
« Plaidoyer pour un libertinage éclairé et conscient »
En bref :
Le libertinage est souvent réduit à sa dimension charnelle, négligeant son héritage intellectuel.
L’affaire Pélicot illustre les dérives d’une interprétation erronée du libertinage.
La confusion entre érotisme et pornographie complique la compréhension des pratiques libertines.
Des figures historiques comme Pierre Gassendi et John Stuart Mill montrent que le libertinage peut être éthique et empathique.
Il est crucial de redéfinir le libertinage pour éviter les excès nuisibles.
À bord du Désir Éditions : des mots pour faire rêver, des réflexions pour éveiller
Les trois fondateurs, Anarelle, Mister Salamander et Laurent Ducastel, se sont donné pour mission première de vous emmener loin des entraves terrestres, de vous faire voyager au sein de littératures, d’audios et de mélodies sensuelles et vibrantes d’émotion.
Néanmoins, nous ne pouvons rester aveugles aux ombres menaçantes qui rôdent et œuvrent sur notre bonne vieille planète mère.
Ainsi, il nous arrivera parfois de revêtir nos costumes de Jedi, notamment à l’occasion de billets, pas doudou du tout ! dans l’espace « Focus sur ».
Et bien que nous nous plaisions à nous figurer à la croisée de l’état d’esprit du capitaine Kirk — privilégiant diplomatie et concorde — et de celui de Monsieur Spock — axé sur la logique — et que nous préférions naviguer dans l’univers de Star Trek afin de mener une aventure plaidant pour l’harmonie entre les genres, plutôt que de combattre le « mal » à coups de mots sabrés. Parfois, il s’avère néanmoins nécessaire de trancher la tête aux idées tordues, et de remonter à la source de sorte que que le passé puisse éclairer notre avenir.
Au-delà du plaisir égoïste : redéfinissons les codes du libertinage moderne
Au cours de ce billet, nous vous présenterons l’historique de ce concept qui constitue pour nous un art de vivre. Ensuite, nous aborderons les écueils d’une approche purement charnelle et les dérives qui peuvent en découler. Le procès de l’affaire Pélicot, qui ébranle l’opinion publique en cet automne 2024, n’est que la partie visible de certains dysfonctionnements dont les racines sont profondément inscrites dans notre inconscient collectif.
Ce plaidoyer se conclura par quelques questionnements essentiels et une piste de solution qui prendra la forme de l’un de nos crédo fondateurs.
Aux sources de l’affranchissement du dogmatisme : l’éveil des esprits libérés.
Le libertinage ne fut pas créé au tournant des années 1990, pas plus qu’il naquit dans la baie des cochons, plage naturiste du Cap d’Agde (Hérault), contrairement à ce que suggèrent les représentations obtenues en recherchant ce terme sur internet.

En réalité, il prit son essor dans les cercles intellectuels de l’Italie du XVIe siècle. Dans ce berceau de la Renaissance, des esprits frondeurs, tels que Machiavel, commencèrent à remettre en question les dogmes religieux et laïques.

Puis, ce courant de pensée franchit les Alpes, trouvant son terreau fertile à la cour du roi Louis XIII. Théophile de Viau, jeune et talentueux poète, en devint le porte-étendard, au péril de sa vie. En effet, malgré quelques succès, ses libertés de ton et de mœurs le firent condamner à mort, sentence auquel il échappa de justesse en fuyant vers l’Angleterre.

Pourtant, ces coups portés à l’obscurantisme intellectuel firent ricochet. Le mouvement libertaire s’épanouit sous Louis XIV, s’ancra durablement pendant la Régence et poursuivit son envol sous Louis XV. Dans les salons littéraires, souvent initiés par des femmes, des penseurs cultivaient leur esprit critique, s’affranchissant par ailleurs du « péché de luxure » tel que défini par l’Église catholique.

