mythe de l’androgyne, spiritualité shintoïste, théorie du corps amoureux, et guide des amours plurielles ? 

Alors, asseyez-vous confortablement, car je vais rejouer pour vous certaines des conversations intérieures qui m’ont amenée, à l’époque, à faire fusionner antiques croyances et propositions contemporaines.   

Étrange ? Pas sûr. Vous allez concevoir la connexion de toutes ces réflexions humanistes. Si vous mettez dans votre panier, de retour du marché philosophique, différentes convictions pour lesquelles sagesse ne rime pas avec tristesse, vous pourrez envisager que « plusieurs » peut-être le nouveau « un » et que chaque forme d’amour devient une pièce du grand puzzle d’une vie harmonieuse. 

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Michel Onfray rencontre Amaterasu : érotique solaire, plaisir et liberté dans le shintoïsme  

(Au pied de Fuji Sama, l’aube pointe le bout de sa frimousse, dans un immense espace de vert et rose vêtu, un homme, en chemise blanche, attend patiemment « Celle qui Illumine majestueusement ». Il triture ses lunettes rectangulaires, ce n’est pas tous les jours qu’une audience à une telle altitude lui est accordée. Enfin, des pinceaux de phalanges dorées paraissent dans le ciel)  

Michel Onfray (ajustant son kimono, sourire charmeur, partant bille en tête, il sait qu’il n’a que peu de temps) : Ma très chère Amaterasu, déesse immémoriale, dont la beauté incomparable s’épanouit chaque jour davantage, ne pensez-vous pas que ma théorie des corps amoureux, pour une érotique solaire, pourrait fleurir sous les cieux radieux de vos préceptes shintoïstes ? 

Amaterasu (se levant) : Je vous connais, vous êtes un gaïjin2 ? De Furansu, si je ne m’abuse ? 

Michel Onfray (fier comme Artaban, un rien pédant) : En effet, j’ai l’honneur d’être l’un de ses essayistes contemporains les plus connus. Je me targue et me flatte d’être traité de polémiste par certains de mes détracteurs. Voyez-vous, je suis l’héritier d’une longue tradition de philosophes liber…. 

Un petit nuage vient voiler la lumineuse face de la Déesse et refroidir l’ardeur du tribun. 

Amaterasu (baillant) : Et si vous en veniez au fait, mon petit Mimi, parce que ce n’est pas tout ça, mais j’ai d’autres solliciteurs qui attendent derrière vous. Ensuite, je me rendrai à un rendez-vous avec mon arrière, arrière, arrière… petit fils, l’Empereur du Japon. Puis, je devrai illuminer de mes feux plusieurs matsuri célébrant les beautés de mes frères, cousins, nièces : les nuages, les arbres, les fleurs. Et je crois que j’ai, également, sur mon planning, un défilé à honorer pour un rocher tout particulièrement esthétique. Alors, abrégez, je vous prie. Quelle est donc cette théorie dont vous me parlez et que je ne connais point, bien que vous m’y mentionniez, puisque vous avez accolé à votre libellé de l’érotisme le qualificatif « solaire ». 

Michel Onfray (sourcils concentrés. Faire court pour une telle pensée, c’est tout de même compliqué quand on en a autant sous le pied) : Eh bien imaginez, ô lumineuse Déesse, que c’est une recette de cuisine pour concocter un plat délicieux nommé Amour, avec un A majuscule. Les ingrédients principaux sont le plaisir et la jouissance, des droits fondamentaux pour les humains, vous en conviendrez. Je m’élève, par principe, contre toute forme d’ascétisme déprimant. Cependant, j’y adjoints, afin que cela ne parte pas en cacahuète, deux ingrédients essentiels : la responsabilité et l’autonomie. De plus, mon érotique se consomme à feu doux : une vision hédoniste de l’amour et du désir, où chaque caresse est une bénédiction de l’autre, et chaque baiser se doit être savouré comme un bon vin. Ensuite, la sexualité se conçoit comme une danse, un ballet des sens, chorégraphié comme une symphonie. En somme, dans ma théorie, le corps est roi, le plaisir : sa couronne, et la liberté : son sceptre. 

Amaterasu (sourire étincelant) : Oh, mais dites donc, votre quête du plaisir semble aussi éclatante que mes rayons. Mais alors, en quoi vos corps amoureux s’alignent-ils avec les esprits sacrés des rivières, des montagnes… ? 

Michel Onfray (docte) : Ah, mais c’est simple ! Comme vos kamis, chaque corps est un temple, un élément naturel à célébrer. Vous ne pouvez nier cette déité de l’humain, si vous l’accordez aux autres éléments. Et quelle plus belle façon de célébrer cette vie que celle des plaisirs érotiques ? 

