Aller au contenu

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée

Par Hubert de Montgaillard

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Résumé : Faites halte et découvrez la seconde étape de cette fable licencieuse, proposée en exclusivité à bord du Désir Éditions. Elle vous entraînera plus avant dans le jeu périlleux d’une déraison lubrique. Hubert de Montgaillard trempe une plume aussi incisive que sensuelle, nimbée de stupre, dans les arcanes mouvants de l’âme humaine.

Au fil de cette suite, vous êtes invité à suivre le destin d’Elzéard, prisonnier fraîchement libéré de sa geôle, qui, dans la première entrée, rencontra, chemin faisant, le Prince des Maléfices en personne. Celui-ci, sans exiger de contrepartie, du moins immédiate, octroya à ce fieffé coquin une année emplie de luxure.

Le récit, riche en images allégoriques, magnifie le lutinage et les plaisirs charnels sans jamais occulter la cruauté latente des destinées humaines.

Attablez-vous, donc, sans plus de façon, devant ce banquet littéraire, digne des fabulistes d’autrefois, et issu de l’imagination d’un maître-queux, au cours duquel vous goûterez aux douces saveurs des interdits et des sous-entendus licencieux.

« Entrez dans la danse, et jouissez pauvres diables ! »

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Préface de la seconde entrée

Écoutez bien, amis, car la fête continue :

Place au rusé maître, au pacte dangereux,

L’année promise où tout bascule, il est venu

Pour jeter son voile sur les jours douteux.

 

Ces vers vous conteront les ors et les tourments,

Les unions et luttes d’un cœur prisonnier,

Aux mille délices si vite défaillants,

Sous l’œil du malin, prêt à tout déchirer.

 

Gardez l’oreille ouverte, le regard éveillé,

Car la suite réserve bien des mystères cachés,

Où l’ombre danse avec la vérité dévoilée,

Dans ce jeu ancien où le masque est tombé.

******

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Oh je vous en supplie ! Geignit le pauvre hère,

Retourner en ces lieux pour y guetter ma fin,

Epargnez-moi cela ! Que me faudrait-il faire

Pour me mettre à l’abri d’un si cruel destin ?

 

Peut-être, réfléchit l’abjecte créature,

Aurais-je le moyen, la période passée,

D’effacer le cachot et ses pires tortures.

Voici ce que, dès lors, je puis te proposer :

 

Il me faut, pour asseoir mon règne en cette terre,

Six cent soixante-six fidèles dévoués

Qui, selon leurs penchants, leurs goûts, leur savoir-faire,

Répandraient ici-bas ce pourquoi je suis né :

 

Le crime répugnant, l’opprobre, l’injustice ;

Tout ce qui fait vomir l’imbécile clergé ;

Six cent soixante-six propagateurs du vice

Que, j’en fais le serment, je saurai protéger ! 

 

À toi, si tu le veux, j’octroierai la luxure

Qui, de toute évidence, à merveille te sied.

Dans ce cas seulement, ta récente capture

Sera, je t’en promets, une chose oubliée ! 

 

Quels seront mes devoirs, quelles seront mes tâches,

Si tant est que j’accepte et m’en remette à vous ?

Ton devoir ?… Il sera d’avoir pour seule attache

La quête du plaisir et la fange surtout !

 

D’amener les cœurs purs, les morales trop pleines

Vers l’abîme enivrant des sales voluptés,

De hisser le flambeau des disgrâces humaines

Aux yeux des innocents drapés de dignité.

 

Tu seras en mon nom le corrupteur des âmes,

Prônant la décadence aux nuits de Walpurgis1,

Sachant mettre à genoux la plus prude des femmes

Et lui faire acclamer la bassesse et l’orgie ! 

 

Ce sera chose aisée, d’autant que pour toute aide,

Je saurai t’apporter ma force et mon soutien.

Mais pour l’heure, apprécie cette année d’intermède,

Profite de ce don, ne te soucie de rien,

 

Ne crains point la misère et vis chaque seconde,

À tes besoins je veille et, même, te ferai

Riche à rendre jaloux les seigneurs de Golconde,

À t’octroyer Capoue, si tu le désirais !

 

Va donc, ô Elzéard, et savoure bien vite

Les bienfaits que t’alloue cet élan de bonté.

Dans un an, jour pour jour, je te ferai visite,

Tu auras de ton choix complète liberté !

 

Sur ces ultimes mots, comme bu par un gouffre,

Le Rusé disparut dans l’espace infini,

Laissant dans son sillage une âpre odeur de soufre

Et le pauvre Elzéard hautement démuni…

 

Il lui fallut du temps pour apaiser ses craintes

Et reprendre, songeur, la voie de son logis.

Il marcha droit devant, son allégresse éteinte,

Tremblant de tout son corps au moindre petit bruit !

