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Un miracle nommé surprise 

Chapitre 2 d’une Histoire d’Amour Contemporaine : « L’Éternité aura ton regard » 

Une lecture offerte par Anarelle et Laurent Ducastel, roman-feuilleton de l’été 2025, uniquement en ligne à bord du Désir Éditions. 

Prendre connaissance de la présentation et des mots échangés par les deux auteurs.  

Écouter les résumés des chapitres précédents et les premières impressions de lecture de celui-ci en podcast :  

Découvrez en version audio un extrait des épisodes précédents, les moments clés qui ont marqué l’histoire, ainsi qu’une analyse de lecture présentée sous la forme d’une conversation. 

Vous qui arrivez en ce chapitre 2, voici ce qui a précédé : 

Prologue : Deux âmes, créées au Ier siècle av. J.-C, sont destinées à fusionner, sous le regard tracassé d’un Être Suprême, car leur union est vitale pour sa survie et celle de l’Univers tout entier. Après des siècles d’échecs et de réincarnations douloureuses, cette ultime tentative de réunion post-trépas est la dernière chance. L’Énergie Cosmique de l’Être est épuisée, et sans l’amour de ces âmes pour la reconstituer, tout périra sous vingt jours. 

Dans le premier chapitre, vous avez fait la connaissance de Juliette, conservatrice de musée, accablée par la charge mentale de la routine familiale. Son mari, Marc Antoine, et leur fille adolescente, Cléo, négligent les tâches ménagères, lui laissant tout le poids de la gestion du foyer. Marc Antoine, rigoureux au travail, se montre anarchique à la maison, ce qui exaspère son épouse. Par ailleurs, ses espoirs de vacances en couple ayant été brisés par le refus de son mari de voyager, Juliette s’est donc résignée à meubler ses jours libres en s’occupant des corvées du foyer conjugal. 

Résumé du chapitre 2 : 

Dans ce chapitre, Marc-Antoine navigue de souvenir en souvenir, évoque sa Juliette et les temps forts jalonnant leur vie maritale, suite à son annonce surprise qui n’est pas tout à fait accueillie comme il l’espérait, mais qui, tout de même, engendre une grande satisfaction.  

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Un miracle nommé surprise  - Désir- Éditions

Marseille Provence Aéroport. Mardi aux environs de 18 heures.  

Une impulsion venue d’ailleurs ? 

Marc-Antoine, que ses proches et amis surnommaient affectueusement Marco, avait viré casanier, axant l’essentiel de ses congés sur un principe de récupération, à dominante horizontale. Aussi se demanda-t-il ce qui lui était passé par la caboche lorsqu’il avait débuté ses recherches sur Internet, trois mois et un jour auparavant, et quelle irrésistible inspiration l’avait projeté dans un hall de l’aéroport Marseille-Provence, en cette fin juin, à attendre un vol en compagnie de sa Juliette, à plus forte raison après avoir informé celle-ci de leur départ seulement la veille au soir, lorsqu’il était rentré du boulot. 

Il hocha la tête. Pour quel motif nébuleux avait-il subi cette impulsion de nomadisme sauvage, lui qui n’aimait rien tant que consacrer ses vacances à buller dans le confort de sa maison de maître ? 

La demeure, donation de son père, François Guitamon, se situait au deuxième rang de la corniche J. F. Kennedy, agrémentée d’une superbe vue sur la Mare Nostrum, avec, au loin, perdu la plupart du temps dans le brouillard de pollution, le château d’If. 

Comme soumis à un essor divin, avait-il songé, tant sa frénésie à vouloir organiser un voyage surprise pour sa femme lui était apparue dictée par une entité supérieure, Marc-Antoine avait, en conséquence, écumé le web à la recherche de trajets et d’hôtels qui pouvaient s’accorder, prenant soin d’effacer toute trace de son historique de navigation. Les destinations envisageables semblaient s’imposer d’elles-mêmes. Après tout, rien de bien surnaturel dans le choix de celles-ci, puisque son épouse en guignait des dizaines. Le tri s’était opéré en fonction des disponibilités des vols et des hébergements. 

