Une sensualité « Hot » Couture, écrite et lue par Anarelle.
Au cours du chapitre précédent, « Souvenirs d’une vie », Clara évoquait ses mésaventures conjugales et vous confiait son vague à l’âme suite à sa séparation douloureuse d’avec son mari Jean, qui l’a trompée.
Dans celui-ci, à travers l’enregistrement audio d’Anarelle, vous poursuivrez l’exploration du quotidien de cette ostéopathe, somme toute des plus banals, dans un village du Sud-Ouest de la France, ainsi que sa résistance à l’insistante demande du cousin « Jo » pour secourir un joueur de rugby blessé. Une exploration des pensées d’une femme mature qui sera conduite par les voies— pénétrables ? —du Destin vers une route des plus aventureuses.
Entre intimité et humour, Clara se dénude, peu à peu.
Avertissement : Si vous êtes allergique à l’un ou plusieurs de ces ingrédients — propos sexuels, tranche de vie, femme de plus de quarante ans, psychologie et intimité —, nous vous déconseillons la consultation de ce texte.
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— Hola, Pitchoune ! C’est Jo. Tu fais quoi là, tout de suite ?
Euh, je faisais quoi ?
J’aurais pu lui avouer : « Eh bien, je déprime en compagnie de couples qui sont encore ensemble…tout en observant la mort programmée d’un nuage. »
C’est, vraiment, ce que j’aurais aimé lui répondre.
Je m’étais abstenue, évidemment.
À la place, je m’entendis prononcer :
— Euh, rien de spécial, je finis de déjeuner chez le grand Éric. Il est en train de servir l’armagnac…
Il m’interrompit d’une voix ennuyée :
— Bon, je suis un peu dans la panade. En fait, si je t’appelle, c’est que j’ai un service à te demander.
Sans me laisser le temps de rétorquer quoi que ce fût, il enchaîna les explications :
— J’ai un joueur du club invité qui s’est pris une vilaine bugne. En tout cas, ça a l’air sérieux. Le médecin de leur équipe n’a pas pu les accompagner, il a chopé une gastro. Et Toinou, ben, Toinou, il a dû partir en urgence afin d’aider son beau-père au vêlage. Heureusement qu’Arnaud n’est pas au courant. Je te jure, ma belle, un jour, il va déposer plainte pour exercice illégal…
Je le laissais m’expliquer ce que je connaissais déjà par cœur : essayer d’arrêter Jo’ dans son élan, c’est comme vouloir stopper net la charge d’un taureau. Aussi dangereux que vain.
Voici, en résumé, ce qui fit chauffer mon portable :
Antoine, dit Toinou, l’unique médecin généraliste des environs, se convertissait, de temps à autre, en vétérinaire pour bovins en détresse sous la pression de son beau-père,
André radotant à qui voulait encore bien l’entendre qu’Arnaud, le véto, était un âne et qu’il n’avait confiance qu’en l’expertise de son beau-fils.
Toinou n’osait ni le contredire ni désobéir à ses injonctions.
Le pater familias était un ancien militaire, pas le genre à qui on pouvait dire non.
Enfin, bref, à part la gentille petite Clara, toujours serviable, il n’y avait aucun personnel médical disponible à moins de cent kilomètres à la ronde.
Je dois dire que je n’étais pas enchantée à l’idée de m’arracher à ma torpeur post-gueuleton. En plus, la perspective d’avoir à me taper les bavardages d’un de ces mastocs, accro au ballon ovale, ne m’enchantait guère.
Ceux que j’avais été amenée à rencontrer dans le cadre professionnel étaient, certes, d’aimables colosses, mais comment dire… un peu bas de plafond.
Probablement trop de coups sur la caboche !
Bref, me coltiner un mec à l’humour graveleux, une fin de dimanche après-midi, ceci ajouté à la déprime que je couvais telle une pondeuse d’idées noires, était bien au-delà de mes forces.
Et puis, je dois dire que j’en avais ras la casquette de penser en priorité aux autres.
Je lui répondis, mettant entre parenthèses mon devoir éthique :
— Tu es sûr que cela ne peut pas attendre son retour à Toulouse ? Ils doivent bien avoir un médecin de garde, là-bas ?
— Allez pitchoune, ne fais pas ta mijaurée ! Ça ne te prendra pas une plombe. Si tu voyais la tête de ce pauvre gars, bon diou ! Il en chie, grave. Je t’en devrais mille, ma puce.
Sacré Jo, toujours dans l’emphase. Et puis, je ne pouvais rien refuser à mon cousin germain.
La conversation s’était donc achevée par ma reddition.
Tout en fourrant mon portable au fond de ma robe-tablier, je dévisageai, les uns après les autres, mes amis attablés :
Il y avait Fernand et Firmin qui peinaient à garder les yeux ouverts, les mains sur leur giron.
Francis et Sébastien qui s’engatsaient au sujet des prochaines municipales.
Et puis Paulette le ventre rebondi, glorieux, plein, du troisième à naître, qui devisait avec Mathilde, celle qui était revenue.
Tous m’avaient oubliée dans mon coin.
Dans un immense soupir, je ramassais mon sac.
Je prévins Éric que je me rendais au stade afin de réparer un éclopé du dimanche, et que la compagnie ne m’attende pas pour le pousse du pousse du pousse-café.
Je pensais être de retour une heure plus tard.
Je claquai la bise à mon grand dadais, saluai les autres d’un signe de main.
Sur les pierres imparfaitement ajustées du sentier qui me conduisait à mon véhicule, je tanguais.
Mon pas était peu assuré.
N’allez pas croire que j’étais « torchée », mais je n’avais pas non plus compté les verres.
J’espérais que la gendarmerie n’avait pas installé un barrage de contrôle d’alcoolémie.
Je bougonnais, marmonnant que je n’allais, tout de même pas me payer une prune pour la pomme de Jo. Et que si j’étais arrêtée, il devrait s’arranger avec Jérôme, le capitaine de la brigade.
Arrivée à proximité de ma voiture, je levai les yeux au ciel pour lui demander un peu de commisération.
J’avais assez d’emmerdes comme ça, il était inutile d’y ajouter le retrait de permis.
Et là, apparurent, comme par magie, dans l’azur immaculé, des sortes de boucles duveteuses, dorées par la réfraction d’un soleil sur le point de tirer sa révérence.
Je souriais comme une ravie de la crèche : c’était un de ces nuages mirages.
Il m’évoqua un cupidon cotonneux, doté de mains potelées, tenant ce qui pouvait être pris pour un arc.
Je secouai vivement la tête pour m’éclaircir les idées, réajustai mon chignon défait, tout en considérant que j’étais un peu plus pompette que je ne voulais bien l’admettre.
Finalement, j’ouvris bravement la portière de ma Clio.
Je m’y assis en expirant un bon coup.
Je démarrai et engageai la voiture sur le chemin qui débouchait, au bout de sept cents mètres, sur la route nationale.
À moins de cinq kilomètres de la campagne d’Éric, mon patient inattendu m’espérait.
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La suite et fin de cette audio-nouvelle sera prochainement disponible dans l’espace acquisition.
Chapitre 3 : Le Gamin (durée d’écoute, dix minutes)
Chapitre 4 : Sois fun, Mom’ (durée d’écoute, quinze minutes)
Chapitre 5 : À la croisée des mondes (durée d’écoute, neuf minutes)
Épilogue : Le Vocal (durée d’écoute, onze minutes)
En attendant, nous vous proposons de déambuler dans les espaces littéraires et musicaux mis à votre disposition, à bord du Désir Éditions :
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