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Ce fut au soir naissant qu’il gagna sa chaumière

Et la redécouvrit comme il l’avait quittée.

Allons, marmonna-t-il, ceci n’est que chimère ;

Ce démon n’est qu’un rêve et n’a point existé !

 

Mais l’évidence vint le rappeler à l’ordre

Quand, scrutant chaque pièce, il parvint au grenier

Et vit, tout contre un mur, surplombant le désordre,

Un gigantesque coffre à l’aspect singulier.

 

En lui semblaient massées les richesses du monde :

Talents d’or et d’argent, jades, rubis, saphirs,

Couronnes diamantées scintillant comme une onde,

Égalant en éclat tous les joyaux d’Ophir2 !

 

Ainsi tout est donc vrai ! S’affola le coupable :

Le Diable, ses présents, ma sombre destinée.

Un an suffira-t-il pour que je sois capable

De concevoir l’issue la moins irraisonnée ?

 

Figé dans sa frayeur et rompu de fatigue,

Il tomba sur son lit, les forces étranglées

Et, l’esprit bousculé par de vaines intrigues,

S’endormit doucement dans la nuit constellée.

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Le sommeil, dès l’aurore, éteignit son emprise.

Il s’éveilla d’un coup, prévenu par ses sens :

Devant lui se trouvait, à sa grande surprise,

Une inconnue parée d’atours éblouissants !

 

En elle respiraient l’audace et l’indomptable.

Ses cheveux noirs et fins, coulant comme un ruisseau,

Encerclaient un visage aux contours admirables

Et mouraient sur son cou en d’onduleux arceaux.

 

Sa robe serpentait en moires chatoyantes,

Expirant à ses pieds dans un feston doré

Et s’ouvrait grandement sur des jambes saillantes

Qui, tels de fins ciseaux, rythmaient son avancée.

 

À son front triomphal rayonnait un diadème,

À ses poignets dansaient le jaspe et le rubis.

Elle avait la splendeur d’une idole suprême ;

Une Ishtar revêtue des plus riches habits.

 

N’aie de crainte, Elzéard, accueille en ton repaire

Messaline3, autrefois, de Claude l’épousée,

Qui, sa vie, se perdit dans les cris de la chair

Et, des fruits du plaisir, ne fut jamais lassée ;

 

Lycisca4 qui, le soir, aux bouges de Subure,

Ployait sous les assauts de forbans vigoureux

Et prenait pour festin le vice et la souillure,

Sous des corps inconnus, dans des râles affreux !

 

Lycisca la catin, dévoyée d’entre toutes,

Saillie des nuits durant dans les bas-fonds romains ;

Lycisca que le Maître a placé sur ta route,

Qui ce jour, Elzéard, t’alloue son feu divin !

 

Égrenant ces propos, l’étrange impératrice

S’approcha du manant privé de volonté,

Puis, écartant d’un coup sa robe tentatrice,

Glissa jusques à lui dans la semi-clarté.

 

Le temps se suspendit, l’antre se fit alcôve,

Et l’air ne devint plus qu’une haleine d’encens.

L’intrigante s’offrait, mystérieuse et fauve,

Telle elle était jadis dans son monde puissant.

 

Elle le festonna de caresses suaves,

Émerveilla son corps de ses ardeurs sans fin,

Et, par des gestes lents, fit de lui son enclave,

Épandant en son être un vénéneux parfum.

 

Le logis, du désir, se changeait en enceinte

Et le jeune maraud, par l’ivresse grisé,

Sentit sa raison fondre en goûtant cette absinthe

Contre cette Circé qui le tint embrasé.

 

La dérive fut vive et les plaisirs sans nombre.

Elle prit les devants, de fougue se para.

Les clameurs de la chair croissaient dans la pénombre

Et la fange souillait les esprits et les draps !

 

Le soleil déclinait quand, vidé de sa sève,

Elzéard s’effondra, les sens exténués.

Et lorsqu’il s’éveilla, l’étrange fille d’Ève

S’était évanouie dans le soir étoilé.

 

Sur ma vie, se dit-il, jamais hors de mes songes,

On ne me fit l’honneur d’instants si captivants !

Si ces premiers émois au plus profond me rongent,

Que me réservera l’aube des jours suivants ?

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Une autre nuit passa, qui replia sa frise.

Elzéard, prenant vie, le corps ragaillardi,

Fut une fois encore envahi de surprise

Devant ce qui semblait sortir d’un paradis.

 

Se tenaient face à lui deux Grâces reptiliennes,

L’une à l’autre enlacée, par leurs lèvres unies.

Leurs robes d’un blanc pur en faisaient des sirènes

Qui s’entre-ravissaient de gestes enhardis.

 

Celle de rang plus haut — selon toute apparence —

Arborait cape longue et ceinture brodée.