Et comme par un miracle céleste, tout avait rapidement concordé. 

Marco aurait pu avertir son aimée dès son projet réalisé, mais une force indicible avait endigué cette résolution. Et puis, il s’était fait la réflexion : quoi de plus beau que de la surprendre, surtout après tant d’années de vie commune ? 

Héritages et vieilles querelles 

Il avait également planifié l’hébergement de Cléo chez ses propres parents, bien qu’il ne doutât point que Juliette lui en ferait le reproche. 

En effet, même si le plane trip qu’il lui avait organisé la ravirait, enfin il le supposait, la préséance donnée à l’une des deux belles-familles dans quelque domaine que ce fût n’allait jamais sans causer de dommageables tensions. Les deux clans entretenaient un conflit, atavique et immémorial. Les parents de Juliette, dont le nom de jeune fille était Lepucat, avaient, de tout leur pouvoir de nuisance, tenté d’empêcher la chair de leur chair d’épouser un rejeton de la lignée honnie, au motif d’une inimitié remontant à trois siècles. 

Le casus belli concernait justement la maison « Belle Dame » du clan Guitamon. Les Lepucat accusaient ce dernier d’obscures malversations, avec le soutien manifeste d’un juriste soudoyé pour voler une parcelle de terrain leur appartenant depuis des générations. Perdue dans les profondeurs du temps, la guerre entre les deux familles de notables marseillais s’était propagée jusqu’aux années 1980. Or, un jour, les deux tourtereaux avaient fait fi des restrictions parentales, s’étaient mariés en catimini et avaient mis leurs ascendants devant le fait accompli. 

Malgré les réticences de François au sujet de l’union de Marc Antoine avec sa belle, il avait transmis à son unique fils chéri la maison, en guise de cadeau de noces. Sa femme, Salomé, et lui avaient transporté leurs pénates dans une autre demeure, avec vue imprenable sur le Cap Canaille, et bénéficiant, au quotidien — moins les mois où les touristes envahissaient la commune — de la quiétude de la vie cassidaine. 

Au moins, pensa Marco, en dégustant son expresso debout, accoudé à un comptoir d’un des bars modernes du Mp1 et contemplant le blond vénitien de sa Juliette, assise, rêvassant sur un des sièges inconfortables de la salle d’attente, la guerre entre les deux familles leur avait-elle épargné les éprouvantes réunions dominicales, les assommantes veillées de Noël, les obligatoires fêtes des pères et des mères en grand comité. 

Il faut dire que Marc-Antoine était du signe amical, tendance farouche. Un curieux amalgame, qui le faisait apprécier de presque tous, mais qui, dès la porte de la façade sociale refermée, rendait à cet animal le charme brutal d’un ours en hibernation, d’une chaleur toute relative. 

À la naissance de Cléo, il avait été convenu que chacun des époux passerait un week-end par mois avec elle en compagnie de ses grands-parents. En effet, même l’arrivée de l’unique héritière n’avait pu convaincre les deux tribus irréconciliables de signer un armistice au nom de l’amour. Il aurait donc été impensable que Marco appelât les géniteurs de sa moitié pour leur demander de veiller au bien-être de leur ado. 

Après la nuit du dimanche au lundi mouvementée, passée à régler l’incident qui avait mis en péril la distribution des données pour le grand quart sud-est de la France, et une journée à courir en tous sens afin de s’assurer que pendant sa semaine d’absence, son bataillon respecterait ses ordres de marche, Marco avait enfin regagné son domicile, confiant la mission à son second, César Panisse, de prendre, pour une fois, le relais. 

Hélas, s’il avait espéré que l’annonce de ses desseins voyageurs se fondrait dans un rêve romantique, il en avait été pour ses frais… 

Qui ne risque rien n’a rien ! 

