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La Bibliotheca Alexandrina

Chapitre 12 d’une Histoire d’Amour Contemporaine : « L’Éternité aura ton regard »

Cette première version est une lecture offerte par Anarelle et Laurent Ducastel. Une publication sous forme de roman-feuilleton, du 1er juillet au 31 août 2025.

Vous pouvez retrouver l’avant-propos rédigé par les deux auteurs, qui ont travaillé sur cette œuvre, ainsi que la table des matières des différents chapitres déjà parus, vous permettant de retourner à l’épisode de votre choix.

Prenez connaissance des temps forts de ce récit grâce à un récapitulatif audio des chapitres précédents, accompagné d’une discussion sur les ressentis suscités par ce dernier épisode.

Ce podcast offre une synthèse des épisodes précédents ainsi qu’une analyse du style, de l’intrigue avec pour focale l’histoire d’un couple contemporain apparemment similaire à tant d’autres, mais dont le périple à l’occasion de leurs congés d’été se révèle riche en rebondissements.

Pour vous qui arrivez en cours de cette histoire, voici ce qui a précédé :

Au cœur de l’univers — prologue — deux âmes se destinent à fusionner pour reconstituer l’énergie d’un Être Suprême, l’avenir de toutes choses se jouant sur sept jours cruciaux. L’histoire, chapitre 1 — commençait un lundi, quand Juliette, accablée par la charge mentale du quotidien familial, supportait bon gré mal gré les négligences de son mari, Marc Antoine, et de leur fille Cléo. De manière inattendue, Marc Antoine organisa un voyage — chapitre 2 — à Vérone, une décision qu’il attribua à une sorte d’impulsion divine.

Dès leur arrivée sur place, Juliette fut mystérieusement transportée dans le corps de l’héroïne shakespearienne, vivant une journée de contraintes de la Renaissance et affrontant l’annonce d’une union forcée. Cette immersion culmina par une rencontre passionnée avec Roméo, qui, défiant les conventions, la rejoignit dans sa chambre — chapitre 3 à 5. À son réveil en la Vérone moderne, Juliette ne se souvenait de rien. Dans le même temps elle fut saisie de nausées inexpliquées. La visite du couple de la ville — chapitre 6 — tourna au désastre, provoquant une vive querelle conjugale, suivie d’un rapprochement.

Les époux s’envolèrent ensuite pour Valence, Espagne, où Marc Antoine fut assailli par les souvenirs de leurs infidélités passées — chapitre 7. Cependant, une heureuse nouvelle professionnelle réjouit Juliette, et elle initia une réconciliation sensuelle — chapitre 8 — puis leur complicité intellectuelle se renouvela — chapitre 9 —, lors d’une soirée riche en échanges où ils invitèrent dans leur propos Corneille, Rodigo diaz de Vivar, Marc Antoine, et Cléopâtre.

Peu après, ce fut au tour de Marco d’être projeté dans le passé, s’incarnant dans El Cid — chapitre 10 — à la fin de sa vie, méditant sur son amour inaltérable pour sa femme Jimena au-delà de ces nombreuses conquêtes, qu’elles eussent été guerrières ou féminines. Son réveil s’avéra tout aussi violent et confus — chapitre 11 — que celui de Juliette quelques jours plus tôt. Alors qu’ils découvraient la Cité des Arts et des Sciences de Valence, celle-ci reçut le message énigmatique d’un expert lui proposant une entrevue à Alexandrie pour prendre connaissance d’une trouvaille archéologique majeure.

Au fil de ces chapitres, ce qui commença comme un voyage empreint d’une certaine banalité pour un couple du vingt et unième siècle prend des chemins de plus en plus étranges pour les deux époux. Le mystère s’épaissit tandis que les deux auteurs tissent les dernières trames de leur intrigue.

Résumé du chapitre 12 :

Qui est ce mystérieux Amenadiel Thot dont la beauté trouble Juliette et alerte la jalousie de Marco, nourrie d’une mauvaise expérience passée, dès le premier regard ? Quel secret ancestral recèle le papyrus fraîchement mis au jour, datant de l’époque de Cléopâtre et de Marc Antoine ? Cette relique inestimable, découverte récemment, confirmera-t-elle les intuitions professionnelles de Juliette ? Alors qu’elle se plonge dans ce fragment d’éternité, le passé des amants légendaires va-t-il bouleverser le propre destin de son couple ? Existe-t-il des sentiments qui peuvent perdurer au-delà des échecs et vicissitudes de la vie ? Osez ouvrir les portes du temps avec ce nouvel épisode d’un roman-feuilleton confectionné par deux auteurs à l’imagination fertile et au style unique.

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La Bibliotheca Alexandrina - Désir- Éditions

Alexandrie. Samedi, dix heures trente et suivantes.  

Un bibliothécaire énigmatique

Juliette eut un choc, Marco esquissa une grimace à peine contenue. 

