Résumé : Un instant, suspendez votre course et laissez-vous emporter dans le dernier acte de cette fable licencieuse, offerte en exclusivité par Désir Éditions. Hubert de Montgaillard y déploie sa plume incisive, mêlant avec finesse, ruse et repentir, dans un dernier volet où se noue le funeste avenir d’un pauvre bougre qui aurait pu emprunter un autre chemin.
Dans cette ultime étape, vous suivrez Elzéard, prisonnier fraîchement libéré, qui entre refuges sacrés et pièges humains, cherche à échapper aux griffes du Malin. Les alliés d’hier se font bourreaux, la foi recèle bien des chausse-trappes, et sous les masques d’un puritain clergé se dévoilent les malséances d’une âme aux sombres appétits.
Embarquez donc sans retenue dans ce morceau choisi de littérature classique, où les plaisirs cèdent la place aux vérités cruelles, et où l’humour narquois de l’auteur ne cesse de rappeler aux esprits égarés les lois implacables de dame Destinée.
« Entrez dans la danse, et jouissez pauvres diables ! »

Préface de la troisième entrée
Amis lecteurs, qui du soir aimez la veillée,
Recevez ces nouveaux vers sans trop effroi ni reproche ;
Vous verrez l’homme aux prises, tantôt hardi, tantôt faillé,
Chercher son salut parmi les ruses et les croches.
Ce récit conclut la ronde où l’on vend l’âme et ses ans,
Où se mêlent le vice et la foi, l’appât et le repentir ;
Que nul ne s’étonne si la morale, en ce chemin,
Se cache sous un masque et prend plaisir à instruire.
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La peur l’enveloppa — une terreur affreuse —
Ce qui, vous l’avouerez, peut se comprendre assez.
Après maintes questions d’issues bien ténébreuses,
Il conclut que, du Diable, il devait s’arracher.
Mais comment ? pensa-t-il, faire fi de son offre
Revenait à périr sous le joug du bourreau !
Quant à lui dire oui, c’était ouvrir un coffre
Qui, peut-être, abritait de vénéneux coraux !
L’échéance approchait, l’angoisse était montante.
Deux jours le séparaient des griffes du Vilain
Quand il fut soudain pris d’une idée crépitante
Qui, selon lui, mettrait de l’ordre à son destin.
Un Saint lieu, songea-t-il, voilà qui, sans nul doute,
Saurait me préserver des pièges du Maudit !
La maison du Très-Haut lui barrerait la route
Et la croix lui ferait délaisser la partie !
Il abandonna tout : son monde, ses richesses,
Dont il n’avait que peu savouré les bienfaits
Et, sans perdre un instant, poussé par la sagesse,
Courut sur les chemins, le visage défait.
Il atteignit fourbu le plus proche des bourgs,
Preste, gagna l’église et, quand vint le curé,
Sous le sceau du secret, lui conta sans détours
Et sans en rien cacher son histoire insensée.
Mais les gens du Seigneur — la chose en est commune —
Ne servent pas toujours la morale enseignée.
Parfois même, ils s’en font un moyen de fortune,
Une alliée couvrant leurs penchants dévoyés.
Ainsi, notre vicaire aux bien maigres scrupules
Qui, faut-il l’ajouter, prisait fort les garçons,
Vit dans ce cœur perdu qu’il jugea bien crédule,
Une proie qu’il comptait s’octroyer sans façons.
Ce fut donc sous le feu d’un rapide calcul
Qu’il cria : Par les Saints, il te faut protéger !
Ces murs sont le rempart du fléau qui t’accule,
Je trouverai promptement de quoi te loger !
Elzéard vit sa joie le soulever de terre.
Le recteur empressé, se frottant fort les mains,
Lui donna pour logis l’aile du presbytère
En songeant : nous verrons comment faire demain.

