Chapitre 9 d’une Histoire d’Amour Contemporaine : « L’Éternité aura ton regard »
Cette première version est une lecture offerte par les deux auteurs : Anarelle et Laurent Ducastel. Une publication sous forme de roman-feuilleton, du 01 juillet au 31 août 2025.
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Accédez aux résumés des épisodes déjà publiés et à un décryptage du style de cette aventure d’un couple moderne à l’apparence ordinaire, mais dont les pérégrinations vous réservent des surprises.
Pour vous qui arrivez en cours de cette histoire, voici ce qui a précédé :
Le prologue de ce roman présentait le septième et dernier jour de cette histoire. Deux âmes, sur lesquelles un être suprême, très inquiet du résultat, avait misé tous ses espoirs pour refaire sa réserve du seul combustible lui permettant d’alimenter sa création, la sphère bleue : l’Amour.
Le premier chapitre, en flash-back, s’intéressait à la relation dans un couple moderne s’inscrivant dans la temporalité de notre vingt et unième siècle : charge mentale pour Juliette, née Lepucat, épouse de Marc Antoine Guitamon, celui-ci cumulant responsabilités et horaires à rallonge, et ne s’investissant que peu dans les tâches ménagères.
Au fil des épisodes, Juliette et Marco allèrent de surprise en surprise au cours d’un plane trip, organisé par Marco en personne. Celui-ci, d’ordinaire casanier, préférant cultiver la position horizontale à l’occasion de ses congés qu’arpenter tous azimuts à la verticale les pavés des cités touristiques, annonça le lundi soir, à la plus grande perplexité de sa femme, ce voyage dont le départ se situerait vingt-quatre heures plus tard : mardi.
Dès la nuit de leur arrivée à Vérone, première ville-étape de ce périple extraordinaire, Juliette se retrouva — songe ou réalité alternative ? — dans la peau de l’héroïne shakespearienne. S’ensuivit une série d’aventures pour la Juliette moderne, au sein de la cité de la Renaissance : rencontre avec le patriarche de la famille Capulet, avec le comte Paris, et avec un certain Roméo, qui, dans cette version revisitée de la pièce de théâtre, accéda à la chambre de sa dulcinée pour l’honorer de la plus galante des manières.
Le matin venu, celle qui avait accepté de changer son nom de jeune fille Lepucat pour devenir Madame Guitamon ne se souvenait de rien. Seuls lui restaient de cette expérience des malaises et vertiges qu’elle ne s’expliquait pas.
La journée de balade touristique dont elle se faisait une joie vira au désastre ; contrariée, elle s’en prit à son époux, qui se défendit de cette attaque qu’il jugea spécieuse avec la dernière vigueur. Pourtant, c’est bien Juliette qui, en fin de soirée, agita le drapeau blanc et demanda à son mari de signer un armistice. Un dîner de réconciliation, une nuit plus tard et, malgré une nouvelle déconvenue d’ordre conjugal pour Marco, ils s’envolèrent pour leur seconde destination : Valencia, ville côtière du centre de l’Espagne, une des cités clés au moment de la Reconquista.
À peine avait-il touché le plancher des vaches que Marco s’interrogea sur le pourquoi de son choix de cette étape en particulier ; c’est ainsi qu’il se remémorait, au chapitre précédent de celui-ci, un souvenir particulièrement désagréable lié à une relation extraconjugale de sa moitié avec un latin lover. Lui-même n’étant pas un époux exemplaire.
Juliette, conservatrice au Musée d’histoire romaine dans la cité phocéenne, quant à elle, était tout à son bonheur. En effet, une de ses homologues de celui de Valencia venait de lui annoncer une trouvaille archéologique des plus étonnantes, et lui proposait de la lui montrer.
Sous le coup de cette bonne nouvelle, ou par inspiration divine ? C’est elle qui suggéra un rapprochement sensuel à sa moitié. Moment que Marco attendait sans plus l’espérer.
