Par Hubert de Montgaillard

Résumé : Cette fable noire et jubilatoire, proposée en exclusivité à bord du Désir Éditions, mêle jeux de plaisir et réflexions profondes sur la liberté, la morale et la tentation. Hubert de Montgaillard y dévoile un univers où ruses et désirs s’entrelacent dans une danse fiévreuse, guidant le lecteur au cœur des ombres de l’âme humaine.
Au fil des trois épisodes qui vous seront proposés au cours de ce mois de novembre 2025 , chers lecteur et lectrice, vous pourrez savourer un récit qui, en d’autres temps, aurait été censuré par les tartuffes et leurs émules, dont les robes de velours incarnats peinaient à dissimuler des âmes couleur charbon.
Vous goûterez, au fil de l’aventure fantastique d’Elzéard, une versification maîtrisée et pleine d’inventivité qui n’est pas sans rappeler celle de Jean de La Fontaine.
Ce périple en littérature classique est à savourer lentement, strophe après strophe et pourquoi pas accompagné d’un vin chaud épicé, au coin d’un feu d’enfer !
Notre invité, Hubert de Montgaillard, livre dans ce récit un émérite numéro d’équilibriste, assortissant en sa broderie provocation et sagesse, jouissance et morale, à la manière des fabulistes d’antan. Une plume contemporaine aussi facétieuse que maîtrisée qui vous procurera force sourires si vous êtes amateur de contes coquins et libertins.
« Entrez dans la danse, et jouissez pauvres diables ! »

Préface de la première entrée
Chers lecteurs, prenez ce livre entre vos mains,
Ouvrez l’œil et l’oreille aux récits des anciens,
Car bientôt vous verrez, n’en doutez point,
Les ombres et lumières du cœur humain.
Cette première fable, aux accents méconnus,
Ouvre le bal d’une danse incertaine,
Où le prisonnier, libre encore de ses pas,
Flirte avec l’enfer et son ombre lointaine.
Que ses pas vous guident dans ce sombre sentier
Qui mêle plaisir, malice et vérité.
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Tout fraîchement sorti d’une geôle affamante,
Un prisonnier marchait, le cœur plein de gaieté,
Arpentant, radieux, les routes bourdonnantes,
Sans hâte, savourant sa pleine liberté.
Voilà cause classée, se dit-il en lui-même,
Et, bien qu’à cette issue je ne comprenne mot,
Cessons d’entretenir d’inutiles dilemmes
Et goûtons l’air des champs et l’odeur des ormeaux !
Mais avant toute chose, employons notre adresse
À donner à ce jeûne un grisant dénouement.
Oui, l’affaire est pressante, il me faut de l’ivresse,
Tout n’a que trop duré ! cria-t-il ardemment.
Que se gorgent mes sens de ribaudes lascives,
Aux graciles contours, aux crinières de feu !
Que s’ouvrent devant moi leurs croupes agressives,
Voilà dès à présent le premier de mes vœux !
Au détour d’un chemin, sans que rien ne l’annonce,
Surgit un inconnu, de noir enveloppé.
Son bâton de marcheur écartelait les ronces,
Qui, tels de longs serpents, semblaient se dérober.
Son ensemble accusait une maigreur affreuse
Et, de son corps drapé de pauvres oripeaux,
Sortaient des bras sans fin flanqués de mains cireuses,
Aux phalanges griffues et dépourvues de peau.
Le prisonnier, d’un coup, stoppa son soliloque
Et resta bouche bée sous cette apparition.
Des tremblements soudains animèrent ses loques,
Il lâcha sa besace, étreint par l’émotion.
L’étrange personnage à la démarche lente,
Tout encapuchonné, face à lui s’arrêtant,
De ses yeux vipérins aux prunelles saillantes,
Le jaugea fixement pendant de longs instants.
Tout en lui respirait l’horreur et l’exécrable,
De son visage osseux qu’à peine on distinguait,
Jusqu’à ses pieds chaussés de socques misérables,
Présentant par endroits d’informes bourrelets.
Elzéard, Elzéard ! Vomit le triste sire,
D’une voix caverneuse et sinistre à souhait :
Ainsi donc je te vois en quête de plaisirs ;
Je puis t’en apporter plus que tu n’en voudrais.
Elzéard, par-devant si singulière approche,
Ne sut que bredouiller : d’où tenez-vous mon nom ?
Je ne vous connais point, mais vous parais bien proche.
Nous sommes-nous croisés dans l’un de nos cantons ?
Mille pardons, fit l’être, étonnamment aimable,
Je t’interpelle avant que de me présenter :
On me nomme Astaroth ou simplement le Diable ;
Je suis celui qui peut tout faire et tout ôter.
À ces mots, le pauvret demeura bouche close,
Et, tremblant de plus belle, il recula d’un pas.
Mais l’autre, s’avançant, continua sa prose :
Ne crains rien, je promets, je ne te nuirai pas.
Car j’ai besoin de toi tout autant que l’inverse.