Le Marquis de Sade : Donatien, bête à part !
Ouvrons une parenthèse dans le cours de l’histoire pour nous intéresser à un personnage qui a marqué et marque encore ce courant : Donatien Alphonse François de Sade (né le 2 juin 1740 à Paris et mort le 2 décembre 1814). Habituellement classé parmi les théoriciens du libertinage, il ne peut toutefois pas être considéré comme un visionnaire éthique, et ses écrits ne relèvent pas de la littérature érotique.
Penchons-nous sur deux définitions qui éclaireront notre propos :
En premier lieu, à la différence entre érotisme et pornographie : l’érotisme est une expression artistique et littéraire explorant le désir et la sensualité de manière subtile, mettant l’accent sur l’émotion et la connexion humaine. La pornographie, elle, se focalise sur la représentation explicite d’actes libidinaux pour susciter une excitation immédiate, souvent dépourvue de profondeur affective. Les lecteurs du Marquis conviendront que ses œuvres s’apparentent davantage à de la littérature pornographique qu’érotique.
En second lieu, le sadisme, selon Le Robert : « En psychologie, c’est une perversion sexuelle où le plaisir ne peut être obtenu que par la souffrance infligée à l’objet du désir. Dans le langage courant, c’est le goût pervers de faire souffrir. »
Les récits de Sade révèlent une plume appesantie de détails scabreux, décrivant avec vigueur des scènes de vierges déflorées et humiliées, de nonnes violées…
Certains intellectuels contemporains, suite à l’analyse approfondie des textes de Sade, ont conclu que ces longues descriptions de maltraitances et de tortures poursuivaient un double objectif : d’une part, contester les normes sociales établies, et d’autre part, provoquer le lecteur. Ainsi, loin de viser l’excitation, ces écrits chercheraient plutôt à confronter le public à des aspects troublants de la nature humaine, mettant à jour les parts d’ombre de l’humanité.

Nous rajouterons : en particulier la sienne !
En effet, emprisonné vers ses quarante ans, il passa près de quinze ans en prison suite à la plainte de quatre femmes l’accusant, lui et ses acolytes, de les avoir droguées puis sodomisées sans leur consentement. De nombreuses accusations de cruautés émaillèrent son parcours de vie.
Au vu de ces éléments, il nous semble qu’il serait essentiel d’avertir les lecteurs contemporains de cette institution de la littérature française par une formule telle que : « Si tu cherches l’érotisme dans ces feuillets, sache que Sade, en véritable agent provocateur, ne t’offrira que des récits où la noblesse, de robe ou d’épée, est fustigée par la plume d’un esprit torturé. Les maltraitances et autres cruautés que tu pourras lire servent plusieurs desseins : choquer le bon peuple, faire trembler religieux et nobles, et soulager son auteur, à la manière d’une autopsychanalyse avant l’heure, de ses pulsions. »
Qu’est-ce que le libertinage intellectuel et éthique ?
Dans cette introduction historique, nous jugeons crucial d’exclure Sade comme figure emblématique du libertinage, ce dernier se définissant par essence comme éthique et empathique. En effet, à notre avis, on présente trop souvent à tort le « Divin Marquis » comme l’un de ses plus fervents missionnaires.

Pour notre part, nous préférons retenir Pierre Gassendi (1592-1655), Condorcet (1743-1794) et d’autres penseurs masculins qui intégrèrent la notion de parité de genre.
Parmi eux, François Poullain de La Barre (1647-1725) se distingue par son traité « De l’égalité des deux sexes » publié en 1673. John Stuart Mill (1806-1873) a également marqué cette réflexion avec son ouvrage « L’assujettissement des femmes » en 1891. Ces philosophes remirent en question les préjugés de leur temps et ouvrirent la voie à une réflexion approfondie sur la place du féminin dans la société.
Le libertinage, dans son essence la plus noble, représente une philosophie érudite qui transcende la simple quête du plaisir charnel. Il invite à cultiver une pensée analytique et indépendante, libérée des dogmes et des conventions. Cette approche encourage l’exploration des frontières de notre compréhension du monde et de nous-mêmes, tout en restant attentif au bien-être d’autrui. En effet, le véritable exercice de l’esprit qu’implique cette philosophie incite à remettre en question les idées reçues et à élargir nos horizons intellectuels et émotionnels.
Même si nous considérons que le Marquis de Sade ne peut être considéré comme un libertin doté d’éthique, nous lui sommes néanmoins redevables de cette réflexion : « le libertinage n’est pas seulement une affaire de sens, mais aussi, et peut-être avant tout, une affaire de pensée : la philosophie est indispensable au libertinage ».
En ce sens, nous percevons Sade comme un penseur qui, malgré ses excès, ouvre des voies de questionnement sur la nature humaine et les limites imposées par la construction sociétale.
Peut-être visait-il une forme d’absolu sans jamais y parvenir ?
La lente coulée vers une conception uniquement charnelle
Continuons notre descente dans le flot tumultueux de l’histoire afin de comprendre de quelle manière le terme « libertinage » subit un glissement sémantique qui l’éloigna progressivement de ses racines intellectuelles. Le XVIIIe siècle, souvent qualifié de siècle des Lumières, voit paradoxalement le mot « libertin » perdre sa connotation de liberté de pensée pour désigner de plus en plus fréquemment une personne menant une vie de débauche.

