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Othello ? Chapitre 3 de la chronique libertine élégante, « L’Oiseau de Feu »

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Lecture offerte par Laurent Ducastel.    

Dans le chapitre précédent, Fidelio, vous avez pu découvrir quelques facettes des rencontres d’un homme seul avec des libertins hétérosexuels. Cependant, le triolisme, ayant pour seul objet les ébats charnels, ne parvenait plus à combler les aspirations de Philippe, personnage principal de cette histoire. 

La désillusion pointait le bout de son nez quand notre quadragénaire dégota, sur son site de rencontre de prédilection, la fiche de « RaphLauren », duo des plus intrigants. Les clichés de la belle Lauren, ainsi que les témoignages échangés entre ce couple et certains de leurs complices, captèrent l’attention du fringant quadragénaire, l’incitant à lancer une bouteille à la mer, dans l’espoir qu’elle flotterait jusqu’aux rivages alléchant de ce binôme inconnu. 

Le troisième volet de cette chronique vous permettra de poursuivre votre enquête au cœur d’un texto enflammé et vous transportera dans les échanges virtuels cocasses entre Philippe et Raphaël, le mari de Lauren. La première impression de notre héros se confirmera-t-elle ? Ou… ? Au jeu des amours émancipées, rien n’est jamais acquis ! Diplomatie et patience sont nécessaires quand l’on veut atteindre les vagues sensuelles dont on rêve, surtout si le conjoint s’avère… 

Plongez au cœur des pensées de Philippe et explorez le monde du libertinage à travers un témoignage romancé qui s’inspire de faits réels. 

Afin d’enrichir votre expérience de lecture, Mister Salamander, notre « Cyber poète », a élaboré un mix dont il a le secret : accords musicaux classiques inspirés de ceux de l’opéra « Othello » de Verdi, alliés à des tonalités modernes, accompagneront avec éclat votre cheminement dans ce texte au style brillant et percutant. 

Musique Classique Chapitre 3 Roman Oiseau Feu Sensuel Desir Editions

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Désir Éditions

Chronique Libertine Chapitre 3 (2025)

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Une originalité et exclusivité Désir Éditions  

Avertissement : Si vous êtes allergique à l’un ou plusieurs de ces ingrédients — propos sexuels, humour, dérision, poésie, style relevé, femme libertine, militaire, conseiller patrimonial, échangisme, triolisme —, nous vous déconseillons la lecture de cet ouvrage. 

****** 

Philippe 

J’ignore si vous connaissez les usages des couples libertins. Il en existe autant que de courants. Il ne s’agit pas d’une ethnie aux mœurs parfaitement codifiées. Prendre contact avec l’un d’eux revient à amorcer une discussion avec des extraterrestres, certes recherchant un rapprochement, mais, souvent, au caractère irascible. Susceptibles, au moindre impair, au moindre mot de travers, de vous bannir de leur galaxie, sans même, la plupart du temps, vous fournir une explication minimale. 

Certains veulent des plans directs : une conversation succincte, et vous voilà, vingt minutes plus tard, roulant vers une inconnue, à une heure de trajet de votre domicile, priant pour que ses photographies ne versent pas dans la publicité mensongère. 

D’autres auscultent votre pédigrée, en long, en large et en travers. Il en découle des heures et des heures de tchat. Je comprends tout à fait les hésitations à introduire un autre mâle dans la couche de Madame. Cependant, lorsque ces interrogatoires se poursuivent pendant des semaines, de manière sporadique, assurément, mais répétitive, on peut quasiment affirmer que vous ne sentirez jamais le parfum de la rose que vous convoitez. 

La quantité et la variété des situations s’étant présentées à moi, accompagnées par leur cortège de déconvenues, justifieraient l’élaboration d’un catalogue. Trop jeune, trop vieux, trop ceci ou pas assez cela. Même mon tri soigneux après la lecture de l’annonce, avec les : « j’aime », et les « je n’aime pas », le passage en revue méticuleux des desiderata, la mise en adéquation avec mes propres désirs, ne garantissaient pas le succès. J’avais heureusement connu de très agréables surprises. Toutefois, quelle sélection éreintante ! Et que d’heures perdues avant de concrétiser ! 

La fiche « RaphLauren » me fit sourire par son pseudo un rien prétentieux. Quoi qu’il en fût, le fessier altier méritait cette distinction, et plus encore. 

