Chapitre 5 d’une Histoire d’Amour Contemporaine : « L’Éternité aura ton regard »
Une première lecture offerte par Anarelle et Laurent Ducastel, roman-feuilleton de l’été 2025, uniquement en ligne à bord du Désir Éditions.
Découvrir la préface et les mots échangés par les deux auteurs.
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Pour vous qui arrivez en cours de cette histoire, voici ce qui a précédé :
Le prologue révélait l’ultime chance de fusion de deux âmes millénaires, dont seule l’union pouvait sauver l’Être Suprême et l’Univers, menacés d’extinction imminente.
Sept jours plus tôt, Juliette, conservatrice d’antiquités romaines, entamait ses congés de juin, alourdie par le poids des responsabilités familiales. Son quotidien monotone contrastait vivement avec l’élan soudain de son mari, Marc Antoine, qui décida sur un coup de tête d’organiser un plane trip surprise. Malgré ses réticences, Juliette se laissa convaincre par cette escapade inattendue, dont la première étape était Vérone, la cité des amants éternels.
Dans les chapitres précédents, elle était plongée dans un songe troublant, incarnant Juliette Capulet un matin au bord de l’Adige, où une nourrice lui annonçait l’arrivée prochaine de Roméo. Rêve ou réalité ? L’épouse de Marc Antoine Guitamon nageait en plein mystère.
Au cours du chapitre 4, Juliette poursuivait ce rêve éveillé, affrontant la journée d’une noble dame de la Renaissance italienne, entre prières, broderies et patriarcat, espérant sous les premières étoiles la venue de son Roméo.
C’est dans ce mélange de destinées humaines et d’enjeux cosmiques que s’ouvre ce nouveau chapitre de « L’Éternité aura ton regard », où seul un amour sincère pourra éviter l’anéantissement de l’univers.
Résumé du chapitre 5 :
Quels secrets la nuit de Vérone réserve-t-elle à Juliette, alors que le rêve et la réalité semblent se confondre ? Jusqu’où l’héroïne osera-t-elle aller pour défier les conventions et s’approprier sa propre légende ? Roméo est-il vraiment celui qu’elle attend, ou n’est-il qu’un reflet de ses désirs les plus profonds ? Et si, au-delà de cette nuit câline, se jouait aussi le destin de l’univers ?
Il se peut que la réponse se dissimule dans ce nouvel épisode…

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Vérone. Mardi, aux environs de deux heures du matin.
Rébellion au balcon
La nuit était tombée sur Vérone. Une corde se balançait doucement au gré de la brise. La forme enjamba le balcon, allongea quelques pas timides, avant, contre toute attente, de s’agenouiller dans la pénombre.
Sur le lit, assise, les mains sagement posées sur son giron, Juliette reçut l’hommage du descendant de la lignée Montaigu avec satisfaction, prélude à un rapprochement désormais inévitable, auquel aspirait avec ardeur son esprit revanchard.
En effet, légitimement abattue à la suite de son entretien avec le père Capulet, elle n’avait pas tardé à relever le gant, réconfortée, mais surtout stimulée par une exquise résolution. Forte de l’assurance d’une femme moderne et se sentant très séduisante, elle allait donner une leçon à ce patriarche faraud et porter au summum son humiliation.
Comment ? Mais en s’offrant à Roméo, pardi ! Ou, selon toute vraisemblance, en s’offrant Roméo, initiative motivante s’il en fut, tant l’excitation de s’approprier un personnage légendaire parfumerait le rêve d’un zeste de fantasme. Il était temps de dépoussiérer l’œuvre du natif de Stratford-upon-Avon.1
Comme l’imposante nourrice lui avait annoncé sans ambages la vespérale visite du coquin, elle se devait de saisir l’occasion, et de la saisir avec une certaine jubilation, car, après ces interminables sessions liturgiques de la journée, le voyage onirique prenait enfin contour agréable.
