Une lecture offerte par Denis Mursault, pour vous permettre de goûter aux saveurs de cette œuvre disponible exclusivement dans l’espace acquisition, en achat unique chez Désir Éditions. Découvrez le profil de cet auteur, qui, après nous avoir offert un billet décapant intitulé « Les Romances de Noël à la télévision : plaisir innocent ou attrape-nigaud(e) », rejoint désormais le collectif des auteurs solidaires et collaboratifs.
Résumé de l’ouvrage : un terrain de jeu sauvage où se déroule une traque inédite
Dans un futur proche, sur Siremta, une île isolée de l’océan indien, une émission de télé-réalité d’un genre nouveau met en présence deux équipes de femmes et un groupe d’hommes en liberté provisoire. Vera Omphale, sous-directrice des programmes de la chaîne ainsi que productrice exécutive, y orchestre un spectacle promouvant passion, lutte pour le pouvoir et affrontements biaisés. Ruses, alliances fragiles, séduction perverse et volonté d’emprise s’entrechoquent en un huis clos sauvage. Chaque participant, qu’il soit masculin ou féminin, est téléguidé, dans ce jeu où les règles sont dictées par celle qui règne sans partage.
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« La dernière astuce du malin, c’est d’être une diablesse » Denis Mursault

Chapitre 3 : Du Pain et des jeux
« Les discours des hommes ne sont que des masques qu’ils appliquent sur leurs actions. », « Filosofia nova », Stendhal.
Un trimestre est passé à une vitesse démentielle. Pour Sidney Streegteen, surtout. La mise en place d’un tel mastodonte médiatique nécessite un investissement de tous les instants.
Entre campagnes de pub, interviews confidentielles, mobilisation des équipes pour la répartition des tâches, réflexion sur les modalités de l’émission, renseignements juridiques, budgétisation, bilan hebdomadaire de l’avancement du projet, le puissant tycoon1, du moins est-ce le reflet que lui renvoie son miroir interne, et ses collaborateurs n’ont pas dételé. Une course éreintante. Un rallye.
La semaine précédente, il a évoqué pour la première fois la sortie du jeu et en a expliqué sommairement le concept. Quelques journaux sont montés au créneau, des internautes épars se sont insurgés, mais, dans l’ensemble, tout baigne dans l’huile. Ces premières sorties ont engendré assez peu de remous, c’est tout bénéfice. Le buzz nécessaire viendra plus tard, quand le projet sera plus solidement arrimé.
Ce soir-là, il est l’invité du journal télévisé sur une chaîne concurrente. On peut imaginer sans grande crainte d’erreur qu’il risque d’être mis sur la sellette.
Plexiglas, acier, espace. Le penthouse de Mark accueille Vera dont les rondeurs, délicieusement dessinées par un tailleur gris perle, flattent les coussins du sofa. L’immense écran mural vomit les habituelles ribambelles de spots promouvant des produits plus dispensables les uns que les autres.
La main fine aux ongles laqués n’en finit plus de faire tourner les glaçons au fond de son verre.
— Je te ressers quelque chose, Vera ?
— Volontiers, chéri, redose-moi un alexandra… et cette fois, dans une coupe, veux-tu ?
— Tu m’as appelé chéri. C’est jour de fête.
— Ne t’emballe pas trop quand même.
Mark s’oriente vers le shaker à cocktails, trônant sur l’immense îlot central de la cuisine en open space, pendant que sur l’écran, Sidney apparaît. La présentatrice va-t-elle l’égratigner ? Pas impossible. Prévisible même. Souhaitable ? Le directeur des programmes s’y entend pour remuer la fange et la modeler afin de créer de l’événementiel. Pour autant, doit-il faire basculer l’échange de vues dans une rixe bien télévisuelle ? Ne pas oublier que sa mission première consiste à atténuer la portée vicieuse du projet et qu’un ton pondéré déculpabiliserait les spectateurs potentiels de la future émission.
Mark dépose le cocktail sur la table basse, Vera est absorbée par les premières minutes du débat. Il ose une question.
— Tu sais par quelle astuce il est parvenu à se faire inviter ?
Une injonction négligente de la main lui impose le silence.
En effet, la brune interlocutrice du boss de PGTV1 soulève plusieurs interrogations inhérentes à l’éthique du jeu. Sidney ne se démonte pas. Il se démène, défendant ce qu’il considère désormais comme son bébé, dans un argumentaire en forme de pêle-mêle. Tout y passe, en un glorieux fouillis dont on n’est pas certain qu’il soit délibéré. Le vieux sanglier insiste sur le rôle des femmes réduit à la portion congrue pendant des siècles, sans que cet usage ne gêne personne.