D’ailleurs, pour ton salut, j’ai déjà bien agi,
T’évitant le bourreau et sa hache mauvaise,
Ou la corde de chanvre, ou les piques rougies.
Car tu n’es sans savoir la sentence effroyable
Que la Justice assène aux manants échauffés,
Qui tentent de forcer la femme d’un notable,
Et se font capturer, le membre encor dressé !
Oui, le Diable a parfois bienveillante nature,
Et se prend à sauver ceux qui font son honneur :
Voilà pourquoi ta fin, sous d’horribles tortures,
S’est changée en un mois d’internement mineur.
Et plus, encor, voici ce qu’ici je t’apporte,
Poursuivit le malin sur un ton doucereux :
Un an de pur plaisir à deux pas de ta porte,
De femelles en manque, et d’assauts voluptueux !
Un an pendant lequel, au seuil de ta masure,
Viendra chaque matin dans ses plus frais appas
Une Astarté lubrique, assoiffée de luxure,
Que tu pourras saisir autant qu’il te plaira.
Une, t’ai-je promis ? Me voilà raisonnable !
Elles seront parfois, peut-être deux ou trois,
À guetter ta venue dans la hâte intenable
De t’égayer au mieux sous leurs gestes adroits.
Adjoignant aussitôt les faits à sa parole,
Le démon, tout à coup, levant haut son bâton,
Fit surgir dans les airs une épaisse corolle,
Fumante et ceinturée de nébuleux festons.
Et dans cet entrelacs de torsades mouvantes
Qui tissait dans l’azur une blanche nuée
Se dessina bientôt une scène vivante,
Arborant l’écheveau d’orgiaques ruées !
Des éphèbes pourvus d’attributs les plus nobles
Répandaient leurs ardeurs dans d’affreuses mêlées
Sur des Grâces vautrées dans des poses ignobles,
Appelant la licence à gorge déployée.
De toutes parts croissaient la débauche et le vice,
En ce foutoir céleste où, sans se reposer,
Des phallus résolus semaient leurs maléfices
Dans ces nymphes tremblant de fièvres inapaisées.
Elzéard, sous le choc, sentit sa raison choir.
Grand Dieu, s’écria-t-il, qu’est-ce donc que cela !
Cesse de blasphémer, rétorqua l’Ange noir,
Et songe que ces joies t’appartiennent déjà.
Puis, tandis qu’en les cieux, ces formes s’estompèrent,
Le Fourbe poursuivit d’un ton presque badin :
Oui, pour un an je t’offre un asile prospère,
Un sursis, pour tout dire, à ton triste destin.
Un présent que chacun, en cette terre infâme,
Rêverait d’obtenir, ne fût-ce qu’une nuit :
Un an à chevaucher les plus viles des femmes
Et déchaîner tes sens sans gêne et sans ennui !
Mais pourquoi tant d’égards pour ma pauvre personne ?
Dit Elzéard, sombrant dans un vacillement.
Je ne suis qu’un pendard à la vie sauvageonne,
Qui ne mérite point de tels ménagements.
Que nenni, fît l’Affreux dans un rire pervers,
Je connais tout de toi, te plaît-il d’en douter ?
Je sais ton âme obscure et tes hideux travers,
Je connais la noirceur de tes actes passés ;
Ceux qui t’auraient valu la sentence mortelle,
Et qu’un sort bienveillant couvrit d’impunité.
Oui, je connais le nom de chaque jouvencelle
Sur lesquelles, d’un bond, tu t’es jadis jeté !
Voilà qui me suffit pour te trouver aimable
Et t’octroyer de fait les fruits de ma bonté.
Ta nature me sied autant que l’innommable,
La licence, le mal et l’immonde saleté.
Mais enfin, que devrai-je apporter en échange ?
Chacun sait que le Diable est expert en marchés.
Faudra-t-il, passé ce temps d’une année de fange,
Vous octroyer mon âme alourdie de péchés ?
Que d’injustes soupçons et quelle ingratitude
Envers celui qui t’a du bagne délivré !
C’est un présent, te dis-je, une humble gratitude
À l’égard d’un amant de l’impudicité.
Ni pacte, ni marché, ni contrats imbéciles :
Un cadeau, rien de plus ; mais si tu n’en veux point,
Je te renvoie sur l’heure entre les mains habiles
Du bourreau qui saura te prodiguer ses soins !
De grâce, point cela ! fit l’homme, pris de court,
Je suis bien jeune encor pour me voir emporter !
Mais dites-moi, Seigneur, que deviendront mes jours
À l’issue de ce temps que vous me promettez ?
Tes jours ? Ils sont à toi, je ne saurais les prendre !
Ne vois dans ma faveur qu’un simple ajournement.
Cette année révolue te fera redescendre
Dans l’humide torpeur de ton enfermement !
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Rendez-vous mardi 11 novembre pour le deuxième acte du « Diable et le Prisonnier », qui vous entraînera laissez-vous entraînera au cœur des délectables tentations imaginées par Hubert de Montgaillard.