Encore, un coup du Marquis de Sade ? Oui, mais pas seulement ! Comme le dit l’adage : « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. »
Il est plausible qu’une campagne de calomnie, dans le but de décrédibiliser le mouvement dans son entier, ait été orchestrée par les autorités en place, craignant que ces idées rebelles, à quelques années de la Révolution française, ne menaçassent leur pouvoir, pressentant qu’elles pourraient finir par faire décoller leur « Capet » de leur cou.
Bien que cela demeure une conjecture, il est légitime de se poser la question.
Quoi qu’il en soit, cette transformation de la connotation du terme n’est pas anodine. Elle reflète un changement profond dans la société, où la libération des mœurs s’opère au détriment de la réflexion qui l’accompagnait initialement. Ainsi, dépouillé de sa dimension philosophique, le concept s’est-il réduit à sa seule dimension charnelle, se retrouvant nu comme un ver au beau milieu du XXe siècle.
Le rôle de la diffusion internautique, tous azimuts, dans l’appauvrissement du sens
L’approche libertaire de la sexualité, accompagnée d’une émancipation des mœurs, fit son entrée dans l’espace public dans les années 2000, alors qu’elle n’avait jusque-là été qu’une pratique confidentielle, confinée à une sphère à la fois intellectuelle et élitiste. La perversion n’en était pas absente, mais cette situation la préservait de nombreuses incompréhensions.
Avec l’avènement de l’ère numérique, le concept se transforma en un immense fourre-tout, utilisé pour désigner n’importe quel acte sexuel, qu’il soit pratiqué à deux ou à davantage, situé en dehors du cadre normatif (entendre par là : un couple hétérosexuel dans la chambre conjugale) ou pas.
Ainsi appauvri, ce terme ne symbolisât plus une élévation spirituelle associée à une libération charnelle, mais devint une couverture commode pour une quête sensationnaliste, appelée à déclencher ce que le jargon web appelle des « putaclicks ».
Les ébats, plus ou moins éthiques, exposés au grand jour, commencèrent à titiller les pulsions les plus perverses. Grâce à des visuels fictifs ou réalistes, ils permirent des passages à l’acte plus décomplexé pour ceux dont les appétits dépassaient les us et coutumes jusqu’alors acceptés. En effet, puisque nous le voyons, c’est possible, c’est réalisable !
À force de simplifier et de galvauder ce qui demeure un noble concept, celui de repenser sa vie, en le réduisant à une essence exclusivement charnelle et en négligeant la dimension philosophique qui lui était attachée, le réseau internet ouvrit la grande porte à la vision d’un enfer permissif.
Quand les mastodontes de l’information diffusent des renseignements fragmentaires, voire trompeurs
Le problème, à notre sens, réside dans le fait qu’un libertinage réduit à sa seule portée charnelle, dépourvu du cadre qui lui confère un squelette moral sans être moralisateur, peut entraîner des excès nuisibles.

L’affaire Pélicot en est un exemple flagrant, en parcourant les divers extraits des minutes du procès, il fut extrêmement troublant de constater que certains accusés se revendiquaient libertins, déclarant croire participer à une soirée libertine ou pensant que les époux étaient des libertins. Il est à noter que la victime nie, de surcroît, toute appartenance à ce milieu.
Nous nous sommes alors posé cette question : quelle définition du libertinage a bien pu les conduire à entretenir des relations sexuelles non réciproques avec une femme inerte ? Quel raisonnement tordu a-t-il pu les amener à estimer que cela relevait de pratiques libertines ?
Évidemment, si des rédacteurs web se contentent de publier des articles, afin d’attirer les « voyeurs » sans se soucier d’informer, on ne peut pas demander au citoyen lambda en quête de renseignements sur le libertinage de s’y retrouver.
Quand érotisme et pornographie sont confondus
Nous avons entrepris un jeu dont nous sommes ressortis éberlués : en traquant les images proposées sur le moteur de recherche Bing, filtre adulte désactivé, pour les mots-clés « érotisme » et « pornographie », voici ce que nous avons trouvé. Si vous percevez la moindre différence, laissez-nous un commentaire afin d’éclairer notre lanterne.

