Chapitre 15, et avant-dernier, d’une Histoire d’Amour Contemporaine : « L’Éternité aura ton regard »
Cette première version est une lecture offerte par Anarelle et Laurent Ducastel. Une publication sous forme de roman-feuilleton, du 1er juillet au 31 août 2025.
Lecteur, si vous avez découvert ce chapitre de manière fortuite, ou par toute autre voie — qu’il s’agisse d’une annonce sur les réseaux sociaux (Substack, Instagram) du Désir Éditions, d’une recherche sur internet, ou même du bouche-à-oreille — nous vous invitons chaleureusement à revenir là où tout a commencé.
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Vous pouvez également prendre connaissance des temps forts de cette histoire, qui comporte 16 chapitres en tout plus un prologue et un épilogue, grâce à des récapitulatifs audio des précédents, accompagnés d’une discussion sur les ressentis suscités par cet épisode 15.
Cela dit, si vous choisissez de lire ce chapitre indépendamment, voici un avant-goût de ce qui vous pourrez rencontrer.
Résumé du chapitre 15 :
Nimbé d’un voile d’oubli, le réveil de Juliette et Marco se pare d’une fusion charnelle et de questionnements. Les échos émotionnels de leur aventure de la veille sur le site de Magna Taposiris résonnent-ils encore au plus profond de leur être ? Leur lien amoureux pourra-t-il résister face aux forces invisibles qui rôdent autour d’eux ? Immergez-vous dans cet avant-dernier épisode où Éros et Thanatos s’unissent pour présider au destin d’un couple en pleine apothéose sentimentale. Oserez-vous parcourir les étapes finales pour enfin découvrir ce que leur réserve le Grand Architecte ?
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Alexandrie. Dimanche, aux environs de neuf heures et suivantes. Le septième jour.

Petite mort
Deux âmes gisaient côte à côte. L’homme avait passé un de ses avant-bras au-dessus de l’épaule de sa compagne. Une de ses paumes englobait le sein gauche, dénudé. Le phallus, en cet instant peu développé, s’était logé au creux de la matrice. Une turgescence probablement provoquée par une pulsion de survie. Le phénomène avait été régulièrement constaté chez de nombreux sujets au moment de leur rencontre avec la grande faucheuse.
La femelle fut la première à ouvrir les yeux, un martèlement sourd pilonnant sa boîte crânienne. Prenant conscience de la pénétration, elle tenta instinctivement de se dégager, mais le mâle resserra son étreinte. Dans un réflexe qu’on pourrait qualifier d’inné, il imprima à son bassin des mouvements d’avant en arrière, puis d’arrière en avant.
Dans les vapes, elle commença par lutter contre ce corps étranger, serpent lové en son sein. Puis, des bribes de souvenirs affluèrent. Elle était Juliette et l’homme qui l’entreprenait était son mari Marc Antoine.
Alors, elle se laissa aller, accompagna les va-et-vient. La houle montait, refluait, se répandait. Elle ne voulait pas que ces vagues jouissives cessassent.
Au plus profond de sa mémoire, imprégnée dans le noyau des cellules, la peur de perdre celui qu’elle chérissait s’était solidement arrimée. Et dans le même temps, la fusion apaisait chacun des atomes composant son enveloppe charnelle.
Marc-Antoine sortit du brouillard à son tour, surpris de se retrouver dans une telle situation. Le flou régnait en empereur en leur esprit embrouillé. Pourtant, une émotion commune les commandait : ils étaient deux, ils étaient un, et, en cet instant, rien au monde ne pourrait les séparer. Ils s’aimaient, s’aimaient. Leur existence même dépendait de cette étreinte.
Juliette se désemboita, se retourna. La jonction fut rompue, à peine le temps d’un souffle. Elle fit glisser son pied, puis son mollet, sur le torse de Marc Antoine, dorénavant allongé à plat dos, ce seul contact affermissant, s’il était encore possible, un membre masculin aussi glorieux que la colonne d’un temple consacré à Dionysos.
Les cuisses évasées de la femme vinrent enfourcher le pilier qui appelait la capture. Les grandes lèvres commencèrent à le polir, provoquant l’efflorescence du bouton ; la corolle s’ouvrit alors largement, submergeant le gland. Les paumes, enserrant la taille de l’amante, accompagnaient la sarabande.