Naviguant entre déboires et charmes de la vie maritale, avec quelques incursions dans le surnaturel et l’histoire avec un grand H, ce roman dessine le portrait et le cheminement d’un couple pas tout à fait comme les autres.
Résumé du chapitre 9 :
Au cœur de Valence, entre vestiges et secrets, une chambre d’hôtel devient le théâtre d’une complicité retrouvée.
Quels trésors du passé et quelles confidences inattendues surgissent lorsque deux âmes s’accordent dans l’intimité ?
Et si, derrière anecdotes érudites ou gestes tendres, d’autres révélations pouvaient à tout instant bouleverser le cours de ce voyage ?
Jusqu’où l’amour peut-il influencer la destinée d’une humanité hantée par un passé désaccordé ?
Laissez-vous porter par ce chapitre, dans lequel s’invitent, au cœur de l’intimité des époux Guitamon : Corneille, Le Cid, Auguste, le premier empereur romain, Cléopâtre et Marc Antoine.
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Valencia, une chambre de l’hôtel Caro. Jeudi, aux environs de vingt-deux heures.
El Campeador, le héros de Valencia
Les frisottis blonds chatouillaient la peau sous la barbe d’une journée. Marco contemplait l’ange, main tendue, comme cherchant à attraper les oiseaux flirtant avec les nuages, peint au plafond de leur chambre. Des lèvres masculines s’échappèrent des vers appartenant à la mémoire universelle.
— Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort1
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
— Depuis quand cites-tu Corneille ?
Marco n’était pas mordu de littérature. Le mariage des uns et des zéros formait la majeure partie de sa vision du monde. Son âme, toutefois, intrinsèquement fécondée de poésie, et formatée par une filière classique, tout du moins jusqu’à son baccalauréat, exprimait, en de rares occasions, un lyrisme inattendu.
Ses paupières se fermèrent et leur propriétaire en appela au motif qui avaient causé cet accès enflammé.
— Je suppose que c’est la promenade de cet après-midi qui a fait ressurgir ces vers. J’imagine que tu savais que c’est ici que le Cid a vécu ses dernières années ?
Juliette se redressa, quittant le confortable enlacement, s’assit en tailleur sur le moelleux édredon. Elle ébouriffa ses cheveux d’une main et se lança dans une tirade, abandonnant rapidement le ton câlin pour un timbre professoral.
— Oui, mon cœur. Cependant je ne suis pas spécialiste de l’histoire médiévale ni du début de la Reconquista, et encore moins de Rodrigo Díaz de Vivar. Pour moi, Valence évoque plutôt Octave, qui, devenu imperator sous le nom d’Auguste, lui donna l’appellation de « Valentia Julia ». C’est sous son impulsion que la cité fut réorganisée. Il y fit bâtir des monuments publics comme le forum et les thermes, l’intégra pleinement à l’Empire en lui allouant le statut de colonie romaine, et dédia le temple du Divus Iulius à la mémoire de son père adoptif Jules César. C’est ainsi que le vainqueur d’Actium inscrivit Valence dans la ligne du culte impérial et affirma la continuité julienne, renforçant la légitimité et le prestige de la dynastie dans les provinces. Il existe encore des traces de cette évolution de Valence. Par exemple… zut, excuse-moi Marco. Ce n’est pas le moment idéal pour une leçon d’histoire.
Marco plaça sa main sous sa tête, un sourire mi-ennuyé, mi-amusé s’afficha alors sur ses lèvres.
— Chacun ses marottes, mon cœur ! Mais oui, c’est un peu tard pour un cours magistral. Oh, à propos ! En me baladant dans la vieille ville, j’ai cherché ce qui pouvait être conservé de l’époque du Cid. J’ai pu admirer la muraille arabe de la Balansiya, un court tronçon avec une tour, qui est dissimulée entre des habitations modernes, très laides, je dois dire. Ainsi qu’un vestige de la porte du Serpent, qui se trouve au cœur du quartier El Carme.
— Toi, tu as surfé sur ton tel !
