
Lecture offerte par Laurent Ducastel.
Au cours du premier chapitre, Fidelio, Philippe, le protagoniste principal, dévoilait ses déboires conjugaux et expliquait sa découverte du monde des plaisirs sexuels émancipés.
Dans ce deuxième volet, il relate ses expériences tantôt excitantes, cocasses ou simplement émouvantes dans l’univers du libertinage, notamment celui des ébats sexuels à trois – deux hommes et une femme.
Cependant, l’extraordinaire peut devenir banal avec le temps. Ainsi, un soir, en quête de nouveauté et d’exceptionnel, Philippe s’aventure vers…
Émotion, érotisme, témoignage et humour seront vos compagnons de voyage tout au long de ce chapitre.
Pour enrichir votre expérience, nous vous proposons une ambiance musicale spécialement conçue : un mélange de composition classique inspirée des accords de l’opéra « La Bohème » de Puccini, fusionnée à des tonalités modernes, qui vous immergera pleinement dans l’univers de cette partie.
Libertinage Roman Chapitre 2 Musique Classique Oiseau Feu Desir
Désir Éditions
Chronique Libertine Chapitre 2 (2025)
[Avertissement : Si vous êtes allergique à l’un ou plusieurs de ces ingrédients — propos sexuels, humour, dérision, poésie, style relevé, femme libertine, militaire, conseiller patrimonial, échangisme, triolisme —, nous vous déconseillons la lecture de cet ouvrage.
******
Philippe
Dès l’instant de mon introduction sur cet espace virtuel, il m’apparut que les femmes seules, objets de mes convoitises, s’élevaient au rang de trésors plus rares que le tantale, plus brillants que le diamant. Des perles, nacres prisonnières de coquilles pour de sibyllines raisons. Je n’avais nullement l’intention, en naviguant sur les flots libertins, de ramer tel un galérien. Je ne souhaitais que des aventures simples, sans prise de tête, comme aurait dit mon gamin. Aussi, délaissant ces inaccessibles sirènes, je reportai mon attention vers les couples, dont l’abordage me semblait plus aisé.
Et puis, je dois vous l’avouer, les quelques visions virtuelles que j’avais eues d’ébats en trio avaient provoqué en mon for intérieur une excitation qui tenait à la fois du voyeurisme et d’un je-ne-sais-quoi de transgressif. Imaginez-vous… être l’amant d’une femme en présence de son conjoint. Un fantasme dont la réalisation titillait, chaque nuit, de plus en plus fermement mon esprit et le membre le plus léger de mon corps.
Mon initiation fut un choc électrisant, une expérience dont l’empreinte demeure indélébile. La première porte poussée, les suivantes furent plus aisées à franchir. TBM, « Très Bien Monté », entre autres atouts, selon les témoignages, je devins une valeur sûre. Un actif coté à la bourse de l’économie fluctuante des délices éphémères.
Et si au commencement, j’avais trouvé assez pittoresque, c’est un euphémisme, l’idée de folâtrer avec une femme, devant son époux spectateur, d’échanger des baisers, d’explorer langoureusement ses vallées, de tenter une incursion audacieuse dans l’intimité de ses cuisses pour y découvrir les voluptés cachées, pour finalement l’emmener au sommet du plaisir, son conjoint l’étreignant, l’habitude, cette étrange compagne, m’avait amené à banaliser cet insolite. Ainsi au bout de cinq années de ce régime, le piment se métamorphosa en une épice courante, presque fade.
Je sentais poindre une insatisfaction de plus en plus prégnante, en dépit de mes juteuses cabrioles dans les alcôves. Je chassais, sans en être forcément conscient, des concepts sortant de l’ordinaire, des missions autrement enthousiasmantes que les intrusions dans le conduit de Madame, qui, à la longue, revêtaient l’apparence de fourrages de dinde effectués par un maître-queux, sous la surveillance du chef cuisinier.
Madame ? L’appellation vous étonne ? Dans notre milieu, nous désignons ainsi les femmes libertines en couple, par déférence, plus ou moins effective. Cela fait partie des mœurs de ce milieu que d’aucuns jugent sulfureux, alors qu’il ne constitue qu’un choix de vie moins hypocrite que beaucoup d’autres, ceci n’étant que l’avis de votre serviteur.