Comme je vous l’ai précédemment écrit, le cliché de leur profil se détachait de l’océan d’images, clamant sa différence au milieu de cette marée de photographies, plus ou moins suggestives, par sa touche artistique, plus sensuelle que sexuelle : elle s’imposait avec l’élégance d’une œuvre au raffinement quasi-professionnel. 

En tout cas, ceci s’éloignait merveilleusement des standards, des fiches façon « fuckcouple 67 », ou « couplecoquin » avec leur lot de dérivés possibles et imaginables, assortis en général du numéro de département, voire du code postal intégral ! Il ne tourmentait guère lesdits tandems, déjà affligeants de banalité, de contredire ainsi la demande de discrétion claironnée en tête de présentation en divulguant une aussi précieuse information.  

Je présupposai, par conséquent, un couple d’esthètes, ce que paraissaient confirmer les témoignages recueillis sur leur page. En revanche, en prenant attentivement connaissance de la fiche, je n’avais trouvé aucune indication sur leurs pratiques. 

Monsieur était-il candauliste 1 ? Se contentait-il de regarder ? Ou participait-il activement au trio ? 

Le couple avait-il des fantasmes particuliers ? Pas la moindre piste. Même les cases « bi » ou « non » n’avaient pas été pas cochées. Peu prolixes sur leurs préférences, ils me contraignaient à avancer à l’aveuglette, guidé par cette unique photo qui avait imprimé ma rétine et ces fameux témoignages qui me laissaient penser que nos feelings pouvaient se superposer. 

Je progressai à pas de loup et leur envoyai ce premier message : « Bonjour, je me prénomme Philippe, j’ai 45 ans, je n’ai pas souvenir de vous avoir auparavant croisés ici. Si vous êtes nouveaux dans la région, je vous souhaite la bienvenue. Je serais ravi d’échanger avec vous et, peut-être, de nous découvrir des sensations communes. Mon plaisir est le plaisir de Madame. Bien à vous. À très bientôt, j’espère. » 

Le témoin rouge signalant qu’ils n’étaient pas en ligne, je mis au lit mon portable et m’appliquai la même sanction, en escomptant une réponse rapide. Je me glissai entre les draps, en solitaire, à défaut de me glisser entre les cuisses de celle que j’imaginais à l’aune de son postérieur, et sur lesquelles je fantasmais déjà furieusement. 

Alors que je n’y croyais plus guère, deux jours plus tard, me parvint cette réponse sur le tchat : « Votre profil a l’air sympa, nous pouvons échanger. Raphaël au clavier. » 

Je lui renvoyai : « J’ai un peu de temps pour discuter avec vous. Avez-vous consulté ma fiche ? » 

J’avais publié sur celle-ci un selfie, portrait classique, en veste, cravate, dans mon bureau : ma silhouette entretenue, sans bedaine, se reflétait dans le miroir du hall d’accueil, mon visage demeurant caché. Cliché allié aux indications suivantes, inscrites en gras dans mon annonce.  

« Gentleman, respectueux, discret, adepte de moments où mon cœur battra un peu plus fort. J’aspire à des fusions sensuelles, aussi éphémères qu’elles soient. » 

Ces renseignements devaient, pensais-je, cerner assez précisément les contours de ma quête. 

Après de longues minutes — il semblait occupé ailleurs — j’obtins ces deux phrases en retour : « Bonjour, nous sommes depuis peu dans la région. Que recherchez-vous exactement ? » 

Ce genre de réponse me saoule. Pourquoi redemander ce que j’avais déjà inscrit en caractères gras sur mon annonce ainsi que sur ma missive d’introduction ? 

Pourtant, docile — il faut un peu, beaucoup, de flexibilité, pour pénétrer dans l’intimité d’un couple — je reformulai mes propres énoncés. 

J’avançais doucement, néanmoins. On ne peut pas dire qu’il me donnait du grain à moudre. 

Certains alimentent la discussion, d’autres ne vous jettent que des miettes. Il était, sans l’ombre d’une hésitation, un représentant émérite de cette dernière espèce. 

Je possède tout un stock de formules prêtes à porter, un argumentaire type que j’affine suivant la tournure que prend mon entretien d’embauche. Je décrivis par le détail ce que j’aimais faire ou ne pas faire à une femme. 

Laconique, il me répondait par des : « Mais encore ? », « Et ensuite ? ». 