Dans un souverain déhanché, la cavalière assujettit l’objet de sa concupiscence jusqu’au plus profond d’elle-même. La main résolument plaquée sur le torse viril, elle imposa son tempo, lent d’abord, puis plus pressant, chaque ondulation injectant conjointement sa dose d’éblouissement et la promesse de la prochaine. À la fois geôlière et captive de la volupté qu’elle prodiguait, l’amazone, alors, accéléra la cadence. Ls saccades se développèrent en une chevauchée infernale.
Une bombe aurait pu exploser, un incendie faire rage, les murs auraient pu s’écrouler autour d’eux qu’ils seraient restés ainsi soudés l’un à l’autre. C’était un besoin viscéral, brutal, venu du fond des âges, du tréfonds de leur âme.
Les râles s’amplifièrent, le cantique de la femme s’accorda à celui de l’homme. La marée de jouissance les investissait, vague après vague, de creux en crêtes ; chaque moment en suspens sublimait le couronnement à venir. Submergée par l’intensité, Juliette émit un cri primal auquel le grondement surhumain de Marco fit écho.
Ils étaient tous deux synchrones, en symbiose absolue. Les orgasmes déferlèrent du fond de leurs entrailles, imparables, mascaret emportant tout sur son passage. L’épouse s’abattit, en nage, auprès de son conjoint abasourdi.
Ange ou démon ?
Ce fut lui qui retrouva en premier un semblant de clairvoyance.
— Bordel de merde, Juliette ! Tu peux m’expliquer ce qui vient de nous arriver ?
Balbutiante, le cœur battant la chamade, et s’étendant pour recouvrer ses esprits, elle lui répondit :
— Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne sais absolument pas ce qui m’a pris.
Ses cheveux longs en bataille, reflets de son désordre intérieur, se répandaient sur le drap immaculé. Retrouvant des fragments de lucidité, elle tourna la tête vers lui.
— Et d’abord, qu’est-ce qu’on fiche dans notre lit ? Tu te souviens d’être rentré hier soir ?
Un silence de mort envahit la confortable suite junior du Mercure Hôtel.
— Absolument pas ! La dernière chose que je me remémore, c’est que nous étions au fond du puits et que nous venions d’entrer dans la chambre funéraire. J’avais la tête qui tournait, des difficultés à respirer, et puis plus rien. Black-out. Et toi ?
— Pareil. J’ai cru voir un scintillement, puis plus aucun souvenir, jusqu’à il y a quelques minutes, quand je t’ai senti en moi.
Juliette considéra la pièce dans son ensemble. Ses vêtements de la veille, ainsi que ceux de Marc Antoine, étaient posés, pliés au carré, sur le fauteuil en face de leur lit. Pour les siens, rien de suspect ; pour ceux de son époux, elle avait plus de doutes quant au soin dont il avait fait montre pour les ranger. Mais, depuis Valencia, affolé par son amour pour elle, il disait avoir pris de bonnes résolutions, alors…
Elle se leva d’un bond et trouva dans l’entrée leur paire de chaussures de marche, lacets défaits, impeccablement alignées. Là encore, ça sonnait faux. Marco avait coutume de les balancer sans seulement dénouer les lacets. Tout cela puait l’arrangement.
Un éclair la traversa : Amenadiel ! Les avait-il drogués ? Avait-il profité d’eux pour les détrousser ? Et après quoi ? Il les avait ramenés à l’hôtel en catimini pour les coucher dans le king size, en tenue d’Adam et Eve ? Tout cela n’avait aucun sens.
Pendant les tribulations mentales de Juliette, Marc Antoine examina le contenu des sacs à dos. Son portefeuille et celui de son épouse s’y trouvaient, ainsi que les cartes de crédit dans leur pochette. Quant aux portables, ils étaient posés, éteints, sur la grande commode.
Les lèvres de Juliette se tordirent en un sourire ironique : imaginer le bibliothécaire en bandit de grand chemin relevait de la fantaisie la plus débridée.
S’étant rejoints dans l’entrée, près des sacs, ils saisirent leur reflet dans l’immense miroir plaqué sur la porte du dressing. Interloqués, ils se contemplèrent : Ève et Adam n’auraient pas été plus dénudés. À ce simple appareil se greffaient des regards hagards, ceux de deux êtres déboussolés par une mésaventure sans queue ni tête.
Un observateur aurait pu résumer en un mot l’impression dégagée par les membres de ce couple : assortis, et assortis jusque dans leur ébahissement. Les archétypes achevés d’un mâle et d’une femelle humains dans la fleur de l’âge.