Le dernier jour passa. Du diable, point de signe.
L’issue semblait acquise et notre chemineau,
Par le Ciel préservé des emprises malignes,
Congratula son hôte et baisa son anneau.
Tout doux, souffla l’abbé, cette affaire est de taille ;
Cet asile t’est sûr, mais restent tes péchés
Et quand ta fin viendra, nul doute qu’il te faille
Suivre le Tentateur, déjà bien courroucé !
Mais je puis m’en ouvrir à notre Dieu suprême
– Ma fonction me l’accorde — et, pour peu que tu sois
Compatissant envers ma solitude extrême,
Auprès de l’Éternel, tu trouveras ta voie !
Un marché, bien souvent, fait la place d’un autre.
Ainsi tourne le monde et son lot d’intérêts,
Et dans ces lois où, seuls, les plus rusés se vautrent,
La dupe reste dupe et n’en voit que les frais !
Notre manant fut donc, croyant sauver son âme,
Après s’être octroyé les bonheurs les plus fous,
Forcé de se livrer aux heurts abominables
De l’homme de la Foi qui l’enchâssait debout !
Mais le hasard, parfois, suit des routes subtiles
Car, quelque temps plus tard, pris d’un hideux sursaut,
Le curé dont le vit se montrait indocile
Tenta de s’occuper d’un frêle jouvenceau…
L’affaire fit grand bruit dans les rangs liturgiques,
L’éphèbe étant issu d’honorables lignées.
L’abbé fut donc conduit, pour délit socratique,
Dans le froid d’un cachot, et de tous, oublié.
Le sort est ironique et sait parfois punir
Ceux qui d’une infortune ont soutiré profit.
Ainsi fut-il surpris lorsqu’il s’entendit dire,
Au bout de trente jours : Votre peine est finie !

… Tout fraîchement sorti d’une geôle affamante,
Un prisonnier marchait, le cœur plein de gaieté.
La suite en est aisée, l’Ange de la Tourmente
Ne pouvant rêver mieux qu’un hôte du clergé !
Tout se répéta donc, excepté qu’en le ciel,
Les tableaux qu’il offrit à l’abbé médusé
Ne s’agrémentaient plus de lascives femelles,
Mais d’apollons entre eux, la flamberge dressée !
Quant à notre manant, pris de peur légitime,
Il s’enfuit au hasard, frôlant chaque taillis,
Mais le Diable, occupé par plus noble victime,
Et tout à son entrain, ne fit plus cas de lui !
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Ainsi s’achève le menuet du diable et du prisonnier.
À travers ces trois entrées, le lecteur est conduit dans une épopée aux vers troublants, au cœur des tourments d’une âme humaine en proie aux incitations du Diable. Hubert de Montgaillard y a dépeint d’une plume tantôt lascive, tantôt ironique, les jeux perfides du vice et de la foi, les plaisirs ambivalents et les cruelles vérités de chemins croisés.
Ce récit, dans la grande tradition de l’âge d’or des fables classiques, conjugue habilement la licence narrative aux morales cachées, où chaque masque où chaque séduisant masque dissimule une menace. Il rappelle, non sans candeur et rudesse, que les choix de l’homme dessinent son avenir, s’il se fait complice des forces obscures et des visages trompeurs.
Ainsi se referme cette ronde infernale, appel à la vigilance des âmes qui s’égareraient sur des vils chemins et miroir des faiblesses humaines, proposant au lecteur, non sans moult tentations, de méditer sur ses propres démons.
Bravo pour ce texte, qui s’inscrit sous le totem de JDLF — on a déjà vu pire parrainage — pour sa richesse lexicale, pour l’ironie qui l’habille, pour le plaisir linguistique qu’il véhicule.
Quiconque a déjà tâté de la versification sait à quel point dérouler des alexandrins sur une production aussi longue est une performance de choix, surtout quand l’auteur ne perd jamais de vue son propos.
C’est une langue qui jouit d’elle-même, fait la chasse à la paresse et à la facilité d’écriture. Voilà pourquoi elle est si plaisante.
Merci pour ces compliments qui me vont droit au cœur et ne peuvent que m’encourager dans la poursuite de cette forme d’écriture.