Et que dire du très sérieux journal « Ça m’intéresse ? » Nous sommes restés sans voix : « Justine ou les malheurs de la vertu » associé à des expériences érotiques ! Décidément, le Marquis n’a pas fini de nous poursuivre de ses assiduités.

Quant au « Shibari », ancienne technique de torture japonaise qualifiée par le même journal de « pratique érotique », elle a entraîné la mort d’une jeune femme en 2017.
La victime était-elle consentante ? L’article ne le mentionne pas. Aurait-elle acquiescé si elle avait su qu’il s’agissait d’un ancestral moyen de châtiment ? Pas certain !

Nous avons ensuite tapé la requête suivante : « qu’est-ce que le libertinage ? » Dans la réponse textuelle, seul l’aspect sexuel est souvent présenté ; il est très rare que la dimension intellectuelle soit mentionnée. Un bon point pour le site Wyylde (site de rencontre) qui évoque dans l’un de ses articles les origines philosophiques du libertinage, passant toutefois rapidement sur la fonction sociale de celui-ci pour courir droit au but : le sexe. Sinon, nous avons dû chercher en quatrième ou cinquième page pour trouver des références valables.

Voyons maintenant ce que donnent les mots « libertin » et « libertinage vidéo ». Les réponses ci-dessous sont tout simplement hallucinantes : c’est nudisme et crudité. Pour l’érotisme et le glamour, vous en conviendrez avec nous, on repassera !