L’homme était encore plus remarquable au naturel qu’en portrait. S’il s’avérait que les bibliothécaires dussent posséder un profil type, celui qui s’avançait vers eux, dans le hall, aux poutres en bois et piliers de béton de la Bibliotheca Alexandrina, n’y correspondait en aucun point. Amenadiel Thot irradiait d’une beauté que toute personne du genre féminin aurait qualifiée d’angélique, tandis que les membres du sexe opposé auraient opté pour diabolique. 

Sa cordialité et sa prévenance concordaient en tous points avec son physique : après qu’il se fut enquis de leur transit, entre Valencia et Alexandrie, de leur installation à l’hôtel, les deux époux le suivirent dans un vaste espace baigné d’une paradisiaque lumière, filtrée par de larges fenêtres aux vitraux colorés, qui offraient une vue imprenable sur la baie et ses eaux domptées. Les murs étaient tapissés de rayonnages chargés de manuscrits anciens, à reliures de cuir patiné et de parchemins soigneusement conservés. 

Nulle remise poussiéreuse en vue, plutôt un bureau directorial. Juliette pensa un instant à ses sombres quartiers au musée d’histoire romaine de la cité phocéenne et s’imagina volontiers les troquer contre la clarté de cet espace. Marco convint, de son côté, qu’il avait rudement bien fait de renoncer à sa grasse matinée et d’accompagner sa Juliette.  

Une fois qu’ils furent absorbés par de souples fauteuils au cuir fin, le bibliothécaire, dans un sourire hollywoodien, s’enquit de leurs désirs : souhaitaient-ils consommer un thé à la menthe, des gâteaux ou quelque autre friandise ? 

Les conjoints venaient d’ingurgiter un fastueux breakfast. Autant dire que l’un subissait la digestion post-gueuleton, plus tenté par un assoupissement que par un remplissage supplémentaire et que l’autre n’avait d’autre appétit que celui d’entrer dans le vif du sujet. Ils déclinèrent poliment sa proposition. 

Étant l’invitée, et au fait des us et coutumes liés à l’Orient, où l’on prend plaisir à tourner autour du pot, juste par plaisir, l’épouse de Marco s’efforça d’afficher de l’intérêt tout au long des vingt minutes où Amenadiel les emmena faire, du moins en parole, le tour du propriétaire de la bibliothèque, assortissant avec force détails l’histoire de la construction de la nouvelle institution ainsi que ses objectifs, qui ne différaient que peu de ceux de sa légendaire aïeule, fondée par Alexandre le Grand.  

Les salamalecs eurent raison de la patience de Juliette. Elle n’était pas là pour goûter à l’hospitalité locale. L’impression, causée par le physique surnaturel de leur hôte, évacuée, cette dernière se trouva torturée par les braises de la curiosité, à la manière d’une archéologue fébrile flairant une piste, et obligée de marquer l’arrêt.

Elle gigotait d’une fesse sur l’autre, tandis que l’esprit de Marco divaguait dans quelques contrées de lui seul connu. Son cerveau en pilote automatique, il se contentait d’acquiescer sans conviction lorsque le playboy lui adressait la parole.  

Enfin, après ce qui parut aux deux époux, quoique pour des raisons fort dissemblables, non pas des minutes, mais des heures, Amenadiel s’excusa, avec cette urbanité gourmée qui, selon toute apparence, était son apanage. Il devait téléphoner afin de savoir si la salle était prête à les recevoir et si le document y avait été amené. Au terme d’un bref échange, le combiné raccroché, leur guide se leva, invitant les conjoints à le suivre. 

Ils quittèrent le bureau pour descendre de plusieurs niveaux par un ascenseur, parcoururent un long couloir qui évoquait celui d’un hôpital moderne, jusqu’à une porte protégée par un clavier à code.  

Le secret du papyrus retrouvé

Derrière celle-ci, se révélèrent, au centre de la pièce, enchâssés entre deux plaques de verre qui occupaient un mètre cinquante de long sur cinquante centimètres de large, les morceaux d’un conséquent papyrus déroulé. Une lumière ambrée tamisait l’atmosphère de la salle. Le doux ronronnement du régulateur d’humidité et de température accompagna le murmure de Thot à l’oreille de Juliette :

— Je ne voulais pas aborder le sujet avant que vous ne l’ayez vu de vos propres yeux. Voici le document dont je vous parlais hier. Nous l’avons scanné avec Enoch1. Le matériel, le style d’écriture, la forme des lettres… Sans contestation possible, il date bien de l’époque de la dynastie ptolémaïque, plus précisément du règne de Cléopâtre VII. Sans cela, je ne me serais pas permis de vous déranger.  

Juliette tâcha de raison garder, mais la gosse en elle en aurait trépigné de joie. Elle se contenta de rétorquer, professionnelle :  

— Donc la datation autour de l’an moins un avant Jésus Christ est confirmée.  

Leur amphitryon hocha la tête.  

Marc Antoine en retrait, écoutait d’une oreille distraite. Curieux, le technologiste évaluait le coût des différents appareillages, il déduisit que le service de conservation des documents était doté d’un budget des plus confortables.  