En tous cas, c’était en même temps extrêmement stimulant, d’être l’amant. Le petit nouveau, Philippe Rouan, l’étalon chéri. Après la double référence chevaline, la triple. Il fallait que je me méfie. À ce rythme, j’allais finir par hennir.
Je piaffais au rythme de mes pulsions, transcendées par d’enivrantes injections d’orgueil, dès que le couple me recontactait. J’étais fier que mes prouesses au lit me valussent des bis, des ter empressés, à la manière de ces acteurs de théâtre qui se délectent des rappels du public.
Malgré cela, j’étais toujours en chasse de nouveauté, car au bout de trois ou quatre rencontres, mon désir s’estompait, ou, parfois, l’épouse se transformait en pot de colle et souhaitait me retrouver seule, envisageant une relation qui, dès lors redeviendrait, traditionaliste, voire étouffante. Hors de question de me substituer à un mari distrait, mon aspiration d’indépendance s’achoppant à ce rôle finalement ultra-conventionnel d’amant officiel.
L’atout inappréciable des ébats avec un duo constitué, c’est celui de la liberté post-coïtale. Une fois l’acte consommé, la dette affective est nulle, tant vis-à-vis de monsieur que de Madame. Je ne leur ai aucune obligation. Ni envers lui ni envers elle. Capisci ? Pas de cadeau, pas de sortie au resto, etc. Nothing, nada, nichts !
Vous me trouvez vénal ? Trivial ? Eh bien, considérez que c’est en rapport avec tout ce que j’avais dépensé pour Nathalie, sans jamais être payé en retour, ne serait-ce que par un peu de tendresse.
De la baise pour de la baise, sans les inconvénients usuels : même certaines filles, prétendant ne rechercher qu’un sex-friend, s’enhardissent, après quelque temps, à tenter le scan de ton portable afin de découvrir quelles autres poupées tu as inscrites dans tes contacts.
Évidemment, cela cause une grande effervescence d’être le complice, d’avoir un plus gros appareillage que celui du mari, large, veineux, je suis un chanceux ! Être plus endurant que le légitime, être le centre de l’attention, que du bonheur ! Après des années de privation, animée d’une fringale justifiée, mon artère honteuse s’était mise aux cadences infernales. Je ne pouvais décemment le lui reprocher.
Mais les contacts vont et viennent, puisque, tout comme moi, les couples libertins briguent l’excitation des débuts d’une relation langoureuse, le jeu, une simulation de l’état amoureux.
En gros, je courais après le premier rendez-vous, j’étais enchanté du deuxième, et au troisième me gagnait une impression de déjà-vu qui me filait la nausée, m’incitait à vite rechercher un nouveau plan.
Volage ? Pas vraiment. Une poursuite sans fin, plutôt, d’une stimulation sans cesse renouvelée, cumulée à un pédalage dans le vide, faute de pouvoir réactiver les palpitations des premiers temps de mon atterrissage sur cette planète.
Ce régime tous azimuts avait quasiment éclusé tous les contacts localisés dans ma zone géographique.
Or, un soir, en surfant au hasard, je restai en arrêt en croisant la photo de profil, sur la fiche d’un couple. La croupe se serait déjà présentée devant mes yeux que je m’en serais souvenu. Impossible d’oublier. Dans ce qui ressemblait à une salle de gym huppée, se tenait de dos une magnifique créature dont le lycra du body bleu échancré dissimulait la raie des fesses, ce qui attirait l’attention.
Vous le savez bien : ce qui est caché laisse une plus grande part à l’imagination, et, partant, au fantasme.
Harponné par la beauté callipyge de la silhouette, je consultai illico le profil, exclusivement pourvu en commentaires d’hommes seuls qui avaient eu le privilège de se frotter à ce sculptural fessier que j’aurais juré n’avoir jamais admiré.
Le texte de l’annonce brillait par sa concision, ce n’était rien de le dire : « Couple sensuel recherche homme pour trio ». Sobriété égale sécurité ! Quoique, dans ce domaine précis, ces deux notions ne fussent pas obligatoirement associées.