La littérature et l’érotisme étant au cœur de nos sujets d’intérêts, nous nous sommes abonnés aux propositions d’articles contenant normalement les mots-clés : « roman érotique ». Nous vous laissons juges de ce qui appartient à la catégorie érotisme et de ce qui relève de la pornographie, comme le montre la capture d’écran ci-dessous des suggestions d’un jour, comme les autres, qui se sont échouées dans notre boîte de messagerie.
Nous pourrions fournir des dizaines d’autres exemples qui donnent à penser qu’érotisme et pornographie sont des synonymes et que libertinage et pratiques non éthiques appartiennent à la même famille.
Lorsque le libertinage ne peut être un argument de défense
Ainsi, dans le cas du procès des accusés de « Mazan », des hommes, dont certains se revendiquent de l’univers du libertinage, sont soupçonnés d’avoir commis des actes répréhensibles en confondant liberté sexuelle et viol sur une personne dépourvue de ses moyens, sous l’effet d’une drogue ingérée à son insu. Nous écrivons « soupçonnés », car, au moment où nous rédigeons ces lignes, le verdict n’a pas encore été rendu : la présomption d’innocence prévaut donc.
Nous vous renvoyons, si par mégarde vous ne l’avez pas conservé en mémoire, au paragraphe concernant notre pervers Marquis, qui purgeât une longue peine de prison pour des faits pratiquement similaires.
Nous tenons à rappeler que nous avons réfuté l’appartenance de Sade à la catégorie du libertinage éthique.
Sans même aborder la notion de sadisme, ce procès interpelle l’opinion communautaire, car il s’inscrit dans un contexte où les rapports entre les sexes sont particulièrement tendus.
Le statut supérieur, présupposé, du genre masculin constitue-t-il un obstacle rédhibitoire à un libertinage moral ?
Ce fait divers porte sur la place publique la vision d’une sexualité patriarcale et phallocentrée. Ces conceptions, qui placent l’homme en position dominante et la femme en subordination, restent malheureusement très répandues dans de multiples cercles se réclamant du courant libertin. C’est indéniable.
Elle se manifeste par la prééminence de l’homme dans la prise de décision, l’objectification du corps féminin et parfois même la négation du consentement et des désirs de ces femmes.
Cas isolé ? Que nenni, mes amis ! En parcourant la toile, nous avons été effarés par le nombre de conseils sexistes que nous y avons trouvés. Allez, un petit exemple pour la route ! Nous ne citerons pas le nom de cette source, ne mettrons pas de lien vers son site web ni d’image ; sachez seulement qu’elle provient d’un sexologue praticien. À la question posée : « comment un couple peut-il aborder son premier trio ? » il fournit cette réponse :
« DG : Progressivement. On peut commencer en regardant ensemble un film porno. (Nota Bene : voir le paragraphe ci-après sur notre point de vue concernant la pornographie mainstream.) Un homme sera plus enclin à partager sa femme avec une autre femme, car il pourra réaliser son fantasme de puissance (un fantasme primitif). Donc, si une femme veut réaliser un plan à trois avec deux hommes, mieux vaut déjà introduire le plan à trois avec deux femmes. Elle aura plus de facilité à convaincre son partenaire d’aller plus loin. »
Ainsi, ce que nous enseigne ce brave spécialiste et praticien, donnant des conseils aux couples en matière sexuelle, c’est qu’il faut commencer par flatter l’égo de sa moitié en raison de ses pulsions d’« homo erectus bandus » avant de satisfaire ses propres désirs si l’on est une femme.
Et si celle-ci n’est pas bi ou si ce n’est pas du tout son fantasme ? Ce conseil nous a laissés pour le moins perplexes par le message qu’il induit !
Au banc des accusés : les acteurs de la Galaxie Arts et Divertissements qui diffusent des écrits, des visions sexistes et des informations approximatives au sujet du libertinage
Continuons à « balancer », puisque nous y sommes !
Voici le palmarès de tout ce que notre équipage trouve tordu dans les modes, qui nous espérons se démoderont, des envahisseurs de nos espaces littéraires et cinématographiques.
L’oscar de la nocivité revient à : l’épouvantable « Fifty Shades of Grey », qui, non seulement, est des plus discutables de par sa pauvre peu inventive, mais qui, en outre, condamne la femme à n’être que le jouet d’un homme et la cantonne dans un rôle que nous jugeons obsolète.
À l’instar de tous ses clones malfaisants appartenant à la catégorie Dark Romance, qui colonisent la planète Édition depuis une dizaine d’années, qui procurent caution à des manipulations psychologiques et à une forme de maltraitance physique sous le couvert de « relations romantiques ».
Il est important de signaler que la majeure partie de ces ouvrages, plus particulièrement destinée à un public d’adolescentes, dont la construction amoureuse se situe au stade de germination, décrit une sexualité où le masculin enclos d’une main ferme les rênes du désir féminin, ordonnant, dirigeant, voire malmenant sa compagne en lui serrant la bride autour du cou.
Parfois même, il lui passe un mors (oui, oui, c’est une des pratiques du BDSM ! Acronyme pour Bondage, Domination, Sadisme et Masochisme ; tiens, coucou le revoilou notre bon vieil agent provocateur !).