Lui était également passé par la tête que si le Comte Pâris, le visqueux, le glauque, venait à apprendre la nouvelle des ébats dont elle comptait régaler le Montaigu, le mariage arrangé tomberait à l’eau, avec perte, fracas et éclaboussures. Le sordide prétendant ne tarderait pas à demander des explications au Comte2, dont le quotidien se trouverait lesté d’une nouvelle querelle. Avec un peu de chance, il finirait bien par se ramasser une lame au travers du corps.
Ainsi, exaltée à la fois par la consommation de l’amoureux transi, ainsi que par le châtiment qui écraserait la famille Capulet entière, elle avait guetté l’arrivée de son galant non sans une certaine hâte.
Belle nuit, ô nuit d’amour3
Forte de son expérience avec la nourrice et le patriarche, elle savait qu’il la verrait sous les traits et le corps de la Juliette du XVIe siècle. Mais, en vérité, quelle importance ? Le principal resterait la volupté partagée, qu’accentuerait la punition des arrogants nobliaux.
Dans un noir d’encre, sous le balcon, après avoir psalmodié des serments d’amour tout à fait charmants à son intention, le jeune homme lui avait expédié l’extrémité de la corde, preuve que lui aussi était traversé par certaines idées, ou, plus sûrement encore, par une impatience dévorante.
Une fois l’objet solidement arrimé et l’escalade entamée par le fébrile monte-en-l’air, Juliette Lepucat avait reculé jusqu’à la couche, à la fois les sens attisés, et émue d’appartenir à un moment d’histoire littéraire. Elle avait, dans un premier temps, évasé les cuisses et placé les paumes sur ses genoux. Or, jugeant la position par trop régnante, et inadaptée à la prude héroïne shakespearienne, elle avait préféré ramener chastement les mains devant son bassin.
De fait, la forme inclinée s’empara des diaphanes phalanges et les baisa avec fougue à plusieurs reprises. Du fond de la chambre, la lumière flageolante portée par deux chandeliers permit à la belle Provençale de distinguer les traits délicats de l’héritier des Montaigu pendant que ses doigts estimaient la douceur quasi-féminine des lèvres.
Quoi qu’il en fût, ce baise-main délivrait un agrément tout à fait divin. Le jeune homme l’admirait, c’était évident. La chaleur l’envahit totalement. Elle lut en lui, se laissa griser par le plaisir de se sentir désirée, non par un partenaire soucieux d’assouvir un besoin naturel, mais par un amant projetant sur elle, presque désespérément, un engouement inconditionnel.
À coup sûr, l’ami Roméo plaçait la femme aimée au rang d’icône, prêt à se vouer sans retenue à ses envies, à son épanouissement physique et moral. Pas du genre à balancer ses affaires partout, ni à déserter la couche conjugale dès la satisfaction obtenue pour aller pianoter sur un quelconque clavier.
Ayant rhabillé mentalement son mari par cette allusion transparente, elle s’avisa qu’il ne la fâcherait point que Marc-Antoine prît ce pli, ou plutôt le reprît, comme dans les débuts de leur relation, lorsque plaire à sa belle constituait sa priorité absolue, ou quand il avait défié les diktats parentaux pour clamer sa foi à son adorée.
L’épouse de Marco se releva, se débarrassa de sa lourde tenue de nuit, qui chut sur le sol dans un froissement, découvrant la silhouette la plus incitative qu’on pût imaginer, sans cesser de fixer effrontément Roméo, dorénavant figé en un accroupissement farouche.
Zéphyrs embrasés, versez-nous vos caresses
En dépit de cette posture ridicule, Juliette perçut que non seulement il était dévasté par ses pulsions, mais que celles-ci s’enrobaient d’un respect puissant. Il ne voulait pas la prendre ni se servir. Il voulait se consacrer à elle, se livrer à nu, de sorte qu’elle pût choisir d’être comblée par lui de la manière qu’elle le souhaiterait. C’est ainsi que sa lucidité déchiffra le langage facial du jeune patricien.