Reprenant pied, Juliette alla se passer un coup d’eau sur le visage pour s’éclaircir les idées et en profita pour attraper un tee-shirt qui pendait sur la patère. Trop grand, trop large, c’était celui de Marco. Elle haussa les épaules : tant pis, il en prendrait un autre. La grosse valise se trouvait, pour sa part, ne dépareillant pas l’agencement général de la chambre, sagement alignée contre le mur du fond. Marco, vit sa femme revenir avec son vêtement, alla fouiller dans le bagage et enfila la première chemise qu’il y dégotta. La douche, cela serait pour plus tard.
Face à face, assis en tailleur sur le lit, ils débattirent brièvement de la conduite à tenir. Puis elle alla chercher son portable, le réveilla et appuya sur le contact libellé « A.Thot ». Elle avait enclenché le haut-parleur et attendit que son interlocuteur répondît.
À peine eut-elle le temps de prononcer : « bonjour », qu’il s’enquit de leur bien-être et de la raison de son appel. Juliette éluda. Il était impossible de l’accuser sans preuve, et d’ailleurs, l’accuser de quoi exactement ? De leur avoir fait perdre la mémoire ? De ne plus se souvenir d’être rentrés à l’hôtel ? Qu’il les ait déshabillés et couchés nus dans leur lit ? Elle ne voulait pas être prise pour une timbrée.
Elle préféra sous-entendre. Ne s’était-il rien passé d’anormal la veille dans le couloir sous la chapelle d’Isis ? N’avaient-ils pas été victimes d’un malaise momentané ? À chaque question, il répondait d’un ton égal, patient et prévenant, déniant tout incident, arguant qu’il n’était pas impossible que l’air vicié eût provoqué quelques pertes de mémoire temporaires, et qu’il n’avait noté aucun évènement remarquable.
Au bout de quelques minutes, devant ce déni si serein, elle ne trouva plus rien à dire. Elle raccrocha, pas plus avancée qu’avant son coup de fil. Songeur, Marco reprit :
— Tu y crois, toi, à son histoire d’atmosphère raréfiée qui nous aurait fait oblitérer certains des faits d’hier soir ? Bon, pour le manque d’oxygène, je veux bien envisager qu’il ait pu provoquer des maux de têtes, mais de là à oublier que nous sommes sortis du puits, que nous avons retraversé les ruines, et que nous sommes rentrés directement à l’hôtel où il nous a déposés, et qu’ensuite nous nous sommes déshabillés ? Il y a un abîme !
— Non, chéri, je n’y crois pas plus que toi. J’ai un mauvais pressentiment. Cette fois, je te le dis, quelque chose ne tourne vraiment pas rond. Au fait, tu as des nausées, des vertiges ?
— Oui, tout à l’heure, mais vu le shoot que tu m’as mis en me faisant jouir, rien d’anormal.
Juliette balança un solide coup de poing dans le biceps de son conjoint. Puis, partie en fou rire, elle relâcha la tension. Marco l’accompagna hoquetant. La crise passée, il l’interrogea :
— Et toi, mon cœur, tu t’es sentie mal ?
— Un peu… comme toi. Seulement, c’était passager. C’est dingue quand même, tout ce qui nous arrive depuis qu’on a quitté Marseille. Franchement, je me pose des questions.
— Tu veux que j’annule la virée en mer ?
— Non, tu es fou ! Je me fais une joie de cette balade. Et c’est notre dernière occas de se faire plaisir ensemble. Demain, retour à la réalité : boulot, Cléo, dodo. Alors oui, c’est bizarre ce qui vient de nous arriver, mais on va bien tous les deux, on est en pleine forme, alors autant en profiter.
Un ange passa et repassa, et s’il avait ralenti son plané, il aurait pu entrevoir sur les visages de l’homme et de la femme un sourire exprimant à la fois concupiscence et connivence.
La veille, alors qu’ils lézardaient auprès de la piscine, Marco avait découvert à son aimée l’as qu’il gardait dans sa manche, une surprise devant se matérialiser avant de prendre le vol retour pour Marignane : une excursion sous-marine. Les conjoints, habitués à plonger en bouteille au large des Goudes, s’apprêtaient à explorer les ruines immergées de l’antique palais royal d’Alexandrie, celui-là même où Cléopâtre et Marc Antoine avaient vécu et s’étaient suicidés, ainsi que dans les vestiges de l’île d’Antirhodos, toute proche, récipiendaire d’un temple dédié à Isis.