Amaterasu (songeuse) : Vous marquez un point. Cependant, nos habitudes d’exprimer notre gratitude envers la vie qui nous est donnée sont différentes. L’érotisme n’est pas inclus dans nos préceptes shintoïstes. Mais je sais qu’un de mes illustres collègues fait un tabac planétaire, et ce depuis des siècles, avec son livre : les enseignements de Kama. Il faudra, d’ailleurs, que je songe à le consulter, un jour. 

Michel Onfray (se trémousse, d’aise ou de chaleur ? Sous la lueur clémente de la belle déesse) : Oui ! C’est cela, exactement. Mon cher ami, le dieu de l’amour hindouiste, m’a souvent aidé à énoncer mes propositions. Alors, qu’en dites-vous, Belle Dame ? Voulez-vous prendre sous votre coupe mon érotique solaire ? 

Amaterasu (gênée) : Tout doux, mon ami. Certes, je ne peux nier notre communion de pensée, cependant, mes petits Nippons sont encore, disons-le tout de go, prudes. Mais, au fond, vous n’avez pas totalement tort, nous dansons tous au rythme de la nature, célébrant le corporel et le matériel, aussi bien que l’immatériel. Alors qui sait, peut-être un jour verrons-nous des couples amoureux s’engager dans une danse lascive au pays du soleil levant. Oui, qui sait ? Tout est possible. J’ai vu depuis des millénaires des choses bien plus étranges que cela. 

Amaterasu s’apprête à partir, elle a tant et tant à faire, mais le petit bonhomme à ses pieds s’agite de nouveau. 

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Quand la Déesse Amaterasu et Michel Onfray discutent de féminité émancipée     

Michel Onfray (saisissant le moment avant qu’il ne trépasse, encore tout chamboulé, par la perspective de jouissances sous les cerisiers en fleurs au printemps, les pétales tombant sur les participants aux corps dénudés.) : Chère Amaterasu, encore une question, une dernière et je vous laisserai étinceler dans le ciel. Votre éclat rivalise avec celui de la liberté que je prône pour le féminin. Ne pensez-vous pas que votre lumière pourrait être le symbole de l’émancipation des femmes ? 

Amaterasu (avec une lueur malicieuse) : Mon petit Mimi, ma lumière a toujours été un phare pour ceux qui cherchent une voie harmonique. Mais, dites-moi, votre vision de la féminité libérée, ne risque-t-elle pas de brûler les conventions et d’entraîner des oppositions, des révolutions ? Avouez, cela ferait un sacré chambardement, pour moi qui suis tout de même la gardienne des traditions. 

Michel Onfray : Ah, mais c’est là toute la beauté de la chose ! Mon approche du libertinage féminin peut être considérée comme une forme de rébellion contre les structures oppressives envers ce sexe, qui, dans votre contrée ou la nôtre, compliquent les rapports hommes-femmes. Je gage que l’émancipation de ces vieux dogmes obsolètes permettra de tendre vers l’harmonie des rapports entre les humains, sans plus se soucier de genre. Cette harmonie, fluidité dans le relationnel, n’est-ce pas aussi ce que vous prônez ?  

Vous-même, ne vous êtes-vous pas rebellée contre les actions de votre frère Susanoo, le déclencheur de tempête, en vous retirant dans une grotte, plongeant le monde dans l’obscurité jusqu’à ce qu’on vous persuade de revenir veiller sur la création ? Révélant ainsi votre force vitale et une autorité souveraine. C’est exactement cela, la féminité que j’explore, c’est celle qui se révèle après avoir brisé ses chaînes., tout comme vous-même aviez réagi. 

Amaterasu (souriant) : Intéressant… Vous parlez de briser les chaînes, tandis que je suis celle qui maintient l’ordre céleste. Et puis le cas de figure était tout à fait exceptionnel, il y en allait de l’avenir de l’humanité. Alors, disons-le crûment, mon ti Mimi, avec vos idées vous risquez de générer un joyeux bordel. Enfin, vous me comprenez ! 

Michel Onfray (se croyant sur son estrade d’université et non labourant furieusement de ses larges enjambées une terre fertile au milieu de rizières) : C’est qu’il en va de l’avenir de l’humanité, Grande Dame du jour. Admettez qu’une moitié ne peut pas continuer à avoir préséance sur l’autre. C’est une question d’équilibre et d’ordre cosmique. 