Dans la continuité, il sembla rapidement à la mère de Cléo qu’elle subjuguait son vis-à-vis. Physiquement, s’entend, bien qu’il fût désormais avéré que son partenaire ne la percevait pas dans sa brûlante plénitude de quadragénaire, mais dans la grâce fragile de la Juliette médiévale. Pourtant, elle possédait la conviction, au plus profond d’elle-même, que Roméo goûterait, à travers le corps de la nubile, sa sensualité de femme accomplie.
Dans tous les cas de figure, pour parler net, le bouillonnement intérieur qu’elle devinait en lui la stimulait autant que la déférence excessive qui transpirait de l’attitude masculine. Ou disons que cette association commençait à causer de prompts frémissements dans la région centrale de son anatomie.
Ce respect à la limite du religieux comportait tout de même un inconvénient, et de taille : celui de tenir à distance un Roméo pas vraiment enclin à la prise de décision, figé dans son immobilité minérale. Un caillou… l’essentiel demeurant toutefois que la pétrification s’étendît rapidement à la zone adéquate, ce dont, en réalité, notre héroïne ne doutait guère.
Juliette s’entendit prononcer une sentence qui fleurait bon sa tournure médiévale, enrobée d’un accent chantant à peine perceptible, mais, en tous cas, susceptible de l’ensoleiller :
— Relevez-vous, mon ami, et me laissez faire.
Le noble se redressa enfin. La jolie Méridionale colla à lui sa superbe indécence, le fixant de plus en plus insolemment, heureuse, au bout du compte, d’entreprendre le charmant à sa guise. Ayant jaugé, à travers le tissu, la réactivité de son partenaire, elle s’écarta sans précipitation. Ses doigts fins coururent sur les habits, le délestèrent du pourpoint, dégrafèrent la chemise, sans que Ju cessât de goûter, dans les yeux écarquillés de Roméo, la révérence amoureuse qui y séjournait.
Roméo, Roméo, laisse-moi t’aimer
Un haut et des bas-de-chausses plus tard, il se retrouva en costume d’Adam, toujours médusé par sa bonne fortune, toujours interdit, comme si la passion projetée sur l’héritière Capulet amoindrissait ses moyens, pourtant rodés par d’autres fréquentations de lit.
Grâce au doigté de la lascive quadragénaire et à quelques adroits frottements, la pétrification espérée colonisa sans coup férir l’intimité du galant, l’écarquillement oculaire de ce dernier trahissant la stupéfaction aussi brutalement que l’envie. Satisfaite de cet effet prévisible, l’épouse de Marco lui happa la bouche une première fois, constatant avec contentement que le jeune homme tergiversait de moins en moins. Il y avait donc de la vie à l’intérieur de cette attrayante enveloppe ! La raideur qu’elle s’était plu à provoquer de ses magies en constituait un premier témoignage. Si en plus le garçon, dorénavant désinhibé, répondait à ses sollicitations linguales, leur affaire s’annonçait sous des auspices on ne peut plus favorables.
Si favorables que Ju entraîna son partenaire vers le lit, sans atermoiements, s’installa confortablement, s’ouvrit, en un évasement gracieux, pour le faire venir en elle. Elle guida Roméo afin qu’il investît la corolle avec grande délicatesse, action facilitée par l’onctuosité féminine qui en avait tapissé les pétales.
Madame Guitamon, née Lepucat, ronronna, assujettit les fesses de son amant en l’entourant de ses jambes. Elle convint mentalement qu’il y avait peu de chance qu’il tentât une évasion, mais elle avait envie de le posséder. La virilité de l’aristocrate véronais lui appartenait, à cette heure, ainsi que l’ensemble de son corps, et, si elle en jugeait par son regard émerveillé, son cœur également.