Il en avait été remercié par un long baiser langoureux et un « je t’adore » sincère, qui l’avaient payé au centuple des démarches accomplies pour concrétiser le projet.
Remis de leurs émotions du réveil, quoiqu’encore perplexes quant à l’incohérence des évènements de la veille, ils se préparèrent rapidement. L’appareillage du Moïra, « La Part du destin », était prévu pour 11 h 30.

La volonté des Parques
Les amants arrivèrent au quai un peu avant l’heure de départ. L’eau de la baie clapotait doucement sur la coque du bateau. Sur une mer d’huile, le day boat était sagement amarré. Son pont accueillait, déjà, outre le capitaine, un marin et deux guides détenteurs de leur diplôme de moniteur de plongée, ainsi qu’un duo de passagers, ou plutôt de passagères : une paire de femmes d’allure guillerette, bien en forme et en formes, d’une trentaine d’années. Le verbe haut, si haut que Juliette et Marco perçurent leur accent depuis le quai, qui ne laissait pas planer la moindre hésitation quant à sa provenance. Il ne pouvait appartenir qu’à des natives de la cité phocéenne.
En s’approchant du bastingage, Marco blêmit. Sa face devint livide, aussi blanche que l’insolite et minuscule nuage qui ponctuait un ciel par ailleurs bleu à perte de vue. Il stoppa net, déglutit. Par quel malencontreux hasard retrouvait-il ici Marlène ?
Juliette l’interrogea : « Un truc qui cloche, mon amour ? »
Que dire ? Que faire ? Prendre le risque de lui confesser que c’était elle, elle, la cagole, la brune au tee-shirt rose transparent et au short aussi minimaliste que moulant ? Raviver les vieilles querelles, la mésentente entre eux, alors que ce jour s’annonçait comme l’un des plus radieux de toute leur vie conjugale, malgré — ou en raison — du mystérieux trou dans leur emploi du temps et du sublime paroxysme de leur réveil ?
Se taire, en espérant que cette foutue secrétaire intérimaire ne la ramène pas ? S’il feignait de ne pas la reconnaître, elle ne serait tout de même pas assez crétine pour se rappeler à son bon souvenir. Toute passade, même la plus demeurée d’entre elles, possède assez de jugeote pour ne pas exposer son ex-amant et elle-même au courroux de l’officielle, d’autant plus sur un bateau de quinze mètres de long, autant dire un mouchoir de poche.
Il décida d’affronter son sort.
— Rien, mon cœur, tout va bien. Ne t’inquiète pas. Juste un léger vertige. Rien de méchant.
En montant à bord du Moïra, il n’en menait pas large, priant Dieu et tous ses saints, ainsi que toutes les divinités dont il pouvait se rappeler le nom, pour que la fille maintînt profil bas. Et ce fut le cas : après les salutations d’usage, avec tout juste un regard peut-être un tantinet plus prononcé de la part de son ex-liaison, chacun et chacune gagna son siège — le couple d’un côté, les deux délurées de l’autre.
Juliette avait tout de même remarqué le coup d’œil de l’une d’entre elles, qui s’était un peu trop attardé sur son mari, mais elle se fourvoya dans son interprétation : elle le prit pour de la simple convoitise de la part d’une célibataire en manque. Ce qui ne l’étonna pas outre mesure, car, somme toute, son mec était le plus beau de tous les hommes, et quelle femme n’aurait pas désiré se trouver à sa place, enlacée par un conjoint l’aimant, la chérissant au-delà de ses espérances les plus folles ?
Lorsque le bateau s’éloigna du quai, Marco eut l’intime conviction d’avoir échappé de justesse à la catastrophe, au naufrage en direct de la relation idyllique dont il avait renoué les liens, au cours de ces derniers jours avec sa Juliette.
Il se sentait tout de même sur le fil du rasoir. Il tentait de se raisonner par des réflexions intérieures qui lui apportaient quelque soulagement : si Marlène ne l’avait pas grillé lorsqu’ils s’étaient salués, il en irait de même pendant les heures suivantes, sans compter qu’une fois sous l’eau, il ne pourrait plus rien lui arriver. Enfin, l’espérait-il.
Fata volent, nolent1
Sept minutes après le départ, ils arrivèrent à l’aplomb de l’antique palais royal, détruit et englouti, consécutivement à plusieurs tremblements de terre survenus au cours du IVe siècle de notre ère.