Marco l’avoua, en riant, fondant ses iris, froids tel un acier forgé en la ville de Tolède dans ceux de sa femme, au bleu azuréen de l’estival ciel valencien.
Quand un dramaturge brodait sur la vérité historique
— Oui, après ma balade et comme j’avais du temps à tuer, vu que je n’arrivais pas à te joindre, malgré l’heure où nous avions convenu de nous retrouver, je me suis assis à un café sur la place, juste sous ce qui reste de cette muraille et, curieux, je suis allé chercher qui pouvait être ce héros. Tu savais que la pièce de Corneille est très éloignée de la vérité historique du personnage. Lorsque Rodrigo conquit Valence il était déjà marié à Chimène, sous la pression du roi Alphonse… je ne sais plus trop quel numéro, afin qu’il se rallie à sa cause. Quant à cette histoire de duel avec le père de sa bien-aimée, c’est une pure fantaisie, ils ont même combattu côte à côte.
— Non, je l’ignorais. Et son histoire d’amour, ce dilemme cornélien ? C’est de la pure invention de la part du dramaturge ?
— Oui, d’après ce que j’ai lu de sources qui m’ont paru authentiques, en sirotant une première Turia2, puis une autre, vu que je n’avais pas de nouvelles de toi, soupçonnant que tu avais dû tomber sur quelques raretés te faisant préférer les antiquités à la compagnie de ton mari !
Juliette, à ce moment-là, se mordit les lèvres ; le ton était tendre. Néanmoins, le reproche sous-jacent ne passa pas inaperçu. Marco poursuivit, sans avoir l’air d’y toucher.
— Donc, je disais, totalement. Ce n’était qu’une union arrangée entre Doña Jimena, une fille de la noblesse asturienne, apparentée à la famille royale de León, et Rodrigo, afin qu’il prête une allégeance définitive au camp des chrétiens, vu qu’il avait tendance à s’attabler à tous les râteliers, ceux des catholiques comme ceux des musulmans. Toute cette affaire ne possède aucun lien avec un amour contrarié finissant par triompher.
Dans les yeux de Juliette passa un sourire rieur, qui se prolongea d’un clin d’œil de connivence à son mari.
— Tu veux dire, pas du tout comme le nôtre, mon chéri ? Donc, c’est dit ? L’inspiration des plus beaux vers de la littérature française n’est due qu’à des extrapolations ?
Juliette, dont les études classiques — bien qu’elle se fût spécialisée dans la civilisation romaine, de la fin de la République à sa transition vers l’ère des Césars — avaient clairement imprégné la mémoire, et quittant le repos où son âme était mise3, commença à déclamer. Une Sarah Bernhardt, qui aurait troqué sa tenue de tragédienne pour un tee-shirt estampillé « Girl Power ».
— Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père,4
Mon âme aurait trouvé dans le bien de te voir
L’unique allégement qu’elle eût pu recevoir ;
Et contre ma douleur j’aurais senti des charmes,
Quand une main si chère eût essuyé mes larmes.
Mais il me faut te perdre après l’avoir perdu ;
Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;
Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine,
Me force à travailler moi-même à ta ruine.
Un brin de folie s’invita dans la couche conjugale
Sur la face de prétorien de Marco, une trace d’admiration et d’amusement s’inscrivit.
— Tu sais que je t’aime pour cela ? Pour cette folie qui parfois te prend. Je n’ai jamais connu de fille si studieuse qui, sur un coup de tête, part complètement en cacahuète. Tu ne sauras jamais combien, je t’adore !
Trois baisers énamourés plus tard, Juliette sous le coup de l’émotion, vida sa valise de confessions par trop longtemps contenues.