Au retour dans son home sweet home, d’admirables fesses, encore pommelées à souhait, moulées dans un caleçon rose poudré, l’avaient accueilli. Et pour cause. Sa femme était à croupetons en train de déloger la poussière du coffrage ouvert des meubles de cuisine, plinthes se débandant, à l’aide d’un objet dont il ignorait l’existence autant que la fonction. 

Le tortillement frénétique du popotin, et la vision enthousiasmante d’un mamelon qui s’était évadé du débardeur, avaient commencé à émouvoir sa colonne ionique. Une demi-molle qu’il savait devoir réprimer dans les plus brefs délais, car lorsque Juliette briquait, lui proposer, au débotté, une partie de jambes en l’air serait revenu à vivre dangereusement. Le torchon aurait brûlé entre eux et, connaissant la vivacité de son épouse, elle serait montée dans les tours. 

Pour éviter que sa surprise ne fît un gros flop, il avait sagement attendu que les trois morceaux de contreplaqué eussent réinvesti leur logement ; se baisser pour aider sa moitié ne lui serait pas venu à l’esprit. 

Quand Juliette s’était relevée, elle avait prononcé un sec : « Ah, tiens, tu es là, toi ?  Passe-moi le chiffon sur le plan de travail que je finisse d’essuyer. » 

Il s’était exécuté, car, s’il n’était pas proactif dans les tâches ménagères, la plupart du temps, quand elle ordonnait, il obéissait. À l’exception de l’entretien du jardin, sa bête noire, un cadeau empoisonné d’une superficie de presque un hectare. Ce qui était un luxe pour la plupart des Marseillais le faisait véritablement cauchemarder. Certes, il aurait pu faire appel à une société spécialisée dans le nettoyage des espaces verts. Ses moyens le lui permettaient. Or, on ne sait par quelle lubie, il s’entêtait à vouloir s’en occuper lui-même… et n’agissait pour ainsi dire jamais. 

L’inspection de la propreté terminée, l’œil aussi clair que les eaux des plages varoises, Juliette s’était confrontée à la haute et patricienne stature de son mari. D’un ton à peine radouci, elle l’avait interpellé : « Tu as besoin de quelque chose ? Tu fais quoi, là, les bras ballants ? » 

Marco s’était éclairci la gorge, se la raclant comme l’aurait fait un orateur, avant de prononcer un discours devant les sénateurs de la Rome Antique. 

Bien qu’ayant répété, il s’était senti tout d’un coup intimidé. Comment le prendrait-elle ? Allez savoir avec les femmes, et surtout avec la sienne. C’était quitte ou double, tout l’un ou tout l’autre. Aucune demi-mesure possible. 

Il avait vu, au frémissement de son nez, qu’elle avait fort et qu’un esthète aurait pu trouver un brin trop long pour ce visage dans l’ensemble ravissant, qu’il allait lui falloir un bon préambule avant d’annoncer sa surprise. Il s’était un peu égaré : autant devant ses subordonnés, ses collègues, ou même ses supérieurs, il faisait face sans jamais la perdre, autant avec sa petite épouse, dotée d’un caractère affirmé, il avait de ces timidités que manifestent les hommes résolus en présence d’une femme qui ne s’en laisse conter ni par leur charme ni par leurs airs de matadors. 

Ayant pris soin d’envelopper son présent de maintes paroles caressantes, enfin, il avait eu le courage de l’aviser de leur départ imminent, se dandinant, et dansant d’un pied sur l’autre. 

Tel un mérou dérangé dans sa cavité, Juliette avait commencé par froncer les sourcils, si tant est que le poisson hermaphrodite en eût, et par charger l’importun… 

 — Tu aurais pu me le dire avant. Qu’est-ce qu’il te prend de m’en informer juste 24 heures avant l’appareillage ? Tu es bizarre, toi ! Quand je t’ai demandé si on pouvait partir il y a trois mois, tu as fait ta mine de monsieur je ne veux pas bouger, et tout d’un coup tu me proposes un road trip, bon, plutôt un plane trip ? Le soleil n’est pas encore assez puissant pour qu’il t’ait tapé sur la calebasse ! Et Cléo, tu en fais quoi ? 