Juliette franchit les quatre pas qui la séparaient du précieux. Amenadiel l’accompagna, comme glissant sur le carrelage immaculé. Elle stoppa devant la vitre protectrice ; l’ange gardien des antiquités se tenait à ses côtés, sans plus mot dire. 

Marc Antoine et Cléôpatre, une histoire méconnue

Le texte en latin se trouvait inscrit sur des fragments du rouleau. Certains morceaux manquaient. D’autres étaient à peine lisibles. Celles de la partie supérieure, probablement mieux protégées de l’usure du temps, se trouvaient presque entièrement épargnées.   

— Comment et où donc avez-vous trouvé cela ? Lors d’excavations sous les ruines du complexe de Taposiris Magna ? Ou… ailleurs ? 2

Les spectateurs retenaient leur souffle, Marc Antoine pour ne pas être intéressé par les détails des experts, avait senti que le moment était d’importance, et s’était rapproché. Le prestidigitateur ne tarda pas à faire sortir le lapin de son chapeau. 

— Dans la niche d’une chambre qui jusqu’à très récemment n’avait pas été mise à jour… 

Il ménagea encore un peu son effet. Pour peu, Juliette l’aurait giflé. Enfin, il lâcha : 

— Sous les ruines de la chapelle d’Isis du complexe. 

Les iris de Juliette irradiaient de bonheur. Elle avait rédigé, quelques années auparavant, un article paru dans la revue « Les Cahiers du Louvre » qui penchait en faveur de cette thèse quant à la localisation de l’ultime repos des légendaires amants : Marc-Antoine et Cléopâtre.

Pour un peu, toute à sa joie, elle aurait embrassé son faiseur de miracles. Elle ne se retint qu’à l’ultime nanoseconde. Son garde du corps veillait, non loin de son épaule.  

Elle se détourna des deux hommes, se munissant de lunettes-loupes à la monture fine, qu’elle ajusta au mieux. Et sans plus surseoir, elle s’immergea dans l’exploration de ce fragment d’éternité.  

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Notes:

1 Enoch : système d’intelligence artificielle avancé permettant la datation non destructive des manuscrits anciens. Il analyse le matériau, le style d’écriture et la forme des lettres pour situer précisément un document dans son contexte historique, sans prélèvement ni détérioration.

2 Ce lieu situé à proximité immédiate d’Alexandrie est l’un des plus probables pour la localisation des tombes de Cléopâtre et Marc Antoine, qui à ce jour n’ont toujours pas été retrouvées.

3 « Les histoires de Lucius Vorenus, préfet des evocati, à Alexandrie, le 21 août de l’an 724 ab Urbe condita (30 av. J.-C.). »

4 Cléopâtre VII, la déesse qui aime son père

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Rejoindre le chapitre 13 : Marc Antoine et Cléopâtre, mémoires d’un préfet

Bibliotheca Alexandrina, Alexandrie. Samedi, onze heures et suivantes.

Témoignage d’un préfet, proche de feu le consul Marc Antoine

« Historiae Lucii Voreni Praefecti Evocatorum

Alexandriae, die duodecimo ante Kalendas Septembres, anno DCCXXIV ab Urbe condita… »3

« Ils se sont suicidés, morts tous deux. Les pierres du palais pleurent ceux qui ont disparu, et leur silence pèse sur l’éternité. Sous les cothurnes de ceux que jadis j’appelais mes frères, le destin se façonne ; les vainqueurs réécriront leur histoire, ternissant la mémoire, léguant à la postérité des portraits qui assureront la leur.

Je suis Lucius Vorenus, préfet des Evocati, vétéran de tant de campagnes que j’en ai perdu le compte. J’ai sillonné la Gaule, la Germanie, foulé champs et cités. Fidèle compagnon de Marcus Antonius, j’ai vaincu à ses côtés à Tarse, et dans bien d’autres batailles. Je l’ai vu incarner l’esprit de Mars, plus sauvage dans la mêlée que n’importe lequel de ses soldats.

Déserteurs tous, morts les autres, je suis le seul qui lui reste. Il me revient, dans la solitude de ce crépuscule alexandrin, d’écrire le récit de celui que Rome nommait Antonius, que l’Égypte appelait Ammonios, et de celle qui fut pour lui plus qu’une monarque, Cleopatra Thea Philopatôr4, la septième et dernière souveraine de la dynastie des Lagides.

Tous colporteront qu’elle fut sa perte ; moi, qui l’ai approchée de près, je ne suis pas sans savoir qu’elle fut aussi celle qui lui ouvrit une nouvelle voie : celle d’une gloire sans égale.

C’est à Tarse que le destin de Marcus Antonius bascula, au mois de Sextilis, année 712 ab Urbe condita. Ce fut lui qui la convoqua, ce fut elle qui le conquit. L’homme aux penchants lascifs, fut fasciné par la Regina qui, telle Isis descendue sur terre, l’accueillit divinement… »

Le récit s’interrompait, fragmenté, reprenait quelques centimètres plus bas, déroulant de nouvelles informations parcellaires.

« …J’assurais la garde rapprochée de Marcus Antonius au palais d’Alexandria. D’abord farouche,

…

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