— Je t’aime, aussi, Marco. Même si parfois, tu m’exaspères. Allez, je vais te confier un secret : quand tu me l’as annoncée, je n’étais pas fana de ton idée de plane trip. J’ai dit : Ok, parce que c’était tellement inattendu de ta part et tu avais fait tant d’efforts pour tout organiser, sans que je ne le sache. Au départ, je trouvais que cela faisait court de rester tout au plus deux journées dans chacune de ces villes. Et puis, au final, j’en suis ravie, tu me combles, je n’aurais jamais pensé que tu étais capable d’être aussi… aussi… aventurier ! Et, en plus, tu es l’empereur de l’organisation, bon sauf en ce qui concerne ; petit un le rangement à la maison, petit deux en tant que guide touristique, bonjour la foirade à Vérone ! Par contre, comme tour operator, tu as un don certain, tu as eu la main heureuse avec la réservation des hôtels. C’est quand même dingue que je découvre, au bout de vingt-deux ans de mariage, tes talents cachés. J’ai toujours su que tu n’étais pas un vulgum pecus 5, mais depuis quelques jours, je dirais que tu te surpasses.
La gorge de Marco se serra, de microscopiques larmes apparurent aux coins des yeux, au niveau des rides qui commençaient à se remarquer. Les traits du visage de l’homme dur s’attendirent, devant la beauté pure d’une Juliette ayant manifestement remisé tout ce qui avait pu troubler l’onde de leur union, comblée par ses bienfaits.
— Je t’avoue que je me suis moi-même surpris. Et je n’étais pas du tout certain que cela serait une initiative qui te plairait. Si tu es contente, alors moi ça me va.
Il attrapa sa femme, la couvrit de baisers, du front aux pieds. Aucun morceau de cette chair vibrante ne fut oublié. Celle-là se tortilla et, toujours en riant, le repoussa gentiment.
— Ne te fais pas d’idée, chéri, je ne suis pas une machine ! Il va falloir que je recharge. Tu m’as fait jouir ce matin, et il y a moins de trente minutes, là je dis pouce…
L’obélisque, stimulé par les charmes féminins, échappant au contrôle de son propriétaire, recommençait à glorieusement s’ériger, et en prit pour son grade. Marco, encouragé par la concorde régnant entre eux, espérait qu’il pourrait remettre le couvert. Malgré les signaux négatifs, il tenta sa chance, embrassant de plus belle le centre de son univers, glissant le long du corps rêvé, prodiguant, tout en souplesse, des caresses buccales, qui étaient autant de prières, au plus près du mont de sa Vénus. Mais Vénus n’était plus d’humeur à s’adonner aux jeux de l’amour. Un soupir plus tard, Marco se résolut à perdre cette bataille.
Invitant Aphrodite à se recoucher au creux de ses bras, il l’interrogea, attentionné :
— Tu es fatiguée, mon cœur ?
— Oui, exténuée. Entre hier Vérone, le vol tôt ce matin, et cet après-midi passé avec Elena Garcia Lopez. Sans compter la conversation avec elle dans un sabir d’anglais, mimant quand on avait du mal à se comprendre, ce fut épuisant. Malgré tout, en accédant aux réserves privées du musée, j’ai effectué une découverte extraordinaire.
Vestige inattendu, vertige de l’amour
— Je sais, ta tétra… tu m’en as parlé tout à l’heure, pendant le dîner. C’est si spécial que cela ?
— Oh oui, c’est bien plus qu’une simple pièce ! Il s’agit d’un tétradrachme frappé à Antioche. Cette monnaie date d’environ –30 av. J.-C. Imagine : sur l’avers, le profil de Cléopâtre et au revers, celui de Marc Antoine. Dans ce fragment de métal, leur alliance politique et amoureuse scellée pour l’éternité. Elena m’a confié qu’ils venaient de la recevoir. Un legs inestimable d’un collectionneur privé. Ils ont tout juste le temps de l’authentifier. C’est fou. Tu ne m’aurais pas emmenée ici que j’aurais dû attendre des mois pour avoir vent de la mise à jour de cette antiquité, et sûrement des années pour la prendre entre mes mains. Il n’en existe aucune dans les réserves des musées français. Elles sont rarissimes. On doit en trouver moins de cinq, datant de l’époque de leur règne commun, dans le monde. C’est une sorte de Graal, pour nous archéologues, une relique sacrée de la fin des pharaons de la dynastie des Lagides.
