Une lecture offerte par Denis Mursault, pour vous permettre de goûter aux saveurs de cette œuvre disponible exclusivement dans l’espace acquisition, en achat unique chez Désir Éditions. Découvrez le profil de cet auteur, qui, après nous avoir offert un billet décapant intitulé « Les Romances de Noël à la télévision : plaisir innocent ou attrape-nigaud(e) », rejoint désormais le collectif des auteurs solidaires et collaboratifs.
Résumé de l’ouvrage : un terrain de jeu sauvage où se déroule une traque inédite
Dans un futur proche, sur Siremta, une île isolée de l’océan indien, une émission de télé-réalité d’un genre nouveau met en présence deux équipes de femmes et un groupe d’hommes en liberté provisoire. Vera Omphale, sous-directrice des programmes de la chaîne ainsi que productrice exécutive, y orchestre un spectacle promouvant passion, lutte pour le pouvoir et affrontements biaisés. Ruses, alliances fragiles, séduction perverse et volonté d’emprise s’entrechoquent en un huis clos sauvage. Chaque participant, qu’il soit masculin ou féminin, est téléguidé, dans ce jeu où les règles sont dictées par celle qui règne sans partage.
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« La dernière astuce du malin, c’est d’être une diablesse » Denis Mursault

Chapitre 2 : Cynisme sur l’oreiller
« Cynisme : Mépris effronté des convenances et de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagement des principes contraires à la morale, à la norme sociale. » Larousse.
Glissant sur un revêtement bitumé, sans que ses roues aient l’air de tourner, la BM s’insère dans le parking souterrain d’un immeuble moderne, une taupinière pour nouveaux riches. Elle s’inscrit sur une place vacante du premier sous-sol.
Mark s’extrait de la berline, en fait le tour, ouvre la portière. Vera descend du véhicule avec souplesse.
Les sept étages sont avalés subrepticement par un ascenseur dernier cri. Les deux pénètrent dans un appartement de standing, ceint d’une baie vitrée panoramique.
Vera se laisse tomber onctueusement sur un sofa.
— Je suis vannée.
Un sourire charmeur sollicite Mark.
— Ôte-moi mes escarpins et mets-moi mes mules.
— Tu l’as prise au sérieux, cette histoire de supériorité féminine, on dirait.
— Oui, et pour tout te dire, j’adore ça… mais pas supériorité féminine dans le sens où tu l’entends. La frénésie qui prévaut sur les réseaux sociaux et dans les médias, très peu pour moi. Non, celle que je détiens sur toi, et, plus généralement, sur les représentants de la gent masculine. Après tout, tant que tu seras l’esclave de ton entrejambe, ce qui, à mon humble avis, n’est pas près de changer, tu feras mes quatre volontés. Je n’ai pas raison ?
Mark rit.
— On est dans l’idée générale.
Une nouvelle mimique craquante avalise l’acceptation de l’homme.
— Si tu es bien complaisant, tu auras ta récompense.
Fatalement, le marivaudage se termine dans les draps, de soie, bien entendu. Mark, qui ne pensait qu’à ça depuis leur sortie des bureaux de la chaîne, a enfin obtenu satisfaction, sans qu’elle le fasse trop languir, ce qui n’est pas toujours le cas.
Il doit reconnaître qu’elle ne l’a jamais pris en traître. Dès les premières semaines, le jeune homme a été avisé que les privautés que sa maîtresse lui accorderait l’affecteraient de facto à sa personne. Pour simplifier, la souveraine laisse choir de sa divine altitude ses faveurs sur un bénéficiaire fatalement ébloui par cette distinction, ce qui engage ce dernier à se plier à certaines exigences : une contrepartie qu’il pense alors bien minime au regard du privilège que constitue la fréquentation de la belle. Au moins aura-t-il été averti. On n’a rien sans rien.
Déconcerté dans un premier temps par ce discours cash et débordant de prétention, le pensionnaire du 7e étage en a progressivement admis la légitimité, celle-ci lui apparaissant criante aussitôt que Vera enrobe lesdites exigences de soie. Ses abus, dès lors qu’ils sont enrubannés de charme, ne sont plus des caprices, mais des friandises collectées par l’amant à destination de sa dame, dont il importe plus que tout d’obtenir un gage de contentement. Selon une mécanique parfaitement huilée, ce satisfecit peut, en fonction de l’humeur de la décisionnaire, aboutir à la récompense après laquelle le gentleman soupire éperdument.