Alors qu’Ahmed et Massoud étaient descendus dans la cale pour ramener combinaisons et bouteilles, l’impensable advint.
La mer, jusqu’alors lisse comme un miroir, retira sa nappe moirée dans un fracas assourdissant, en projetant le bateau ainsi que ses occupants à plusieurs mètres de hauteur. La coquille de noix retomba sur le fond asséché en se brisant de toutes parts, démantibulée entre deux colonnes qui, au temps de Cléopâtre, constituaient les piliers de la vaste salle de réception.
Les deux moniteurs, sous la force de l’impact, furent broyés. Le thorax du capitaine s’empala sur une branche du gouvernail. Le marin, éjecté du bord, se démembra, pantin de chiffon, lors de son atterrissage sur le visage marmoréen d’une statue verdie par les concrétions.
Marco et Juliette, serrés l’un contre l’autre, se trouvèrent propulsés hors de leur siège et churent, par miracle, sans trop de dommages, sur un zodiac et ses gilets de sauvetage empilés.
Le souffle projeta les passagères, fétus de paille, à quelques coudées du couple. La première eut la nuque brisée sur le coup, mais Marlène survécut, le bras gauche à la dérive, la jambe droite fracassée en plusieurs endroits, six côtes fracturées. Elle était tombée, à plat ventre, face à face avec Marco qui, bien que sonné par le choc, continuait à maintenir Juliette, à moitié dans les vapes, sous son aile protectrice.
C’est alors qu’un grondement de mauvais augure émergea des profondeurs, plus monumental que le mugissement d’Apis, un grondement semblable à celui d’un monstre marin surgissant des abysses, un accord terrifiant qu’Alexandrie, cité martyre, n’avait plus entendu depuis près de deux millénaires.
Du ventre effroyable du ressac, chargeant droit sur la baie, naquit une vague scélérate de trente mètres de haut, vicieux maelström qui avalait bateaux et humains sur son passage.
Un hurlement hystérique jaillit d’une gorge féminine : « Marco, sauve-nous, je t’en supplie, fais quelque chose ! »
Quelques secondes avant que ce Kilimandjaro liquide n’engloutît les passagers du Moïra et les quelques neuf cents âmes cabotant dans la baie, ou flânant sur le port, un dernier flash foudroya Juliette : cette fille, cette fille n’était pas inconnue de Marco, cette cagole, c’était…
Et puis, vinrent le vide, l’oubli…
Notes:
1 Les destins gouvernent, qu’on le veuille ou non.
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Rejoindre le chapitre 16 : De l’Amour, une quête de la complétude perdue
Disponible mardi 26 août
Dans le Grand Tout. Dimanche, aux environs de 17 h (temps terrien), le septième et dernier jour.
Loki, Amphitrite, Thot et le Vieux de la caverne
Longue barbe rousse crasseuse, casque à cornes vissé sur un crâne buriné, torse nu, poitrail saillant, un tissu défraîchi, troué, noué autour de la vaste taille, Loki aurait pu choisir bien d’autres apparences : femme à la séduction incomparable, éphèbe irrésistible, jument racée aux crins soyeux. Pourtant, fidèle à sa nature — espiègle autant que provocatrice —, il a élu cette métamorphose en pseudo-Viking pouilleux afin de taquiner Son Géniteur, qu’il affuble, ironiquement, du surnom irrévérencieux de « Vieux de la Caverne ».
L’extension-manifestation vient d’être conviée à se présenter dans le lieu de prédilection de celui-ci pour la méditation et l’observation de Sa Boule Bleue, ainsi que des créatures qui la peuplent. Ce sanctuaire appartient à l’Être Suprême, plus communément désigné sur Terre, et selon les religions : Dieu, Yavhé ou Allah, lorsqu’il se trouve vénéré sous une forme unique. Dans ces conceptions fragmentées, certains l’appelèrent ou l’appellent Zeus, Jupiter, Osiris, Vishnou, Quetzalcoatl, Amaterasu, par tant de noms à travers les âges et les continents, reflets variés d’une essence identique réinterprétée suivant les cultures et les mythes.
Loki sait que Le Vieux ne manquera pas de déverser sur sa caboche une avalanche de reproches, que toute la colère divine s’abattra sur lui, et que son casque ne le protégera pas de la foudre céleste. Cependant, il n’en est plus à une engueulade près.
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