Reprenant à peine sa respiration, elle poursuivit sur sa lancée.
— C’est fou ce que ce couple a dû traverser comme épreuves, quand on y pense : vaincre leur clivage culturel, tout d’abord. Ensuite, ce qui n’avait été au départ qu’une alliance entre deux monstres politiques s’est transformée en histoire d’amour qui, comme tu le sais, s’est terminé en tragédie. J’ai l’intime conviction que les deux amants n’étaient pas tels que les Properce, Horace ou Sénèque, tous partisans d’Octave, les ont décriés…
Marco n’en demandait pas tant. Une cascade d’informations, à cette heure tardive, débaroulait de la bouche de sa moitié, et n’ayant plus d’espoir de se voir octroyer l’ultime gâterie de la journée, il se déconnecta, laissant sa femme épiloguer sur ce qui lui semblait, à lui, n’être qu’un détail d’une longue série de parcours personnels.
Entre assoupissement et engourdissement, il eut tout juste le temps de capter, avant de sombrer, un dernier message, rassurant. Son moulin à parole chéri, en dépit d’une fatigue énergiquement revendiquée au moment de l’accouplement suggéré, paraissait dorénavant bien éveillé.
— Au fait Marco, j’ai oublié de te dire, tout à l’heure, avant qu’on ne refasse l’amour… j’ai fait le test, ce midi : je ne suis pas enceinte. Enfin, je ne l’étais pas, jusqu’à ce moment-là, parce que vu que… ! C’est une bonne nouvelle, non ? Oh, pardon, Marco, tu es entrain d’aller rejoindre Morphée. Tu veux que j’éteigne la veilleuse ?
Un hum, assoupi, lui répondit.
Avant de fermer les yeux, il sembla à Marco que l’ange peint au plafond, vu de son côté pile, tournait la tête vers lui, abaissait le menton dans un signe de connivence et puis ce fut…
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Rejoindre le chapitre 10 : On l’appelait El Cid
Disponible mardi 05 août
Valencia, une chambre de l’hôtel Caro. Jeudi, aux environs de vingt-trois heures et suivantes.
« Ô rage ! Ô désespoir ! »
Marco, positionné au bord du lit, jambes pendant dans le vide, se sentait harassé. Chacun de ses muscles, tendons et os était douloureux, rompu, comme s’il avait été violemment battu. Il se demanda si le temps des acrobaties lubriques sous la douche, des portés de son épouse pendant qu’il la pénétrait contre la paroi, n’était pas révolu. Et s’il n’avait pas présumé de ses forces d’homme de quarante-cinq ans, quoiqu’alerte, en rééditant quelques exploits amoureux avant leur longue conversation. Supputation vaine, ceci dit, étant donné que ses sens auraient été incapables de résister à une incitation aussi tyrannique.
Dans la pénombre, ses pupilles peinaient à distinguer les murs troublés par un brouillard marécageux. Il baissa la tête, considéra ses mains, ne les reconnut pas : de larges battoirs posés sur des cuisses trapues qui, elles également, paraissaient être celles d’un inconnu.
Une pensée le frappa : où était donc passée son alliance ? Cet anneau d’or jaune accolé à un fin liseré d’or blanc, qui jamais ne le quittait ? Et pour quelle raison s’y était substituée cette chevalière à la matière ternie, cabossée, surmontée d’une tour que chevauchait un dragon démesuré à gueule incendiaire ?
Marco cligna des paupières.
NOTES :
[1] Acte IV, scène 3. Rodrigue racontant sa prise de Valence au Roi Alphonse VI, de Léon et Castille et à sa cour.
[2] Bière ambrée locale
[3] Les bijoux, poème de Charles Baudelaire
[4] Acte III, scène 4, tirade de Chimène à Rodrigue. Le Cid, Corneille.
[5] Expression latine désignant la foule ordinaire, le peuple commun. Par extension une personne commune
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