Il attrape son paquet de cigarettes sur la table de chevet aux lignes asséchées, un chef-d’œuvre de mobilier minimaliste au prix inversement proportionnel à la densité, naturellement… le tarif de l’objet hideux tenant lieu de bon goût aux yeux de l’acheteur.
— Donne-moi du feu.
La sensuelle quadra tend la main vers le briquet.
— Quelle autorité ! Le petit mâle se rebelle, dis donc !
— Parlons sérieusement. Discutons un peu de notre projet.
— Tu penses qu’ils vont l’adopter ?
— Bien entendu, il y a un Everest de blé à collecter. Si le Gros donne son aval, et il le fera, alors rien ne pourra arrêter la marche de l’opération. Il n’a pas son pareil pour renifler l’oseille. En outre, il t’a à la bonne. Je subodore que c’est ton intervention qui a emporté le morceau. Il ne sait pas te dire non, de toute façon.
— Il n’est pas le seul.
Le coup d’oreiller reçu par Vera la fait éclater de rire.
— Espèce de Messaline !
— Je prends ça pour un compliment.
L’oreiller réintègre sa place. Elle relance le sujet qui leur tient à cœur.
— Donc, pour toi, ça va marcher ?
— Garanti sur facture. Plus c’est racoleur…
— Justement, qu’envisages-tu de bien vicieux ? Tu as d’autres pistes que celles dont nous avons débattu tout à l’heure ?
— Les grandes lignes restent les mêmes, mais on peut tamiser, propose le jeune cadre.
— Du genre ?
— Du genre, on autorise — on encourage — les coucheries, suggérées ou plus si affinités, des matonnes avec les détenus, ceci, au passage, pouvant permettre d’instaurer un favoritisme bien frustrant pour les autres prisonniers et soulever des injustices bien télévisuelles.
— Des coucheries en live ? Rien que ça ?
— Oui, bon, pas du porno. On sélectionnera les plans.
— Dans le racoleur, tu te défends, il n’y a pas à dire. Quand je t’ai pris en main, je savais que je t’entraînerais dans la dépravation, mais tu dépasses mes espérances les plus audacieuses.
— Merci… Serait du meilleur effet une gardienne un peu sadique… léger, hein ? Les Japonais vont adorer.
— Pourquoi les Japonais ?
— Je ne sais pas trop, en fait. À l’instinct.
— Bonjour le cliché !
— Tu en as bien sur les mouvements féministes.
— Tu marques un point.
— Il faudrait également travailler sur les modes de capture et d’emprisonnement, reprend Mark, qu’il y ait de la variété, bosser un minimum le spectaculaire, avec un zeste, enfin, une louche de brutalité : candidates à cheval, pièges au sol, fosses, filets, lassos, tu vois… Le genre cage de bambou ferait pas mal exotique, également, je trouve, pont de la rivière Kwaï, un peu…
— Tu ne crois pas qu’on risque de se retrouver avec des associations sur le dos ? Dans la mouvance « défense des droits masculins », ce style d’âneries ?
— Une fois que l’émission aura remporté ses premiers succès, que je pressens prodigieux, et rencontré son public, ce sera trop tard. On ne lutte pas contre un tsunami. Le pognon domine toujours, tu le sais bien. Au pire, nous distribuerons quelques enveloppes. Et puis, entre nous, les polémiques sont plus porteuses qu’autre chose.
— Ton cynisme me charme dans des proportions que tu n’imagines même pas.
Elle le fait venir en elle.
Note :
1 Magnat, nabab.
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Rejoindre le chapitre 3 : Du pains et des jeux
(Disponible jeudi 16 octobre)
« Les discours des hommes ne sont que des masques qu’ils appliquent sur leurs actions. », « Filosofia nova », Stendhal.
Un trimestre est passé à une vitesse démentielle. Pour Sidney Streegteen, surtout. La mise en place d’un tel mastodonte médiatique nécessite un investissement de tous les instants.
Entre campagnes de pub, interviews confidentielles, mobilisation des équipes pour la répartition des tâches, réflexion sur les modalités de l’émission, renseignements juridiques, budgétisation, bilan hebdomadaire de l’avancement du projet, le puissant tycoon1, du moins est-ce le reflet que lui renvoie son miroir interne, et ses collaborateurs n’ont pas dételé. Une course éreintante. Un rallye.