Pas foncièrement engageant, donc. Trop succinct, sans fantaisie et sans les warnings habituels : les do et don’t qui, comme de coutume, allongent à satiété les précautions d’accostage, mais qui, a minima, vous permettent de cerner les us et coutumes de vos présélectionnés.
L’idée m’effleura qu’il pouvait s’agir d’un cliché subtilisé sur le portail d’un photographe professionnel, imposture commune dans notre milieu, tant de la part d’hommes que de couples, des escrocs se délectant à vous faire tourner en bourrique.
Les témoignages accolés me rassurèrent sur l’authenticité de l’apparition, je dirais même m’échauffèrent grandement, attisant davantage ma convoitise, si c’était possible. Un fascinant trophée à ajouter à ma déjà riche collection. Un commentaire attira plus particulièrement mon intérêt, signé d’un certain Fireman. Un amateur de pompiers, à n’en pas douter !
« Le feeling est vite apparu à l’écrit, confirmé au téléphone et sublimé au réel. Un contact évident, une tenue légère et un peu de champagne auront suffi à déclencher le corps à corps. Nous nous sommes retrouvés dans une communion sensuelle, cérébrale et sexuelle comme on en rencontre rarement. Avec l’enivrante gourmandise de Madame, son art voluptueux, et la complicité de monsieur, on ne pouvait que passer un moment exceptionnel. Le meilleur dans tout ça, c’est que je m’en suis sorti vivant ! (Comprenne qui pourra.) »
Intrigué par l’écriture spirituelle, très délicate, et à vrai dire inattendue, tranchant agréablement avec les platitudes vulgaires qui foisonnaient ordinairement en ces lieux, je me précipitai sur la réponse.
« Tu viens de nous laisser un témoignage, alors que je m’apprêtais à le faire. Que pourrais-je ajouter à celui-ci, sans que cela soit un copier-coller ? Je veux toutefois rebondir sur ta cruciale réflexion finale. Tu sembles aussi étonné que ravi de t’en être sorti vivant. Sache que je n’exécute que ceux qui n’attisent pas ma flamme jusqu’à l’enfer. En conséquence, je t’ai épargné… pour l’instant. Vous pouvez m’être encore utiles, toi et ta grosse lance à incendie… Ce n’est que le début de l’aventure. Nous attendons impatiemment que tu viennes mettre ta vie en jeu une deuxième fois. » (Lauren au clavier). Kisses & Love, Lauren & Raphaël. »
Manifestement, c’était elle qui tenait le volant, et plus certainement encore, le pommeau de vitesse.
Voilà, je commençais à me sentir accroché. Un nouveau challenge animait mon âme de conquistador : que cet admirable fessier se livrât à mes caresses. Je me figurais incessamment écarter délicatement le bout de tissu, insinuer ma raideur le long de son sillon. Plus inhabituel, je me mettais en scène, m’agenouillant, entre ses jambes fuselées, musclées, papilles avides de découvrir le goût de sa cyprine, pour honorer ses grandes lèvres, déjà humides d’expectative, pressées de ma venue.
Qu’une simple photo et deux témoignages échangés déclenchassent en moi des pulsions aussi brutales aurait dû m’inciter à la circonspection, mais l’instinct, flairant l’excessive intensité d’un plaisir inédit, balaya les quelques fragments de prudence qui voletaient autour de mon esprit désorienté.
J’étais loin de me douter de la suite des évènements.
Et c’est avec une hâte suspecte que j’ouvris ma messagerie ce soir-là, pour commencer à rédiger une note d’intention, qui n’avait rien de littéraire, à destination de « RaphLauren ».
******
Histoire à suivre, le chapitre 3 : Othello ? sera prochainement disponible.
En attendant, vous pouvez prolonger votre expérience à bord du Désir Éditions en parcourant des billets doux, piquants ou tout simplement veloutés qui vous sont proposés dans nos différents espaces consacrés à la littérature française et sensuelle.
Ludus
Coulisses
Secrets des paroles
Éros
Vous y trouverez, des textes composés par nos auteurs maison, des photos, des illustrations, des compositions musicales et bien plus encore …
Désir Éditions :
Passez le portail de l’imaginaire
ET
Envolez-vous avec nos auteurs