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« Isabelle, l’après-midi » de Douglas Kennedy : une impression de lecture au centre de l’univers du vagabond des élans amoureux

En bref :  

Les points d’intérêt : Douglas Kennedy, écrivain américain, roman contemporain, amour malheureux  

Résumé : Douglas Kennedy est un écrivain américain contemporain, né en 1955 à New York. Installé en Europe depuis plusieurs décennies, il est reconnu pour ses romans qui oscillent entre thrillers psychologiques et peintures sensibles des relations humaines, souvent assorties d’une critique acerbe de la société états-unienne. Auteur prolifique, il a publié de nombreux best-sellers traduits dans une vingtaine de langues. Des œuvres qui cernent régulièrement les tensions entre la culture américaine et européenne, ainsi que la complexité des relations de couple. 

À l’invitation du Désir Éditions, Hubert de Montgaillard apporte son impression sur « Isabelle, l’après-midi ». 

L’histoire de la rencontre d’une femme mariée avec un jeune Américain, dans le Paris des années 1970, d’où naîtra une passion à la fois fragile et intense. Montgaillard souligne la finesse de l’écriture, qui évite les clichés et met en lumière la force des silences et des non-dits. Il insiste sur la mélancolie des amours impossibles, traitée avec sobriété et justesse, et offrant, selon lui, une expérience aussi universelle qu’intime.  

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« Isabelle, l’après-midi » de Douglas Kennedy : une impression de lecture au centre de l’univers du vagabond des élans amoureux - Désir- Éditions

« ISABELLE, L’APRÈS-MIDI », une impression de lecture par Hubert de Montgaillard 

Il est parfois des récits qui nous agrippent d’un coup, nous hantent même, parce qu’ils relatent tout simplement le cheminement d’une vie ordinaire et que certaines bribes de cette vie semblent nous parler, nous plonger dans des épisodes de notre existence passée. 

Ceux-là n’ont nul besoin d’artifices, d’audaces imaginatives, de situations complexes ni sensationnelles. Ils sont juste le reflet de ce que chacun de nous a connu ou peut connaître un jour : cette danse de l’existence, faite tour à tour de vertige, d’espoir, d’attente, de résignation…   

Celui-ci en fait partie. Ce n’est certes pas le plus beau roman d’amour que je connaisse ni le plus élaboré, mais c’est l’un de ceux auxquels chacun pourrait s’identifier.   

Paris, miroir des espérances et des solitudes qui se croisent 

« Avant Isabelle, je ne savais rien ; rien du sexe, rien de la liberté, rien de la vie » … L’histoire débute par ces quelques mots. 

Paris, 1977. Pour Sam, jeune universitaire américain de 21 ans en attente de son admission à Harvard, c’est la découverte de cette « ville lumière » où tout se façonne, tout se décide, tout s’espère et tout s’achève.   

La solitude des grandes villes est immense, car elle côtoie le visage anonyme des amants qui passent, figés dans un bonheur éternel, paraissant avoir atteint le but ultime de leur existence. Amants d’un jour… ou de toujours, selon la volonté du Grand Ordonnateur.   

C’était son désir à lui : s’octroyer quelques mois sur le sol français, une petite parcelle de « vie de bohème » avant d’intégrer sa prestigieuse école de droit et de voguer vers un avenir tout tracé : réussite sociale, stabilité familiale sécurisante ; l’archétype même du rêve américain !   

Mais ces grandes villes génèrent également leur lot d’imprévus, de mystères, de retournements soudains, de rencontres aussi, bien évidemment.  

L’appel du hasard et la naissance d’un amour interdit 

Une voix, d’abord, entendue dans les rayons d’une grande librairie — asile provisoire d’une séance de dédicace — puis un visage, une personnalité, un rapprochement d’âmes qui dérive vers un « autre chose », comme dans un univers parallèle où la logique et le temps n’ont plus cours. 

Elle vient à Sam, magnifique dans sa robe noire moulante… belle, rousse, pétillante, intelligente et délicieusement envoûtante.   