L’envie me tourmenta de clore la conversation. Rien de pire que d’entreprendre Madame si monsieur surveille la prestation comme un chien de garde et dirige votre accouplement. Et c’était clairement le signal qui émanait de ses assertions lapidaires. Pourtant, je continuai à tenter de discuter. La communication est au cœur de mon métier, et l’adversité ne me décourage pas. Bien au contraire, elle me motive. Et puis, j’avais moi aussi quelques questions à poser. 

Une interrogation primordiale me préoccupait : « Êtes-vous bi ? ». La réponse « non » me soulagea. J’enchaînai : « Monsieur aime regarder, uniquement ? Ou plus ? Je suis souple sur le rôle du mari. J’adore donner du plaisir. » 

Un succinct : « Je participe toujours ! » s’inscrivit. 

Je me voyais, déjà, faire équipe avec un mal dégrossi. 

Bon, ce n’est pas que cela me dérange, car compte tenu de mon hétérosexualité, l’époux ne m’intéresse pas. Je peux faire abstraction complète de l’homme qui se trouve à mes côtés. Toutefois un peu de connivence masculine ne nuit pas pour réchauffer l’ambiance. 

Si vous vous dites que j’étais stimulé par un rien, par ce fessier orné de ce body bleu dans cet univers chaleureux d’un camaïeu orange, vous aurez raison ! Néanmoins, mon instinct me soufflait avec insistance qu’il y avait beaucoup plus derrière le rideau.  

Il existe une règle absolue, bien qu’officieuse, et pour l’avoir transgressée, lors de mes débuts, et en avoir été pour mes frais, je me faisais violence pour ne plus demander l’accès à l’album privé. 

Un couple libertin, c’est encore plus farouche qu’une vieille fille croisée dans la rue. Il doit de lui-même se dénuder, si vous ne voulez pas vous trouver confronté à un claquement de porte définitif. 

J’espérais assez lui plaire pour qu’il me fît cet honneur, et j’ouvris le mien, tablant sur cette incitation, de sorte qu’il m’imitât. 

J’y avais disposé quelques photos, soft, torse nu, ou allongé, dévêtu, sur le lit d’une chambre d’un Sofitel. Et puis les gros plans, obligatoires pour certains couples, et uniques objets de toute leur attention, indépendamment de la personnalité de leur possesseur. Mon phallus, cadré serré, exhibé comme une pièce de bœuf à l’étal. Mais non ! Le sexe n’est pas une marchandise. Comment pouvez-vous penser cela ? 

Je n’obtins aucun retour, on espère toujours, ne serait-ce qu’un : « Vos photos sont sympas », ou « Ma femme aime les complices largement équipés. » 

Rien. L’homme des cavernes était difficile à séduire. Et c’était lui la clef de l’assouvissement de mon caprice du jour ! Enfin, telle était alors ma conviction. 

Fort de mon expérience en la matière, j’ai pu observer que dans la majorité des situations, c’est le mari qui, dans une grande générosité conjugale, donne son aval pour que son épouse puisse s’adonner aux plaisirs avec un tiers, qu’il soit spectateur ou non de ces ébats. 

Alors que nos échanges virtuels se poursuivaient, je supposais que, pour approcher sa dulcinée, il me faudrait d’abord le convaincre. 

Car les compagnons, pour prêter leur femme, n’en sont pas moins jaloux et il s’avère rarissime de s’entretenir, ne serait-ce qu’en tchat, avec Madame seule, sauf au cours des pratiques de cuckolding 2, lesquelles ne m’attirent pas particulièrement. Pour faire simple, et en règle générale : pénétration charnelle, oui, connivence spirituelle, non ! 

Il s’ensuivit une question directe, sans fioriture : « Qu’aimes-tu dans les trios ? » 

Je n’en étais pas à mon premier contact, j’en avais vu des vertes et des pas mûres, et je ne craignais pas les bruts de décoffrage, mais là, j’eus envie de fermer mon ordinateur et d’aller braconner ailleurs. C’était vraiment froid, mécanique. Tellement, que je me suis demandé si je n’avais pas affaire à un psychorigide. Ma première impression se confirmait, celle du molosse de garde, œuvrant d’ailleurs bien souvent plus pour son propre plaisir que celui de sa femme. Et j’avais, depuis longtemps, abandonné ce style de couple, ou l’acte prime, dénué de toute sensualité. 

Je tiens aux préliminaires : converser un verre à la main, cultiver l’attirance, charmer, percevoir les frémissements des sensations naissantes. Je ne me réduis pas à un automate de la luxure, le jeu de la séduction est fondamental, mais, comme vous l’avez bien compris, une séduction sans les séquelles conventionnelles. 