Si peu de dirigeantes parmi les chefs d’État, un droit de vote plus tardif, des salaires moins élevés pendant des décennies… Pourquoi s’insurger de l’inversion des valeurs, par conséquent ? Et pourquoi ne pas remonter encore plus avant, à ces femelles préhistoriques aux cheveux empoignés par des mâles dominateurs ?
Mark écarquille les yeux.
— Il raconte vraiment n’importe quoi.
— Un vrai bonheur, confirme Vera.
Le tycoon autoproclamé est lancé, flambe de tout bois. Le monde audiovisuel ne va pas se formaliser de ce qui n’est qu’un jeu, après tout. On n’est pas dans les arènes de Rome, quand même ! Du pur divertissement, rien d’autre, bien innocent.
L’interview se poursuit. La charge brouillonne du magnat a déstabilisé son adversaire, qui tourne consensuelle. Le mammouth de PGTV1 reste maître du terrain. Si les étoiles continuent de s’aligner de la sorte, l’arrivée de chasseresses court-vêtues sur les écrans ne sera plus qu’une affaire de mois.
Mark se pose sur le bras du canapé, songeur. L’opposition a fait fiasco. Il n’arrive pas à décider dans quelle mesure cette abdication rapide favorise leur dessein. Vera s’adosse aux coussins. Ses paupières se plissent. Elle analyse ce qu’elle vient de visionner, se tourne vers son compagnon.
— Eh bien voilà ce que j’appelle une prestation poids lourd.
— Il a maigri, non ?
— Oui, cingle sa maîtresse. Il ne pèse plus qu’un quintal, je dirais.
— Tu as toujours un coup de griffe en réserve, je vois.
— Toujours. C’est un principe.
— En tous cas, je suis d’accord avec toi. Il s’en est bien sorti jusqu’à présent.
— Absolument. Je suis contente de mon joli porcelet. Je ne manquerai pas de le lui faire savoir. Il va frétiller.
Les dernières minutes de la sollicitation s’écoulent assez paisiblement, naviguent autour de la sélection à venir des candidats, des dates de celle-ci et des formalités. Une pub gratuite pour le recrutement à une heure de prime time. Sainte-Mère de l’audiovisuel, soyez bénie.
La journaliste commence à ranger ses notes. Du velours. Comme contradicteur, franchement, on a déjà vu plus véhément, surtout sur une chaîne concurrente. À se demander si elle n’était pas là pour servir la soupe.
Mark dirige la télécommande vers le mur, fait disparaître la projection de la paroi. Vera s’étire avec satisfaction. Le jeune cadre la considère avec insistance.
— Quand t’installeras-tu ici définitivement ?
— Pour perdre ma liberté ? Merci bien !
— Quelle perte de liberté ? Tu feras ce que tu veux ! D’ailleurs, tu n’as jamais fait autre chose.
— Et je compte bien continuer. Rappelle-toi notre accord tacite. Chacun vit sa vie et nous nous voyons quand nous en ressentons l’envie.
— Quand TU en ressens l’envie. C’est tout le temps moi qui pousse à la roue pour qu’on se voie.
— Et j’entends bien que ça continue. Il me plaît que tu grattes à ma porte. Une petite supplication de temps en temps, c’est bon pour mon ego.
— Pas pour le mien. J’ai… j’ai l’impression d’être à ta disposition.
Vera évacue la broutille d’un geste nonchalant.
— Eh bien, si tu le souhaites, disons que ce n’est pas une impression. Et puis, réfléchis deux secondes. Une cohabitation tuerait le désir dans l’œuf.
— Et si j’étais amoureux ?
— Tut tut ! Pas de mots grossiers, s’il te plaît !
Elle se lève, dépose une étole sur ses épaules.
— Je pensais que tu restais.
— Tu avais tort, je rentre me fader un débriefing pointu du passage du Gros et des réactions qu’il ne va pas manquer de susciter.
— Tu es cruelle.
— Aucun doute là-dessus.
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1 Magnat, nabab.

L’intégralité de l’œuvre de Denis Mursault « La Loi de Vera » est disponible à l’achat, format EPUB ou PDF, dans l’Espace Acquisition du Désir Éditions.
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