Alors, certains évoqueront l’autorisation dans le cadre du BDSM.
Nous leur répondrons : consentir en méconnaissant les tenants et aboutissants n’est pas consentir en étant doté d’une pleine conscience. Ceci fera l’objet d’un billet à venir.
La palme de la toxicité revient à Pornhub et ses similaires, car il est impossible d’ignorer ces milliers de visuels pornographiques qui saturent les esprits jusqu’à l’écœurement, voire à la nausée.
En effet, les vidéos de ces plateformes ne présentent qu’une pléthore de phallus conquérants, de gorges profondes et de coïts frénétiques, où il est difficile de discerner, sur les visages crispés et défigurés des actrices, la moindre trace de plaisir.
L’affaire Pélicot est-elle un exemple frappant d’une conception « patriarcale » de la sexualité ?
Ce qui a particulièrement retenu notre attention, c’est la manière dont certains accusés ont tenté de justifier leurs actes criminels en affirmant que « dans le libertinage, ce sont les hommes qui donnent les directives ». Certains ont été jusqu’à déclarer : « On croyait qu’elle était d’accord puisque son mari nous avait assuré de son consentement. »
Stop ! Rembobinons un instant.
Sans nul doute, le monde libertin demeure fortement influencé par une conception masculine, et ce n’est pas du ouï-dire, dans l’agencement des rapports charnels, tandis que la pornographie diffusée ne contribue guère à promouvoir une vision alternative.
Toutefois, il ne faut pas exagérer, non plus : des avancées significatives ont été réalisées dans la quête d’égalité, et la notion de « Pater Familias » a disparu depuis plus de cinquante ans.
En 1970, le gouvernement Chaban-Delmas supprime le concept de « chef de famille », instaurant ainsi l’autorité parentale conjointe et marquant un pas décisif vers la parité au sein du couple, quelques années après l’obtention, en 1965, du droit pour une femme mariée d’ouvrir un compte bancaire sans l’aval de son époux.
Des accusations loin d’être uniques placent une fois de plus l’écosystème du libertinage sous les projecteurs.
Il convient également de rappeler que cette affaire n’est pas la première à exposer aux yeux du grand public des faits violents à l’encontre de participantes, dans le milieu des émancipés sexuels.
En ce mois de novembre 2024, l’instruction judiciaire concernant le site de vidéos pornographiques « Jacquie et Michel » se poursuit, après que la justice a décidé en avril 2024 de renvoyer l’affaire devant la cour criminelle. Cette décision fait suite à une enquête ouverte le 10 juillet 2023 pour des accusations de viol et de proxénétisme, basées sur les témoignages d’actrices affirmant avoir été contraintes à des pratiques sexuelles non consenties. Les charges retenues incluent le viol, le proxénétisme aggravé, la traite d’êtres humains et le blanchiment d’argent. Au total, 17 prévenus, parmi lesquels des producteurs et des acteurs, sont concernés.
Certains pourraient soutenir qu’il ne s’agit que d’actes isolés, que ce soit dans le cas actuellement jugé par la cour du Vaucluse ou dans l’investigation portant sur les conditions de tournage des soi-disant ébats d’amateurs, où la plupart des acteurs étaient recrutés dans le milieu libertin et rémunérés pour leurs prestations.
Hélas, il n’en est rien, et nous ne pouvons que déplorer que les fondements des rapports physiques dans le monde des affranchis, tout comme dans une grande partie de la sexualité conventionnelle, restent encore trop souvent érigés sur le socle du plaisir masculin.
C’est bien cette problématique qui apparaît sous un jour nouveau, sans aucun artifice, à l’occasion du procès Pélicot.
L’affaire de Mazan et le détournement du concept d’amants hédonistes
En outre, l’affaire de Mazan illustre tragiquement comment le terme « libertinage » peut être détourné par certains pour justifier des actes en contradiction avec le bien-être d’autrui.
Un accusé a invoqué sa « passion pour le libertinage » afin d’excuser son comportement. Un autre a même déclaré : « Ce n’est pas moi sur les vidéos, c’est mon corps, mais pas mon cerveau. »
Est-il utile de s’engager dans de longues explications ?
Ces citations sont suffisamment édifiantes pour révéler l’état d’esprit dans lequel ces hommes prétendent pratiquer.
Vers un libertinage équilibré : la fusion de l’esprit et du corps
La question se pose alors : comment retrouver l’équilibre ? Comment renouer avec un libertinage qui honore à la fois l’esprit et le corps, sachant que la liberté doit s’accompagner de devoirs ? Pour paraphraser Rabelais, nous pouvons affirmer que « libertinage sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Nous croyons sincèrement que la réponse réside dans une approche médiatique ne dissociant plus la réflexion intellectuelle de l’expérience sensuelle dans la présentation au grand public de ce « mode de vie ».
Des penseurs et philosophes contemporains qui ont tout bon
Si vous recherchez des lectures contemporaines qui prônent cette approche, vous pouvez vous tourner vers Michel Onfray et son concept d’« érotique solaire », qui nous invitent à embrasser une sexualité joyeuse, éthique, épanouissante et égalitaire.