La flamme qui n’avait de cesse d’animer les yeux de son galant, amplifia ses sensations, sans oublier de lui rappeler son Marc-Antoine des commencements de leur liaison ; quand il la contemplait avec un désir mêlé d’amour ardent, qu’il se déclarait prêt à tout accomplir pour elle et s’y serait tenu. Encore une fois, alors que Roméo glissait les mains sous ses épaules, elle songea fugitivement qu’il ne serait pas déplaisant que son mari regagnât le chemin de la perfection, au lieu de transformer leur maison en champ de bataille ou de se laisser épouvanter par deux enchevêtrements de chiendent.
En attendant de remettre le dévoyé sur la bonne route, elle empauma la tignasse de l’héritier Montaigu, lui dévora, derechef, les lèvres, pendant que son bassin se nourrissait en retour du plaisir qu’elle délivrait à son partenaire. Une irritation délicieuse se répandit en son fourreau, tandis que son amant agréa la manœuvre en répondant à ses baisers sans, pour autant, dégager sa chevelure. Juliette poursuivit son festin, enserra de plus en plus fermement son délicat coursier afin de le maintenir profondément en elle. Dans le même temps, elle continua de mener l’attelage, comprimant au besoin les flancs de l’empressé pour contrôler son rythme, et, en conséquence, la frénésie masculine. Hors de question que le glouton se précipitât. Elle n’eut qu’à se féliciter de la bonne volonté de son élève modèle, qui accepta l’accouplement selon les termes de son amante, puisqu’il était définitivement admis que le chevaleresque jeune homme avait placé la satisfaction de la belle au-dessus de ses appétits personnels.
Mais, au fond, objectivement, n’était-ce pas ainsi que son Marco procédait lors de leurs moments de fusion ? Toujours soucieux du bien-être de sa compagne, toujours, au bout de toutes ses années, préoccupé du plaisir féminin, toujours conscient du privilège que Ju lui accordait, toujours extasié, même, de ces faveurs.
Alors qu’elle maintenait le jeune Véronais entre la soie de ses jambes, encourageant les va et vient par des pressions sur les hanches, elle se sentit submergée par une vague de tendresse indulgente envers son époux, au point de s’imaginer dans un flash que c’était lui qui imprimait à cette heure son corps dans le sien. Que pesaient quelques verres non rangés et trois herbes folles, à comparer à la ferveur amoureuse qu’il lui prodiguait sans condition ?
Pour autant, le songe véronais restait bien agréable, Roméo apportant quelque chose de neuf. Était-ce la conviction de tenir un autre homme sous son charme ? L’étrangeté de la situation ? La transmutation en un personnage mythique ?
Une dernière idée amusante, incongrue à cette minute où le dialogue des peaux avait remplacé quelque supputation que ce fût s’intercala entre deux voluptés gémissantes. Nonobstant l’attachement à Marco, qui venait de se rappeler intensément à elle, il eût été plaisant qu’elle pût le ramener dans ses bagages au XXIe siècle, ce zélé Montaigu prêt à l’honorer selon ses souhaits.
Ce fut d’ailleurs ce qu’il fit, après la montée du plaisir savamment gouvernée par sa maîtresse, se répandant éperdument en elle tandis que des ondes non moins brûlantes parcouraient le bas-ventre féminin, qui accompagna le jeune homme dans l’acmé mutuelle, et dans des râles entremêlés.
Roméo ne se désengagea pas instantanément, ébahi, épris de l’affriolante créature comme de cet acte dont la dimension passionnelle avait démultiplié la munificence. Son amante, amusée par sa fougue métissée de dénuement, lui tendit ses doigts manucurés pour qu’il y déposât de nouveau le tribut de ses lèvres.
Elle n’aurait néanmoins pas été opposée à ce que la bouche du mignon cajolât son orchidée, en guise de bouquet final, et pour qu’elle se détendît, après cette appétissante cavalcade, en une autre jouissance, plus douce, plus vaporeuse. Elle était certaine qu’en dirigeant habilement le talentueux gentilhomme, elle l’aurait rendu dépendant d’une pratique faisant la part belle au don de soi qui l’habitait. Au bout du compte, ce voyage temporel et onirique avait recélé son lot de satisfactions. S’il s’avérait que son rêve, devenu succulent, dût se poursuivre, elle inciterait son amant à lui plaire de cette gente manière.