Là, le peu d’assurance qui habitait encore Marco avait terminé de s’effriter ; il est une chose de commander aux hommes, il en est une bien différente de faire face à son épouse. Il avait bredouillé : 

— Chez mes parents, je voulais te réserver la surprise, tu comprends… 

— Ce que je comprends, c’est que Salomé, ce qui te tient lieu de mère, lui passera le moindre de ses caprices ! Déjà qu’elle est à l’âge bête ! Une semaine à ce régime et on retrouvera une gamine ingérable ! 

Ayant tant et si bien plaidé sa cause, Marco avait fini par apprivoiser sa mégère, qui n’était chagrin que lorsqu’on dérangeait soit, petit un, l’ordonnancement impeccable de sa maison, soit, petit deux, son planning depuis longtemps gravé dans le marbre. 

Envol pour la cité des amants éternels 

Cependant, apaisée par des explications aussi filandreuses que contrites, un baiser dans le cou appuyé, une main promenée dans les cheveux, une réconciliation nocturne sur l’oreiller s’était produite. Juliette, la passion de sa vie, quoiqu’il passât trop souvent à côté des besoins profonds de celle-ci, lui avait fait l’amour avec un appétit renouvelé, au final enchantée de sa proposition.  

Au sortir de cet apéritif charnel, Marco avait sombré dans un endormissement paisible, corps et cœur tout emplis de l’étreinte prodiguée par sa belle, ivre du parfum de sa peau. Il s’était dit qu’il avait rudement bien fait de lui offrir ce voyage, quitte à affronter ce premier grain, que leurs feux continueraient à retrouver de l’ardeur à la faveur de leur escapade, et que les agapes licencieuses se feraient festin dès la première destination atteinte. 

Une voix chaude, féminine, quoique légèrement synthétique, descendue des cieux, interrompit les songes du voyageur accoudé au comptoir d’un des bars de la salle d’attente. 

« Mesdames et Messieurs, l’embarquement du vol AZ 1234 à destination de Vérone Villafranca commence à présent à la porte 12, terminal 1. Nous invitons les passagers à se présenter avec leur carte d’embarquement et leur pièce d’identité. Merci de votre attention. » 

Marco jeta dans la poubelle son petit noir à moitié consommé et, de son pas élastique, rejoignit sa moitié souriant aux anges, appétissante comme jamais dans sa robe en voile de coton blanc, si vaporeuse qu’il n’avait aucune peine à imaginer les formes à croquer de celle qu’il avait juré d’aimer pour l’éternité. 

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Un miracle nommé surprise  - Désir- Éditions

Rejoindre le chapitre 3 : Juliette dans le songe d’une nuit d’été 

Vérone. Mardi, aux environs de deux heures du matin. 

Quand l’aube effleure Vérone 

Juliette était entortillée dans le drap. Nul mouvement ne venait polluer ses songes. Les traits relâchés de son joli minois confirmaient la quiétude de son corps. Une respiration paisible s’échappait de ce tableau de belle au bois dormant. La poitrine se soulevait légèrement. Son esprit voyageait loin, très loin… 

Lorsque l’aube pointa le bout de sa frimousse chiffonnée, perçant la fenêtre du Palazzo d’un doigt amoureux, les mains graciles de Juliette balbutièrent, sur le lin de la couche, à la recherche du corps censé être à ses côtés. Ne l’y trouvant pas, elle soupira. 

En contrebas de l’édifice, l’Adige fredonnait une mélodie affable. 

Encore engourdie, elle se leva. Ses pieds rencontrèrent le sol glacé. Elle prononça un juron étouffé. Elle ne reconnaissait pas la chambre dans laquelle elle s’était endormie la veille, où, tombant de fatigue après une arrivée tardive à l’hôtel, elle avait senti la vigueur de Marc Antoine se loger dans la raie de ses fesses 

… 

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