Son brassard en or fin jetait des feux intenses,

Ses yeux étaient perçants et de noir soulignés.

 

Se sentant observée, elle s’avança, fière,

Et, d’un regard félin, fixant l’être éveillé,

Lui dit : je fus jadis souveraine et guerrière,

Maîtresse du grand Nil et de César l’aimée.

 

Cléopâtre Septième, aux passions singulières,

Qui drapa de splendeur le nom de Ptolémée,

Et voici Abina, ma servante première

Qui, du poids du pouvoir, savait me détourner.

 

À son cou, le diamant côtoyait la turquoise

Et rampait sur ses seins en vagues ordonnées.

Toutes deux, sous le joug d’une flamme narquoise,

Se léchaient de leur souffle et semblaient rayonner.

 

Elles vinrent à lui, spectrales et légères,

S’assirent sur sa couche à le presque toucher

Puis, reprenant le fil de leur lascive guerre,

Poursuivirent leurs jeux sous son regard figé.

 

Leurs doigts se faufilaient sous la soie délicate

Et, guidés par la hâte, en écartaient les pans,

Gorgeant de tremblements leurs lèvres écarlates

Qui se buvaient sans trêve et devenaient aimants.

 

Oh, que n’eût-il donné, dans son passé fétide,

Ce gredin vivoteur, aux rapines forgé,

Pour ce bain de moiteur, cet espace splendide

Qu’il avalait des yeux, de frissons submergés ?

 

Dans ce flot continu de luxure suprême,

Elles s’assouvissaient dans des bruissements doux,

Ondoyant, se pâmant, l’une s’emparant même

D’un olisbos5 nacré, venu l’on ne sait d’où.

 

Un long moment passa dans ces vagues charnelles,

Puis, s’adressant à lui dans un souffle éthéré :

L’heure est venue pour toi, dit la reine éternelle,

De célébrer des sens les délices sacrées !

 

Se firent enchanteurs les instants qui suivirent,

Où le fleuve du mal coulait sans s’assécher,

Charriant dans son flux des râles, des soupirs ;

L’immorale saveur des laves du péché.

 

Il s’endormit repu tandis que disparurent

Les déesses du Nil, dans leur monde emporté.

Ce fut le second jour… Bien d’autres apparurent,

Qui lui firent présent d’autant de voluptés.

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Il côtoya dès lors, dans des joutes lubriques,

Lucrèce de Ferrare et Ninon6 l’indomptée ;

Chaque aube lui portant son banquet d’impudiques

Qui, de noblesse ou non, prodiguaient leurs bontés.

 

Les semaines, les mois, bien vite s’écoulèrent.

Presque une année passa, puis décrurent les jours.

Elzéard, peu à peu, se sentait plus amer.

Ses plaisirs firent place à des songes bien lourds.

 

Certes, réfléchit-il, savoureuse est la chair,

Et si le Grand Malin dit vrai dans ses propos,

Ce n’est que pure joie que de servir l’Enfer,

Mais le drôle est perfide, on ne le sait que trop !

*****

Fable licencieuse et pactes infernaux : Le Diable et le prisonnier, deuxième entrée - Désir- Éditions

 

Vous pourrez retrouver la suite et fin de cette fable : « Le Diable et le Prisonnier » par Hubert de Montgaillard. Entrée 3 Mardi 18 novembre 2025.

Notes :

1 Les nuits de Walpurgis désignent, selon des croyances païennes d’origine germanique, la nuit située entre le 30 avril et le 1er mai où, dit-on, sorcières, démons et esprits malins se réunissent pour célébrer un sabbat surnaturel. Popularisée par la littérature romantique et fantastique, notamment par Goethe dans son Faust, cette fête symbolise le passage entre l’hiver et le printemps, et incarne dans l’imaginaire une nuit de transgression, de magie et de renversement des ordres établis.

2 Ophir est une région biblique légendaire célèbre pour son or pur et ses pierres précieuses, symbole de richesse et de splendeur.

3 Messaline, impératrice romaine du Ier siècle, célèbre pour son pouvoir politique et ses mœurs scandaleuses, est souvent dépeinte comme une figure de débauche et de manipulation.

4 Lycisca était le nom associé à Messaline lors de ses escapades nocturnes dans les bouges du quartier de Subure, quartier populaire et mal famé de la Rome antique.

5 Olisbos désigne un godemichet en cuir ou un phallus artificiel utilisé dans l’Antiquité, notamment par les femmes, comme instrument de plaisir et symbole de sexualité.

6 Anne « Ninon » de l’Enclos (1620-1705) fut une courtisane et femme de lettres française célèbre pour son esprit vif, ses salons littéraires influents et son rôle de figure emblématique du libertinage au XVIIe siècle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!
Désir- Éditions
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.