Je me trouvais à mon bureau, les mails s’accumulaient dans ma boîte, et pourtant, et sans trop en connaître la raison profonde, mon sixième sens, probablement, je m’obstinai à tenter de me connecter avec le bourru, et lui répondis, sans me laisser désarçonner : « J’aime m’occuper de Madame lentement. Si les cunnilingus lui plaisent, je sais prendre mon temps. Je suis très adaptable, et mes préférences vont à la douceur, à me laisser porter dans le charme de l’instant, comme mes témoignages vous le confirmeront. »  

Et toujours ces réponses, sans possibilité de relance : « Elle aime. » Décidément, cet homme était un attardé de la sociabilité.  

Je me résolus tout de même à avancer un peu, parce que je ne comptais pas continuer à gaspiller ma disponibilité, ni à fantasmer dans le vide longtemps. J’esquissai une demande indirecte pour l’ouverture de l’album, de façon à ce que cet échange insatisfaisant me permît au moins de contenter à ma curiosité. Demande finaude, enfin, c’est ce que je supposais : « J’imagine que Madame est charmante, pensez-vous que je pourrais lui plaire ? J’ai hâte de découvrir ses appas ». 

Une autre de mes phrases prêtes à porter, à laquelle peu de maris résistent, fiers de montrer la beauté qui leur appartient. 

Une nouvelle rebuffade s’ensuivit, aux antipodes du schéma psychologique que je venais de délimiter, et me déstabilisa : « Le chef, c’est elle. Je lui ferai part de ton message. Elle décidera. » 

Mes premières impressions s’infirmaient, il n’était donc pas une sorte d’Othello tentant de contrôler les pulsions de sa Desdémone. 

J’attendis quelques minutes, touillant les deux sucres qui stagnaient au fond de la tasse de mon septième expresso de la journée. Aucun autre mot ne s’inscrivit sur mon écran. 

Sans une once de courtoisie, le goujat s’était éclipsé, me plantant là, égaré dans un labyrinthe d’hypothèses fumeuses, me laissant en plan avec mes expectations. Le malotru ne pouvait-il pas m’informer avant, plutôt que de me plonger dans un marécage d’incertitudes, que c’était son épouse qui édictait leurs choix ? 

En refermant la fenêtre du tchat, une nouvelle perplexité s’insinua : les premiers échanges avec ce gorille ne cadraient pas avec les commentaires précédemment lus. De faux témoignages ? Non, leurs complices semblaient eux aussi bien réels. 

Je retournai mollement à mon labeur quotidien, décortiquant, afin de me vider la tête, les positions d’un de mes clients. En arrière-plan, les variables de l’équation du couple Raphaël et Lauren accumulaient les inconnues.  

Au bout de trois jours, comme je n’avais eu aucun signe de vie d’eux, et qu’ils n’avaient pas non plus fait d’apparition sur le Site, je m’étais résigné : jamais je ne rencontrerai l’heureuse maîtresse de ce fessier, dont j’avais tant rêvé qu’elle pût devenir la mienne. 

Et puis, baste ! Si ça se trouvait, elle louchait, avait un bec de lièvre et se promenait avec une moustache de sergent-major. Je ne dirais pas que j’avais oublié mes projets, mais j’avais fait une croix dessus. Jusqu’à ce que… 

****** 

1 Le candaulisme est une pratique sexuelle dans laquelle une personne ressent une excitation en exposant son conjoint ou le partageant avec une ou plusieurs personnes. Par extension, on parle aussi de candaulisme lorsque des rapports sexuels ont lieu entre une ou plusieurs personnes, devant le regard consentant du partenaire de celle-ci. (Source Wikipedia) 

2 Cuckolding (« cocufiage ») ou cuckold (« cocu »), termes dérivés de cuckoo, en français coucou, un oiseau qui pond ses œufs dans le nid d’un autre oiseau. Dans cette pratique c’est la personne active dans la relation sexuelle qui décide de son partenaire dans une démarche d’humiliation de son ou sa conjoint(e). (Source wikipedia) 

Histoire à suivre, le chapitre 4 : La chevauchée de la Walkyrie sera prochainement disponible.  

En attendant, vous pouvez prolonger votre expérience à bord du Désir Éditions en parcourant des billets doux, piquants ou tout simplement veloutés qui vous sont proposés dans nos différents espaces consacrés à la littérature française et sensuelle.  

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