Dans la même veine, Françoise Simpère, dans son ouvrage « Amour pluriel », propose une réflexion sur les relations non exclusives allant bien au-delà de la simple pratique sexuelle. Elle nous incite à repenser notre conception du couple, de la fidélité et du partage, dans une perspective à la fois intellectuelle et émotionnelle.

Le sexe comme cerise sur le gâteau de la fusion intellectuelle
Ainsi la dimension sexuelle n’est pas une fin en soi, mais plutôt la cerise sur le gâteau.
L’excitation que l’on peut ressentir dans ces moments n’est que le reflet d’une complicité intense. La rencontre intellectuelle est conçue comme une sorte de prélude, essentiel, à la composition d’un concerto de félicités mutuellement savourées.
Au-delà de la pulsion : quelques réflexions sur le libertinage spirituel
La communication ainsi que le consentement constituent la base de nos interactions.
De fait, lors de nos expériences personnelles, chaque rencontre, chaque « fusion », est précédée de discussions approfondies où les attentes, les limites et les désirs de chacun sont clairement exprimés et respectés par toutes les parties. Il va sans dire que personne ne parle pour l’autre.
De plus, nos échanges ne se restreignent généralement pas à nos pratiques charnelles ; nous partageons également des réflexions sur le monde qui nous entoure et sur ce qu’il pourrait être.
Nous déplorons, par ailleurs, que depuis une vingtaine d’années, les libertins spirituels soient en voie d’extinction au profit d’une espèce ne s’intéressant qu’à l’aspect libidinal.
Il convient de noter que nous avons des amis dans ce milieu avec qui nous n’avons jamais entretenu de relations intimes.

Réhabiliter le libertinage intellectuel pour un épanouissement global
Autant notre plaidoyer, remontant aux origines et traversant rapidement les siècles pour atteindre notre époque avec une vision restreinte, représente le fruit d’un long cheminement réflexif et documenté, autant sa conclusion sera brève.
Il apparaît clairement que l’intégration du sadisme dans la « catégorie » libertinage « éthique » et érotisme, la confusion entre érotisme et pornographie, le dévoiement du concept de libertinage, dans tout ce que ces assimilations à une consommation charnelle facilitée comportent de hâtif et d’erroné, sont susceptibles de servir de prétexte et de parapluie à des dérives telles que celles des affaires Pélicot ou Jacquie et Michel.
Dans cette optique s’impose la réhabilitation de la notion de libertinage intellectuel, laquelle, par ailleurs, exhausse son corollaire sexuel. Ce dernier constitue une invitation à vivre pleinement, à penser librement et à aimer généreusement et non à exploiter autrui.
Enfin, espérons que la communauté dite libertine puisse faire sienne cette devise, qui est une de celle que nous avons adoptée lors de la création du Désir Éditions : « Accord des cœurs et des corps ».
Nous ne sommes pas utopistes ; il y aura toujours des brebis galeuses. Toutefois, à défaut d’élever le débat au-dessus de la ceinture — que ce soit sur les plateformes internet dédiées à ce sujet, sur les réseaux sociaux ou dans les colonnes des journaux mainstream — nous verrons se multiplier les révélations de cas analogues à l’affaire Pélicot.
Nous souhaitons que ce long billet, rédigé autant avec notre cerveau qu’avec notre cœur, vous incitera à vous intéresser, sous un nouvel angle de vision, à ces sujets qui relèvent non seulement de l’ordre de l’intime, mais qui touchent aussi à la mutation des relations entre les deux genres en Occident.
Deux questions, cruciales, pourtant, demeurent suspendues : et, à présent, que faisons-nous ? Et comment allons-nous le faire ?
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Merci à ceux qui nous ont lus jusqu’au bout, ainsi que vous l’avez compris, ce plaidoyer ne se limite pas seulement à la défense d’un libertinage éthique, mais vise également à élargir le débat afin que chacun, homme et femme, puisse trouver une place dans un monde — allez, soyons utopistes — où Madame Égalité règnerait en paix !

NB :
Certains concepts n’ont été qu’effleurés, présentés en quelques lignes. Ils feront l’objet de développements dans des billets ultérieurs, avec trois points de vue uniques et engagés : celui d’une femme émancipée, Anarelle, ainsi que ceux de Mister Salamander, son époux, compagnon de libertinage et Laurent Ducastel, gentleman hédoniste.
Vous souhaitez consulter quelques-unes de nos sources de travail ?
Accusations contre le Marquis de Sade
Mention de l’accusation des quatre péripatéticiennes
De l’asservissement des femmes
Sade et le libertinage philosophique
Louis XVI, la dynastie des capétiens
Quand Justine enchaîne les expériences érotiques
Femme et indépendance financière
La notion du chef de famille en France
Le libertinage : définition, origines et histoire | Wyylde
Les origines du libertinage – Ça m’intéresse
Shibari : une pratique érotique venue du Japon – Ça m’intéresse
Jacquie et Michel, des productions qui dérapent