Mais point trop n’en fallait. Il suffisait pour cette fois. Et surtout, quelqu’un, attiré par le tapage que leur étreinte n’avait pas manqué de causer, pourrait arriver.
Pour jamais, adieu mon bel ami
Ensuquée, elle s’entendit prononcer :
— Allons mon ami, il vous faut retourner en vostre demeure. La nouvelle de nostre enlacement s’ébruitera promptement. De surcroît, je ne voudrais pas que les miens gens vous trouvassent céans et vous fissent quelque mauvais sort.
Le beau patricien bredouilla, quelques mots émerveillés, n’omit point de prendre congé de la manière dont il avait effectué son entrée, par une génuflexion agrémentée d’un baise-main. Ensuite, il s’évanouit dans l’obscurité sans qu’elle sût s’il s’était rhabillé ou s’il déambulait dans le plus simple appareil.
Pour l’heure, imprégnée dans la moindre parcelle de son être par la visite de son jeune amant, et saisie d’une fatigue aussi intense qu’inattendue, Juliette s’étira. Ses muscles se relâchèrent. Une sensation de satiété pas nécessairement agréable s’empara d’elle. Exténuée au dernier degré, elle se sentit plonger dans un précipice.
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Notes :
[1] Lieu de naissance de Shakespeare
[2] Titre du père de Juliette
[3] Titre de la barcarolle dans l’opérette « Les Contes d’Hoffmann » de Jacques Offenbach

Rejoindre le chapitre 6 : Querelle sur le balcon, réconciliation sous les arcades
Réveil brumeux, dans quel état j’erre ?
Durant cette unique journée passée à Vérone, rien ne se déroula de la manière dont Juliette l’avait envisagé.
Elle s’éveilla barbouillée, l’estomac retourné, toucha le corps de Marc Antoine qui dormait paisiblement à ses côtés, contempla son mari avec un sentiment d’amour renouvelé dont elle ignorait la provenance.
Elle se souvenait de son immense fatigue de la veille au soir et de s’être promis de gratifier son conjoint d’une de ces gourmandises matinales dont il était friand. Seulement, une nausée incongrue contrecarra ses projets de rapprochement : elle prit pied sur le tapis persan de la suite du Palazzo Monga et courut jusqu’à la salle de bains, où elle rendit, dans la faïence immaculée, tripes et boyaux. Cela n’augurait rien de bon.
Marc Antoine, alerté par le bruit des régurgitations, vint à son secours, lui passa un verre d’eau pour qu’elle se rinçât la bouche et, prévenant, l’interrogea sur ce qu’il pouvait faire pour remédier à son malaise.
Juliette, remuée d’un affreux doute, fouilla sa trousse de toilette, consulta sa plaquette de contraceptifs, compta et recompta : non, elle n’avait pas oublié la prise d’une seule pilule.
Pendant ce temps, Marco, muet comme une carpe, transformé en bûche par l’hypothèse d’avoir conçu un deuxième bambin, ne bougeait pas plus qu’un étain sculpté par une force supérieure. Il aimait sa fille, qu’il surnommait sa perle, mais passé quarante-cinq ans, il ne se voyait pas recommencer à affronter les nuits sans sommeil, les couches à changer, les hurlements et autres détails qu’on a tendance à omettre lorsqu’on évoque les joies parentales.
Juliette, de son côté, bien que maternelle, heureuse dans sa vie professionnelle et délivrée des contraintes liées à l’éducation d’une gamine, prisait celle de mère d’une adolescente à l’autonomie affirmée ; en conséquence, l’arrivée d’un ou d’une petite deuxième ne l’aurait guère enchantée.
Elle se promit de trouver une pharmacie pour acheter un test, afin de se rassurer. Le mystère demeurait.
…