Il a 21 ans, elle en a 15 de plus ; ils se jaugent, s’observent, se courtisent, s’appâtent. Elle aime sa naïveté, il aime sa maturité et son audace… et ils savent immédiatement que rien ne sera plus comme avant… « … parce que c’était elle, parce que c’était lui », et parce que l’attirance est inexplicable. Elle est, au-delà des critères physiques, la connexion de deux esprits qui se confondent, se lient. Car ils ont trouvé soudain leur complément.   

Elle a un défaut cependant, Isabelle : un petit cercle doré à son annulaire gauche ! Sa personnalité libre et virevoltante s’accorde mal avec la rigidité bourgeoise de son époux, mais ils se sont choisis, puis se sont murés dans les convenances, dans un univers d’apparente fidélité. Milieu oblige…   

Isabelle et Sam se veulent, se désirent. Il est fasciné, lui, avec sa crédulité de petit Américain de l’Indiana, par cette femme qui lui ouvre les portes du désir, de la sensualité, de l’amour intense et désespéré, ô combien différent de ces égarements d’étudiant sur la banquette arrière d’une berline !   

Ils se possèdent… sans attendre. À quoi bon d’ailleurs, quand la passion submerge les cœurs et les corps, ne contrôle plus les élans de la chair, quand les pulsions deviennent une évidence et les instants à venir des firmaments sublimes ?   

Deux heures, deux jours par semaine, dans son petit studio de 20 m² du 6 -ème arrondissement de Paris, où elle se réfugie pour se livrer à ses tâches de traductrice. Instants volés, instants magiques… Instants éternels.   

Il la voudrait pour lui seul, tout entier à l’impétuosité de sa jeunesse et à son impatience de vivre pleinement le moment présent.  Elle est prisonnière de son destin, de son ancrage marital, de la bienséance qu’elle s’impose, et les mois s’écoulent, jusqu’au départ pour Minneapolis, puis Boston, Harvard, école de droit, chemin tout tracé vers une carrière d’avocat, quelque part à New York.   

« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi »1 

Ils se revoient, se quittent, séparés par leurs nécessités respectives. Puis les années défilent. La vie suit son cours. Il n’oublie rien. Elle n’oublie rien. Ils ne cesseront de s’espérer dans leurs existences parallèles, de se « posséder » réciproquement jusqu’au point final, le coup de ciseaux d’Atropos2, cette redoutable divinité du destin, maîtresse des destinées humaines.  L’arrêt de la danse avec le temps. 

L’amour trace parfois l’image singulière des « âmes sœurs » imaginées par Aristophane dans le Banquet de Platon ; le mythe de ce corps à la fois masculin et féminin, séparé en deux entités différentes par le dieu de l’Olympe, jaloux de sa force, et condamnées, chacune de leur côté, à errer éternellement dans l’espoir de retrouver sa moitié perdue, son double parfait, nécessaire.   

Il n’y a rien d’autre dans ce récit… juste le rush désespéré vers un bonheur à portée de main, le délicieux horizon qu’un dieu farceur, se plaît à parsemer de pièges, à rendre tour à tour proche, puis inaccessible, à lui donner le parfum vénéneux des amours impossibles et la cruelle beauté du désespoir.   

… « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », écrivait Alfred de Musset. Elle en est le reflet, cette histoire. Elle évoque l’image de ceux qui, au crépuscule de leur vie, jettent un ultime regard sur une vieille boîte à chaussures, emplie des lettres jaunies de leurs amours perdues, de leurs souvenirs entassés, et qui n’osent pas en ouvrir certaines, les plus chères à leur cœur, redoutant de réveiller des regrets enfouis.   

Le monde est rempli de Sam, d’Isabelle et de ceux qui, à travers les siècles, ont écrit leur histoire. 

« La vie est une farce… Mais une farce cruciale. Parce qu’il n’y en a pas d’autre. »   

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Notes :  

Consulter d’autres avis de lectures :  

« Isabelle, l’après-midi » 

Biographie de Douglas Kennedy, l’écrivain américain de l’intime  

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