La semaine précédente, il a évoqué pour la première fois la sortie du jeu et en a expliqué sommairement le concept. Quelques journaux sont montés au créneau, des internautes épars se sont insurgés, mais, dans l’ensemble, tout baigne dans l’huile. Ces premières sorties ont engendré assez peu de remous, c’est tout bénéfice. Le buzz nécessaire viendra plus tard, quand le projet sera plus solidement arrimé.
Ce soir-là, il est l’invité du journal télévisé sur une chaîne concurrente. On peut imaginer sans grande crainte d’erreur qu’il risque d’être mis sur la sellette.
Plexiglas, acier, espace. Le penthouse de Mark accueille Vera dont les rondeurs, délicieusement dessinées par un tailleur gris perle, flattent les coussins du sofa. L’immense écran mural vomit les habituelles ribambelles de spots promouvant des produits plus dispensables les uns que les autres.
La main fine aux ongles laqués n’en finit plus de faire tourner les glaçons au fond de son verre.
— Je te ressers quelque chose, Vera ?
— Volontiers, chéri, redose-moi un alexandra… et cette fois, dans une coupe, veux-tu ?
— Tu m’as appelé chéri. C’est jour de fête.
— Ne t’emballe pas trop quand même.
Mark s’oriente vers le shaker à cocktails, trônant sur l’immense îlot central de la cuisine en open space, pendant que sur l’écran, Sidney apparaît. La présentatrice va-t-elle l’égratigner ? Pas impossible. Prévisible même. Souhaitable ? Le directeur des programmes s’y entend pour remuer la fange et la modeler afin de créer de l’événementiel.
…
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Denis, bonjour,
Là aussi, je suis tout à fait d’accord avec vous. En effet, si les journaux, ainsi que toutes ces associations « bien-pensantes » de défense des droits de ceci ou de cela — je ne suis pas contre ces associations, bien sûr — arrêtaient de parler ou de brailler contre ces émissions, elles retomberaient aussi vite qu’un soufflet sorti du four.
Je ne sais pas si elles s’en rendent compte, mais si c’est le cas, c’est qu’elles y trouvent leur intérêt : de la publicité gratuite faite à ces programmes. Car, comme le disait Andy Warhol, « N’importe quelle publicité est une bonne publicité », même les plus mauvaises, car le but est justement de faire le buzz afin d’attirer toujours plus d’argent.
Par contre, je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes qui, devant une belle femme, réfléchissent avec autre chose que leur deuxième cerveau — et ce n’est malheureusement pas le plus intelligent des deux. (Je parle d’expérience, comme beaucoup d’autres hommes.)
Bonne continuation,
Patout
Bonjour, Patou
Votre citation de Warhol, vraiment visionnaire, pour le coup, tombe à propos, lui qui avait pressenti à quel point la déferlante de communication allait tout hypertrophier : les conflits, l’image des uns et des autres, et, bien entendu, en bout de chaîne, les profits.
Bcp de gros malins ont compris, dans cette société bouleversée par le pouvoir de l’image, par l’universalité et la vitesse de la diffusion, qu’un buzz même négatif pouvait être porteur. Et ils (elles) savent exploiter les sur-réactions que leurs provocations génèrent.
Pour ce qui est du double cerveau masculin, je vous concède qu’il est effrayant de constater à quel point celui du haut est assujetti à l’autre 🙂 Le personnage de Mark en est l’illustration absolue.
Au plaisir d’échanger,
DM
Voilà à quoi servent les grandes écoles de commerce. Je n’ai rien contre ces dernières, mais j’ai de gros problèmes lorsque l’on veut m’imposer mes idées, faire en sorte que je sois dans la même ligne ou le même moule que tout le monde, aussi bien pour les goûts, la mode, etc., que pour mes idées. Surtout avec mes idées. Je ne suis pas un contestataire pur jus, mais l’universalité de l’image ainsi que tous ces réseaux sociaux visant à imposer une manière de penser ou quoi que ce soit d’autre pour faire de l’argent à tout prix me dérangent très fortement. J’ai l’impression que le libre arbitre, la différence ou la légitimité d’une pensée différente sont très mal vus et doivent à tout prix être stoppés afin de mieux abrutir la masse. Bien sûr pour l’argent, mais surtout pour le pouvoir.