(Sans reprendre son souffle, au fait de son sujet, notre orateur prend à témoin le ciel d’azur) 

Alors, je vous pose la question : qu’est-ce que l’ordre ? Sinon une harmonie entre nos choix et notre nature, qui entraînera, par effet boule de neige (à ces mots le mont Fuji secoue sa tête duveteuse) et cercle vertueux, tel le battement d’aile d’un papillon à Tokyo, non pas le désordre et le chaos, mais un équilibre retrouvé d’une extrémité à l’autre de notre monde. La féminité émancipée que je décris aspire à cette harmonie. Il n’est nullement question d’opposition ou de déséquilibre. 

Amaterasu : Finalement, mon petit Mimi, vous avez peut-être de drôle de pensées, mais elles ne sont pas si bêtes, de somme ! Et qui sait ? Peut-être que dans la lumière de l’émancipation, nous trouverons un nouveau Takamagahara, où chacun pourra régner sur son propre domaine de plaisir et de liberté. Ce sont de belles idées que vous m’avez proposées là, mon Mimi. De grandes et belles idées, j’y songerai. 

(Amaterasu, impérieuse, reprend sa course en songeant que « La Théorie du corps amoureux, pour une érotique solaire », pourrait un jour prendre place parmi les préceptes du Shintoïsme. Mais auparavant il faudra convaincre ses adeptes, et, pour ce faire, elle devra en appeler à ses sœurs : Raison, Déculpabilisation, Éducation.) 

Michel Onfray, tout guilleret, disparaît dans un nuage vaporeux, regagne sa table de travail et s’en va réfléchir à son prochain aphorisme : « Nous sommes ce que nous faisons de nous. » 

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À bord du Désir Éditions, l’Amour joue les prolongations tout l’été 

Notre « Astronef Littéraire Non Conventionnel » se met à l’heure d’été. Pour finir en beauté ce mois de juin, quatre auteurs vous livrent leur impression de lecture sur une œuvre de littérature amoureuse, roman ou pièce de théâtre, qui a marqué leur esprit. Cela pourra être pour vous une belle inspiration pour une lecture sur la plage, à la campagne ou à la montagne.  

Ce n’est pas tout, durant les deux mois de vacances d’été, deux de nos auteurs résidents Anarelle et Laurent Ducastel vous réservent une surprise romantique à souhait, à déguster caliente ou au frais, sur la plage ou sous un cocotier, une proposition originale et inédite à retrouver exclusivement à notre bord.  

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Nota Bene : les illustrations de ce billet ont été générées avec l’aide de l’Intelligence Artificielle, sauf celles du portrait de Michel Onfray et de la couverture de son ouvrage, utilisé dans le cadre du « fair use ». Nos graphistes se sont inspirés de peintures ou d’iconographies d’époque, à but informatif, en aucun cas elles ne prétendent remplacer les œuvres de maîtres, ce ne sont que des points de vue complémentaires afin d’agrémenter votre expérience de lecture. 

NOTES :

[1] Nom que les Romains donnaient à la mer méditerranée 

[2] Principaux signes de l’écriture japonaise. Idéogrammes. 

[3]  Ce terme est composé de deux kanji accolés signifiant femme et art. 

[4] Salle d’enseignement des arts martiaux. 

[5] Plus couramment appelé Confucius. 

[6] Le Chichibu Yomatsuri, également connu sous le nom de Festival de nuit de Chichibu, est un événement grandiose qui se déroule au sanctuaire de Chichibu, dans la préfecture de Saitama, au Japon 

[7] Compagnon de Jeanne d’Arc, il aurait inspiré Charles Perrault pour l’écriture de son conte Barbe bleue. 

[8] La légende d’Amaterasu et Susanoo : Dans la mythologie japonaise, Amaterasu et Susanoo sont frère et sœur. Leur relation tumultueuse est marquée par des conflits, des transgressions et des réconciliations. Amaterasu, , plongeant le monde dans l’obscurité, se retire dans une grotte après que Susanoo a abusé, une fois encore, de sa bonté. Finalement, il est puni et exilé, et la lumière est restaurée lorsque la déesse du soleil émerge de sa cachette, après maintes offrandes et sollicitations. Cette légende peut être envisagée comme l’allégorie d’une femme cherchant son complément, qui, après une séparation, peut vivre une période sombre et introspective. Cependant, avec le temps, elle peut renaître et rétablir la flamme dans sa vie. En somme, ce conte mythologique symbolise les moments de conflit, de nécessaires réflexions afin de rétablir amour propre et liberté. 

Des sources pour approfondir vos connaissances :

Du shintoïsme

Partez à la rencontre des femmes Samouraïs

Gilles de Rais, la figure historique qui inspira le personnage de Barbe Bleue

Avis de lecture : Pour une érotique Solaire

La culture occidentale et son rapport au corps

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